Relève: plein feu sur l’holocène

Jean-Benoît Nadeau
Collaboration spéciale
Dans sa thèse, Dorian Gaboriau a analysé les conditions de température, de sécheresse et de végétation propices aux saisons de grands feux.
Photo: Joao Henriques Associated Press Dans sa thèse, Dorian Gaboriau a analysé les conditions de température, de sécheresse et de végétation propices aux saisons de grands feux.

Ce texte fait partie du cahier spécial Les prix de l'Acfas

Le réchauffement climatique engendrera-t-il de grands feux de forêt ? C’est la question à laquelle répond Dorian Gaboriau, postdoctorant à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), qui a remporté le prix Acfas Relève pour sa thèse doctorale « Régimes des feux holocène, contemporain et futur aux Territoires du Nord-Ouest, Canada », réalisée en cotutelle avec l’UQAT et l’Université de Montpellier.

Au départ, ce travail visait à saisir l’importance réelle d’un événement extrême, le grand feu de 2014 dans les Territoires du Nord-Ouest au cours duquel avaient brûlé 3,4 millions d’hectares, soit 72 fois la superficie de l’île de Montréal.

Sa thèse lui a permis d’analyser les conditions de température, de sécheresse et de végétation propices aux saisons de grands feux. La reconstitution de la paléoécologie sur plus de 10 000 ans depuis la fin de la dernière ère glaciaire lui a permis d’en observer les grands cycles.

« La région a connu une période intense de feux il y a de 5000 à 7000 ans, mais depuis 4000 ans, elle traversait plutôt une période froide, moins favorable, explique-t-il. La hausse actuelle ne dépasse pas la variabilité naturelle sur 10 000 ans. »

Il a pu étudier le cycle des feux en se basant sur la présence de charbons de bois et de pollen dans des carottes de sédiments prélevées dans quatre lacs. Cette reconstitution lui a permis de voir que le réchauffement climatique ne signifie pas nécessairement plus d’incendies, du moins sur le territoire observé. « Selon le modèle, la biomasse pourrait diminuer, ce qui réduirait la fréquence et l’importance des feux. »

Outre ses propres recherches en paléoécologie à l’UQAT, le chercheur de 32 ans travaille au sein du Laboratoire international de recherche sur les forêts froides (boréales et d’altitude), un projet collaboratif et multidisciplinaire pour lequel il coordonne les équipes et les rencontres. « Le fait d’avoir réalisé une “thèse par articles” — où chacun des trois chapitres correspondait à une publication scientifique distincte — m’a permis de mieux valoriser mon travail. »

Plantes indigènes et diabète

Un second prix Acfas Relève a été remporté par Michael Rapinski pour sa thèse doctorale intitulée « Ethno­biologie et ethnomédecine des Peuples premiers d’Amérique (Cris d’Eeyou Istchee, Parikwene et Pekuakamilnuatsh). L’impact de l’alimentation et de la médecine traditionnelle sur la santé et le bien-être des diabétiques ».

« Une thèse jugée remarquable pour laquelle il a réalisé 173 interviews », explique Alain Cuerrier, botaniste au Jardin botanique de Montréal et professeur associé à l’Université de Montréal, qui a codirigé la thèse réalisée en cotutelle avec l’Université de Guyane.

L’auteur n’a pu être joint pour cet article, mais dans une vidéo réalisée pour le concours Ma thèse en 180 secondes (où il a remporté le Prix du jury), celui-ci expliquait que le point commun entre les Premiers Peuples de Guyane et du Québec, c’est le diabète.

« Michael est solide sur le plan de l’étude qualitative et quantitative, ce qui est déjà rare, mais en plus, il écrit très bien, dit Alain Cuerrier. Ça lui a aussi permis de mettre en relief le fort niveau d’incompréhension culturelle entre les tenants de la médecine traditionnelle et les corps professionnels. »

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.



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