Association francophone pour le savoir - Pour une Acfas durable!

Le 73e congrès annuel de l'Association francophone pour le savoir (Acfas) se profile à la croisée des sciences et de l'environnement puisque le thème choisi par son hôte, l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), est l'innovation durable. Si ce concept s'avère moins connu que celui aujourd'hui consacré, sinon galvaudé, du développement durable, il ne s'en trouve pas moins en amont.

«On essaye de plus en plus, explique la présidente de l'Acfas, Claire de la Durantaye, d'associer le développement des sciences à la notion de durabilité. Nous avons bien sûr besoin d'innovations, mais cela doit se faire dans un esprit de long terme pour ne pas épuiser les ressources. La communauté scientifique a le potentiel pour appuyer les secteurs gouvernemental et privé dans la recherche de solutions et le rôle de l'Acfas est de faire connaître ces solutions. L'innovation durable est une des causes à laquelle nous nous identifions le plus.»

En effet, en avril dernier, dans le cadre de la consultation sur le Plan de développement durable du Québec, l'Acfas présentait au ministère de l'Environnement du Québec un mémoire intitulé Recherche scientifique et développement durable, une alliance essentielle. Ce mémoire contient cinq recommandations prônant notamment un partenariat du gouvernement avec la communauté scientifique, des ressources financières accrues pour celle-ci et la mise en place de meilleurs mécanismes de transfert des résultats de recherche.

L'«Acfas 00»

Le congrès de l'Acfas sur l'innovation durable se tiendra cette année du 9 au 13 mai. Sous l'impulsion de deux antennes de l'UQAC, soit la chaire en écoconseil et le Consortium sur la forêt boréale, l'Acfas joint la pratique à la théorie. Des infrastructures et protocoles ont été mis en place au congrès, baptisé Acfas 00, pour «tendre vers un bilan zéro en matières résiduelles enfouies et en émissions de gaz à effet de serre». À l'ordre du jour, donc, triage, compostage, proscription de la vaisselle en styromousse ou en plastique. On assistera même à la plantation d'épinettes noires. Avec la collaboration de Recyc-Québec, un cahier des charges a été réalisé, qui pourra ultérieurement être appliqué à d'autres rencontres dites «carbo-neutres».

Depuis quelques années, les sciences pures font un retour au congrès. Elles n'en restent pas moins sous-représentées par rapport aux sciences humaines et sociales. «Il y a des fluctuations, précise Mme de la Durantaye. Il arrive que les chercheurs en sciences pures tiennent ailleurs d'autres congrès, mais il y a eu une remontée. Mais il est vrai qu'au Canada et au Québec, la plupart des chercheurs sont en sciences sociales et en sciences humaines. C'est important de les mettre en valeur et de faire de la sensibilisation par rapport aux progrès accomplis dans ces domaines, qui ont des retombées directes sur la société québécoise. Dans cette optique, nous présentons le 12 mai le colloque "Le transfert de connaissances en sciences humaines et sociales: une valeur ajoutée à la recherche".» Les conférenciers invités sont Hélène P. Tremblay, présidente du Conseil de la science et de la technologie, et Robert Bisaillon, ex-sous-ministre adjoint au ministère de l'Éducation du Québec.

Les congrès de l'Acfas croissent d'année en année. Celui de 2005 réunira quelque 5000 chercheurs; il n'y a qu'aux États-Unis — et au Canada quand il s'agit des seules sciences humaines — qu'on retrouve un événement de cette envergure. La présidente de l'Acfas et ex-rectrice de l'Université du Québec souligne le caractère précurseur de ceux qui, il y a 73 ans, ont initié de telles rencontres entre universitaires d'horizons aussi divers: «À l'époque, c'était d'avant-garde. Aujourd'hui, la recherche est de plus en plus interdisciplinaire; les problèmes trouvent rarement leur résolution au moyen d'une seule discipline.»

Le rayonnement de la science

Par-delà les congrès, la mission première de l'Acfas demeure la promotion et la diffusion de l'activité scientifique et de la recherche. Cet engagement prend plusieurs formes. L'organisme publie la revue bimestrielle de vulgarisation Découvrir, un bottin de la recherche et les Cahiers scientifiques, une collection qui compte plus de 100 titres. À cela s'ajoutent un concours de vulgarisation scientifique, la remise des Prix de l'Acfas et le forum international Science et Société.

Commentant la situation financière de l'Acfas, organisme sans but lucratif, Mme de la Durantaye dira: «Nous ne sommes pas dans des conditions d'abondance. Chaque année est une lutte pour la quête de fonds, les revenus du congrès ne suffisant pas à nous financer.» Cette année par exemple, au congrès, certains prix ne pourront être attribués, les commanditaires s'étant retirés.

L'Acfas, n'empêche, s'est fixé de nouvelles tâches et objectifs. «La priorité pour les prochaines années est de s'ouvrir au niveau international. L'Acfas doit devenir le réseau francophone de la recherche.» Un des moyens choisis pour y parvenir est la mise en ligne, d'ici deux à trois ans, d'un portail francophone de la science. «Il faut que ce soit su que la science peut s'exprimer autrement qu'en anglais et que ça enrichit la diversité. S'il n'y a pas d'outil de diffusion pour la recherche en français, on ne peut reprocher aux chercheurs de publier en anglais.» Pour la mise au point de ce portail, l'Acfas en est à la recherche de partenariats ici et à l'étranger.

Débats publics

Parallèlement, l'organisme veut augmenter sa participation aux débats publics sur la science. «C'est important, souligne la présidente de l'Acfas, de prendre position afin que les gouvernements n'oublient pas l'importance de la science, et de défendre la recherche en tant qu'élément de développement social.»

L'Acfas a fait connaître sa position sur la place accordée à la recherche dans les récents budgets fédéral et provincial. «Les organismes subventionnaires n'ont pas été coupés mais, dans les faits, les budgets n'ont pas augmenté. Soixante-dix pour cent de nos chercheurs les plus chevronnés ne peuvent obtenir de financement des organismes québécois. La relève est privée d'argent neuf dont elle a bien besoin. Pendant ce temps, l'argent du fédéral va dans le béton et la brique. Notre système est un des plus performants au monde mais pendant combien de temps va-t-il pouvoir continuer à "performer"? En Europe, il y a eu une grande mobilisation depuis cinq ans.»

Pendant l'assemblée générale de l'Acfas, qui se tiendra durant son congrès, une nouvelle présidente (sic) devrait être désignée. Mme de la Durantaye continuera alors à agir en tant que présidente sortante jusqu'à l'an prochain. Entre-temps, elle retournera à l'UQTR en tant qu'enseignante en sciences de la gestion.