Une recherche qui dépasse les frontières

Isabelle Delorme
Collaboration spéciale
Sylvie Nadeau, professeure à l’École de réadaptation de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, lauréate du prix Acfas Adrien-Pouliot pour la coopération scientifique avec la France
Photo: Photo fournie Sylvie Nadeau, professeure à l’École de réadaptation de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, lauréate du prix Acfas Adrien-Pouliot pour la coopération scientifique avec la France

Ce texte fait partie du cahier spécial Les prix de l'Acfas

Divers parcours en recherche peuvent dépasser les frontières, comme en témoignent les prix du Gala de l’Acfas.

Un chercheur au collégial

Simon Langlois, professeur de physique en sciences de la nature au cégep Marie-Victorin, a remporté le prix Acfas Denise-Barbeau pour la recherche au collégial. Comment engager les étudiants du collégial dans les cours de sciences, et comment améliorer leurs compétences à l’oral ? Ces deux questions ont orienté son travail. « J’ai mobilisé beaucoup de gens, du primaire au secondaire. Mes collègues chercheurs me disent qu’avec mes projets, on pourrait remplir des autobus d’intervenants ! » s’amuse-t-il.

Photo: Service des communications du cégep Marie-Victorin Simon Langlois, professeur de physique en sciences de la nature au cégep Marie-Victorin, récipiendaire du prix Acfas Denise-Barbeau pour la recherche au collégial

Depuis qu’il l’a lancé en 2011, son projet Pour un Montréal scientifique dans lequel les étudiants du collégial prennent part aux cours de science au primaire, fédère 50 à 70 étudiants et touche 1600 élèves par année. Une formule triplement gagnante pour les enseignants — qui manquent de formation et de temps de préparation pour ces cours — et pour les jeunes. Les étudiants développent leurs compétences à l’oral et mettent en pratique leurs apprentissages théoriques en physique-chimie. Quant aux élèves, issus de milieux défavorisés, « ils changent leur perception du scientifique : au début de la session, ils dessinent une sorte d’élite désincarnée ressemblant à Einstein, mais à la fin, ils représentent les étudiants du collégial », se réjouit Simon Langlois. Les étudiants intervenant dans les classes viennent souvent d’écoles du quartier, ce qui renforce la dynamique.

Le prix de l’Acfas met en lumière la recherche au collégial, moins connue que celle qui se fait à l’université. « C’est une très belle recherche, soutenue par nos administrations, souligne le professeur. Nous n’avons pas de pression de publication ni de promotion à la clé, nous le faisons par passion. »

Une collaboration qui marche

La marche est le principal objet de recherche de Sylvie Nadeau, professeure à l’École de réadaptation de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal et lauréate du prix Acfas Adrien-Pouliot pour la coopération scientifique avec la France.

Son intérêt pour la biomécanique appliquée date de sa formation de physiothérapeute. « Mon professeur au programme de physiothérapie de l’Université de Montréal, devenu ensuite mon directeur de maîtrise et de doctorat, était passionnant. J’ai participé à des tests dans son laboratoire à l’Université, ce qui a confirmé mon intérêt d’étudier le mouvement, et plus particulièrement la marche », raconte celle dont les travaux ont permis de découvrir des déterminants qui servent de base à de nouvelles avenues en réadaptation pour réduire les anomalies de la démarche et d’autres problèmes de mobilité de personnes âgées ou vivant avec des atteintes neurologiques et orthopédiques.

Une bourse de collaboration France­-Québec obtenue à la fin de son doctorat l’emmène dans un laboratoire marseillais, premier pas d’une collaboration franco-québécoise qui dure depuis 26 ans. « Les deux pays ont des forces complémentaires en recherche », observe la chercheuse, qui a notamment collaboré avec le géant industriel français Essilor et a participé à un accord majeur permettant aux physiothérapeutes québécois et aux masseurs-kinésithérapeutes français d’exercer des deux côtés de l’Atlantique. Elle a étendu le Réseau provincial de recherche en adaptation-réadaptation (REPAR), qu’elle a dirigé jusqu’en 2016. « J’avais de bonnes assises pour interpeller des chercheurs chevronnés avec un important leadership afin d’appuyer la structuration d’une collaboration franco-québécoise », explique celle pour qui ce prix est aussi une reconnaissance pour le travail de ses pairs et étudiants en France.

Une économiste qui a du génie

Doublement formée en économie et en génie, Catherine Beaudry, professeure au Département de mathématiques et de génie industriel à Polytechnique Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en gestion et en économie de l’innovation, a reçu le prix Acfas Jacques-Rousseau pour la multidisciplinarité.

Photo: Caroline Perron Catherine Beaudry, professeure au Département de mathématiques et de génie industriel à Polytechnique Montréal et Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en gestion et en économie de l’innovation, récipiendaire du prix Acfas Jacques Rousseau pour la multidisciplinarité

« Mes objets de recherche sont la science, la technologie, l’innovation et la performance des organisations », résume celle qui réalise des études économétriques dans ses domaines de recherche en empruntant des outils à diverses disciplines (en sociologie, par exemple). « J’utilise des méthodes statistiques ou des algorithmes de regroupement pour essayer de comprendre l’impact de différentes variables, comme des mesures de centralité des individus ou des entreprises dans un réseau, sur la performance en science, en innovation, celle des entreprises ou leur survie. Par exemple, quel est l’impact de la centralité, ou rôle pivot dans le réseau, d’un chercheur sur le nombre de citations que ses travaux vont obtenir, ou de celle d’une entreprise sur sa capacité à collaborer dans le futur ? » illustre-t-elle.

La professeure à Polytechnique aime rappeler à ses étudiants que 70 à 80 % des innovations résultent d’une recombinaison de connaissances déjà existantes. « Ce genre d’innovations, pour lequel on ne réinvente pas la roue mais où on connecte des choses qui ne l’avaient pas été avant, requiert de plus en plus d’interdisciplinarité », pointe celle dont le prix pourrait inspirer de jeunes scientifiques à ouvrir leurs horizons.

Un cerveau de la symétrie

L’étude des symétries est une notion centrale en mathématiques et en physique. Luc Vinet, expert mondialement reconnu en la matière, directeur général de l’Institut de valorisation des données (IVADO) et professeur Aisenstadt de physique à l’Université de Montréal, a reçu le prix ACFAS Urgel-Archambault (sciences physiques, mathématiques, informatique et génie).

Photo: Photo fournie Luc Vinet, directeur général de l’Institut de valorisation des données (IVADO) et professeur Aisenstadt de physique à l’Université de Montréal, récipiendaire du prix ACFAS Urgel-Archambault

La notion de symétrie est simple lorsqu’il la décrit : « C’est une transformation d’un système physique qui laisse les propriétés de ce dernier inchangées. Par exemple, lorsqu’une force ne dépend que de la distance entre deux points, le système physique reste invariant sous les rotations qui sont donc des symétries de ce système », illustre-t-il. Elles permettent notamment de déterminer les forces fondamentales de la nature, mais elles peuvent être très sophistiquées, subtiles, voire cachées — le mouvement d’une planète a, par exemple, beaucoup plus de symétries qu’on ne le penserait à première vue —, poursuit celui qui s’emploie à les identifier, ainsi que les manifestations de leurs « brisures ».

Luc Vinet a fait plusieurs découvertes importantes dans des domaines variés. Il a notamment montré comment marier les symétries de jauge (l’invariance d’un système physique sous l’action locale d’un groupe de symétrie) à celles de la relativité d’Einstein, en utilisant la géométrie et la topologie. Il se dit heureux d’avoir pu contribuer à mettre sur pied différents réseaux ou projets, comme le Réseau de centres d’excellence Mitacs ou le nouveau campus de l’Université de Montréal sur le site de la gare de triage Outremont, tout en restant très actif sur le plan scientifique. « Ce prix m’encourage à aller plus loin », se réjouit-il.

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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