Un test sanguin pour diagnostiquer l’Alzheimer

Un test sanguin permet de diagnostiquer la maladie d’Alzheimer.
Kirsty Wigglesworth Associated Press Un test sanguin permet de diagnostiquer la maladie d’Alzheimer.

Dans un article scientifique paru le 27 décembre, des chercheurs affirment avoir conçu un test sanguin de diagnostic de la maladie d’Alzheimer, laquelle ne pouvait être confirmée que par deux techniques coûteuses, dont l’une est passablement invasive. Ce test facile à utiliser pourrait ainsi permettre de commencer des traitements plus tôt chez nombre de patients.

Étant donné que les protéines bêta-amyloïdes et tau s’accumulent anormalement et s’agglutinent dans le cerveau des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, la confirmation du diagnostic consiste à mesurer leur abondance dans le cerveau à l’aide d’une technique d’imagerie cérébrale sophistiquée, ainsi que leur abondance dans le liquide cérébrospinal (ou céphalorachidien), dans lequel baignent le cerveau et la moelle épinière, par le biais d’une ponction lombaire qui vise à recueillir du liquide cérébrospinal dans l’espace entourant la moelle épinière à l’aide d’une aiguille qu’on insère dans le dos, entre deux vertèbres.

« Une partie des quantités excessives de protéines tau qui sont libérées par les cellules nerveuses endommagées du cerveau diffusent dans le liquide céphalorachidien. On retrouve toutefois beaucoup moins d’amyloïdes bêta 42 dans ce liquide, chez les personnes qui ont l’alzheimer, parce que ces protéines restent collées dans le cerveau, qui n’arrive pas à s’en débarrasser. Les plaques séniles qu’on voit au microscope sont justement des dépôts d’amyloïdes insolubles », explique le Dr Serge Gauthier, directeur de l’Unité de recherche sur la maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées, du Centre McGill d’études sur le vieillissement.

Diagnostic fiable et précis

La ponction lombaire est une intervention délicate, douloureuse et déconseillée aux personnes qui prennent des anticoagulants. De plus, la tomographie par émission de positons qui permet de visualiser les protéines tau dans les différentes régions du cerveau, qui a été mise au point à Montréal, est très coûteuse : 5000 $ par examen. « Ces deux tests sont remboursés par la Régie de l’assurance maladie du Québec. Mais il faut envoyer les échantillons de liquide cérébrospinal à Amsterdam, en Europe, ou dans un laboratoire commercial, aux États-Unis », précise le Dr Gauthier.

L’intérêt d’un test sanguin est qu’il sera moins onéreux (entre 400 $ et 500 $) qu’un examen tomographique (5000 $) et moins invasif qu’une ponction lombaire

 

Or, des chercheurs de l’Université de Göteborg, en Suède, de l’Université de la Californie à San Diego, de l’Université de Pittsburgh et de l’Université de Brescia, en Italie, décrivent dans la revue Brain un test sanguin détectant la forme particulière de protéine tau qui s’accumule dans le cerveau des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.

Les tests sanguins actuels décèlent des protéines tau provenant de partout dans l’organisme. Pour différencier les protéines tau d’origine cérébrale des autres, les chercheurs ont mis au point des anticorps qui reconnaissent spécifiquement la protéine tau associée à la maladie d’Alzheimer.

Les scientifiques ont éprouvé leur test chez 600 patients ayant atteint différents stades de la maladie d’Alzheimer, et ils ont trouvé que les niveaux de protéines tau cérébrales mesurés dans le sang de ces patients par leur test correspondaient bien à ceux dosés dans le liquide cérébrospinal. Les niveaux de protéines étaient également proportionnels à la gravité des plaques amyloïdes et des enchevêtrements de protéines tau dans le cerveau des personnes décédées de l’alzheimer. De plus, le test distingue de manière fiable la maladie d’Alzheimer des autres maladies neurodégénératives.

Un test prometteur

Le Dr Gauthier se réjouit de cette avancée dans le développement de tests sanguins permettant un diagnostic fiable et précis. « L’intérêt d’un test sanguin est qu’il sera moins onéreux (entre 400 $ et 500 $) qu’un examen tomographique (5000 $) et moins invasif qu’une ponction lombaire. Et ce qui est particulièrement encourageant dans cet article, c’est le fait que certaines des techniques auxquelles les chercheurs ont eu recours sont déjà commercialisées, ce qui nous rapproche un peu plus d’un test sanguin qui pourrait être utilisé en clinique. Et je peux vous dire que l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux est très intéressé à ce genre de test diagnostique. Donc, un tel test pourrait devenir disponible rapidement au Québec », dit-il.

« Dans trois ans, lorsqu’on aura terminé les essais cliniques [visant à évaluer de nouveaux traitements] et qu’on aura trouvé quelques médicaments efficaces, espérons-le, on pourra faire un suivi de ces patients par des prises de sang, un peu comme on le fait pour le cancer de la prostate à la suite d’une radiothérapie ou d’une chimiothérapie, en mesurant l’antigène prostatique spécifique dans le sang. Ce serait ainsi plus facile de suivre l’effet des nouveaux traitements », fait-il valoir.

Mais avant qu’on en arrive là, le test devra être éprouvé sur un plus grand nombre de patients. « On pourrait aussi voir si on peut dépister la maladie avant l’apparition des symptômes, en évaluant le test chez les personnes porteuses d’un ou des gènes de la forme familiale de la maladie, car on sait que ces personnes développeront certainement la maladie », avance le Dr Gauthier.

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