L'ACFAS passe au vert

À Rome, on fait comme les Romains, dit l'adage. Il en ira de même pour les 5000 universitaires attendus ce matin à l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) où s'ouvre le 73e Congrès de l'ACFAS. En optant pour le thème d'«Innovations durables», les artisans de la grand-messe du savoir francophone se sont en effet donné pour mission d'organiser le premier colloque vert de l'histoire de l'association, un exploit impossible à réaliser sans la complicité des congressistes.

L'ambition des organisateurs est de taille: faire en sorte que la visite attendue ait le moins d'impact possible sur l'environnement. Inutile de dire qu'on est ici à des lieues des politiques édulcorées du ministre Mulcair en matière de développement durable. «Il y a déjà eu des colloques verts au Québec, ce n'est pas une première en soit, mais le fait que ce soit aussi systématique, oui», assure le président du comité scientifique du Congrès, Jean-François Moreau.

Non seulement la structure du congrès sera entièrement verte, mais bien des conférences aussi. Cela n'a rien d'étonnant, explique le président du Congrès, Ghislain Bourque, qui croit que le développement durable illustre très bien le paradoxe de la science de demain. «À l'usage, les innovations se heurtent à l'aune de leur durabilité», remarque celui est aussi vice-recteur à l'enseignement et à la recherche à l'UQAC dans son mot de bienvenue.

«C'est un thème qui se veut tout en contrastes, poursuit M. Moreau. D'un côté, l'innovation nous porte vers le futur, avec tout ce que la recherche universitaire a à offrir en connaissances de pointe, mais en même on veut s'assurer que tout cela puisse être durable, on cherche donc à minimiser l'impact sociétal de toutes ces entreprises.»

Concrètement, tout cela prendra la forme d'un projet original que les organisateurs ont baptisé ACFAS 00: pour zéro déchet et zéro gaz à effet de serre. Pour arriver au plus près de cet exploit pas banal, les étudiants de la chaire Écoconseil ont mis au point un cahier des charges auquel Recyc-Québec a apposé son sceau. Leur but: en faire un incontournable pour toutes les rencontres ultérieures.

Petits gestes

Chaque petit geste a été pesé et pensé pour tendre vers ce double zéro: de la gestion des déchets à la distribution du café en passant par la papeterie, mais aussi la consommation d'énergie et les 1200 tonnes de CO2 qui seront libérées par les congressistes durant la semaine. «Une fois nos visiteurs repartis, on va planter des arbres afin d'absorber tout ce CO2», se félicite Jean-François Moreau. Des territoires forestiers au nord du 50e parallèle accueilleront dix hectares qui, à terme, capteront entre 2000 et 3000 tonnes.

Pas question toutefois de faire bêtement la leçon. L'environnementaliste intransigeant devra se trouver une autre tribune. «Ce que l'on veut, c'est donner des pistes que les gens seront libres d'adopter», prévient l'archéologue. Par exemple, une tasse de café sera remise à chaque congressiste qui n'aura qu'à la rincer pour restreindre l'usage de verre en polystyrène.

Et cela ne s'arrête pas là, précise la présidente du comité organisateur du Congrès, Esther Laprise. «Cela implique aussi de travailler avec des produits locaux et des artisans régionaux.» On raconte que même les traiteurs se seraient prêtés au jeu, en dépit de la saison qui les a forcés à faire preuve de beaucoup d'inventivité.

De plus en plus orienté vers le décloisonnement des disciplines, le congrès de l'ACFAS demeure l'une des dernières fenêtres sur le savoir francophone de par le monde. Même si nos universités persistent à transmettre leurs savoirs en français, l'anglais est bel et bien devenu la lingua franca dans les publications savantes et les colloques nationaux et internationaux.

Cette année encore, l'ACFAS ouvrira donc une brèche dans le monopole grandissant de l'anglais dans des domaines aussi variés que les sciences de la vie et de la santé, les sciences physiques, les mathématiques et le génie, les lettres, les arts et les sciences humaines, les sciences sociales et l'éducation. Jusqu'à vendredi, pas moins de 125 colloques seront à l'horaire pour un total impressionnant de 1600 communications.