Sciences - L'eau peut tuer les athlètes

Les athlètes ne doivent surtout pas enfiler des bouteilles d’eau à la fin d’une course. Ils devraient attendre d’avoir uriné avant de boire de nouveau.
Photo: Jacques Grenier Les athlètes ne doivent surtout pas enfiler des bouteilles d’eau à la fin d’une course. Ils devraient attendre d’avoir uriné avant de boire de nouveau.

Une nouvelle étude souligne les risques qu'encourent les sportifs qui absorbent trop de liquide lors d'épreuves d'endurance comme le marathon. Après avoir insisté sur les dangers de la déshydratation, les médecins mettent maintenant en garde les coureurs contre l'hyponatrémie, qui peut aussi conduire à la mort.

L'hyponatrémie se caractérise par une concentration anormalement faible de sodium dans le sang, qui survient à la suite de l'ingestion de trop grandes quantités d'eau ou de boisson énergétique. Pendant un exercice intense, les reins ne parviennent pas à excréter l'excès de liquide absorbé par l'organisme. Or, si la personne continue à boire dans ces conditions, le surplus d'eau pénètre alors dans ses cellules, notamment les cellules du cerveau. Toutefois, celles-ci ne peuvent pas prendre énormément d'expansion compte tenu du peu d'espace disponible dans la boîte crânienne. Une fois engorgées, elles font alors pression sur la base du cerveau, le tronc cérébral, qui contrôle les fonctions vitales, notamment la respiration. L'issue peut donc être fatale.

L'étude publiée dans The New England Journal of Medicine a porté sur 488 coureurs ayant participé au marathon de Boston en 2002. Ceux-ci ont été pesés et ont fourni un échantillon de sang avant et après la course. Ils ont également précisé la quantité de liquide qu'ils avaient ingurgitée au cours de l'épreuve. L'équipe du Dr Christopher Almond, de l'Hôpital pour enfants de Boston, qui a mené l'étude, a relevé que 13 % des athlètes (soit 63 d'entre eux) avaient tellement bu qu'ils souffraient d'hyponatrémie au terme de la compétition. Trois athlètes se sont retrouvés dans un état critique pour les mêmes raisons. Et une jeune femme, qui ne participait pas à l'étude, est décédée au 32e km (le marathon en compte un peu plus de 42) après cinq heures de course. Se sentant très mal et croyant qu'elle était déshydratée, elle a bu d'un coup 475 ml de liquide, ce qui lui a été fatal. Son taux de sodium dans le sang ne dépassait pas les 113 micromoles par litre alors que les premiers symptômes de l'hyponatrémie apparaissent lorsque la concentration de sodium atteint les 135 micromoles par litre.

Les plus lents

L'hyponatrémie guette surtout les coureurs qui prennent plus de quatre heures pour compléter la course, précisent les chercheurs. Cela leur donne amplement le temps de boire. En effet, ils absorbent en moyenne plus de trois litres d'eau ou de boisson énergétique au cours de l'épreuve. Or tout ce liquide se traduit par un gain substantiel de poids pendant la compétition.

«Les bons coureurs qui font le marathon en deux heures ne souffrent pas d'hyponatrémie car ils ne peuvent pas boire beaucoup», souligne François Péronnet, professeur au département de kinésiologie de l'Université de Montréal. «Par contre, les marathoniens qui courent pendant cinq ou six heures et qui suivent trop à la lettre les recommandations qui leur sont données pour éviter la déshydratation boivent beaucoup plus que ce dont ils ont besoin.»

Le Dr Marvin Ardner, directeur médical du marathon de Boston, prévient les athlètes qu'ils ne doivent surtout pas enfiler des bouteilles d'eau à la fin d'une course. Ils devraient attendre d'avoir uriné avant de boire de nouveau.

Les coureurs peuvent estimer la quantité de liquide qu'ils doivent consommer au cours d'une course en comparant leur poids avant et après la compétition. Si la personne a pris du poids à la fin de la course, elle a probablement absorbé trop de liquide.

«Toute personne qui court se déshydrate», a précisé au New York Times le Dr Tim Noakes, de l'université du Cap, en Afrique du Sud, le premier spécialiste à avoir découvert l'importance de l'hyponatrémie chez les sportifs. «Pourtant, je n'ai jamais relevé de décès par déshydratation au cours d'une compétition de toute l'histoire des marathons. Par contre, je connais plusieurs personnes qui ont été malades et même qui sont mortes d'avoir trop bu.»

François Péronnet a plutôt tendance à s'inquiéter des risques de coup de chaleur et de déshydratation lorsque les courses se déroulent dans des régions chaudes. Dans ces conditions, «il faut plutôt boire que se restreindre car la soif est un mauvais indicateur de nos besoins en eau pendant l'exercice», dit-il.