Célébrer la science en français dans l’ensemble du Canada

Anne-Hélène Mai
Collaboration spéciale
Ce montage végétal miscroscopique met en vedette l’arabette des dames, qui pousse naturellement sous cette forme de rosette. L’Arabidopsis thaliana est une candidate idéale pour la biologie végétale, car son cycle de vie est très rapide, à savoir six semaines. Ici, on ne voit que des cotylédons, les premières feuilles à émerger — sauf en haut à gauche, où l’on distingue une anthère — là où se forment les grains de pollen. Chacune des feuilles est issue d’une recherche particulière s’intéressant entre autres à sa physiologie, sa génétique, sa résistance aux maladies et aux intempéries, sa reproduction ou sa production de semences. Cette photo, intitulée Rosette d’arabette, a remporté l’un des prix du jury au concours Acfas La preuve par l’image 2022.
Denise Chabot Ce montage végétal miscroscopique met en vedette l’arabette des dames, qui pousse naturellement sous cette forme de rosette. L’Arabidopsis thaliana est une candidate idéale pour la biologie végétale, car son cycle de vie est très rapide, à savoir six semaines. Ici, on ne voit que des cotylédons, les premières feuilles à émerger — sauf en haut à gauche, où l’on distingue une anthère — là où se forment les grains de pollen. Chacune des feuilles est issue d’une recherche particulière s’intéressant entre autres à sa physiologie, sa génétique, sa résistance aux maladies et aux intempéries, sa reproduction ou sa production de semences. Cette photo, intitulée Rosette d’arabette, a remporté l’un des prix du jury au concours Acfas La preuve par l’image 2022.

Ce texte fait partie du cahier spécial Les prix de l'Acfas

Pour son 100e anniversaire, l’Acfas s’offre deux nouveaux prix, en plus des dix déjà existants. À compter de l’an prochain, l’Association mettra en avant un chercheur de la relève et un autre ayant l’audace de travailler en français hors Québec, en contexte minoritaire.

Un premier prix reconnaîtra l’engagement d’un ou d’une chercheuse pour la recherche en français hors Québec, en contexte minoritaire. Que ce soit par ses publications en français, par l’organisation d’activités scientifiques ou par de la vulgarisation en français, le lauréat aura promu la vitalité scientifique francophone dans un milieu majoritairement anglophone. Parrainé par l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne, il sera nommé prix Gilles-Paquet.

« Cet ancien président de l’Acfas a relancé en 1987 tout notre réseau régional et nos antennes à travers le Canada », explique le président actuel, Jean-Pierre Perreault. « Aujourd’hui, nous avons des antennes à Toronto, à Sudbury, en Acadie, au Manitoba, en Alberta et en Saskatchewan. »

Le deuxième nouveau prix célébrera un parcours de recherche inspirant chez un ou une chercheuse de la relève. « Nous voulons reconnaître la diversité, la richesse et l’originalité de certains parcours, et récompenser des personnes qui se distinguent par leur capacité à se projeter dans le futur et à faire une différence, déclare M. Perreault. Encourager la relève, c’est dans notre mission depuis le premier jour, c’était la volonté même des fondateurs de l’Acfas. » Le prix Acfas Relève, parrainé par le ministère de la Langue française du Québec, pourra être donné à des étudiants et étudiantes inscrits à la maîtrise ou au doctorat ou à des stagiaires postdoctoraux qui auront présenté leurs travaux au Congrès de l’Acfas précédent.

De deux à douze prix

Ces deux ajouts viendront compléter l’éventail des dix prix que remet l’organisme chaque année.

« Les prix Acfas sont décernés depuis 1944. Ils sont devenus prestigieux parce qu’ils sont historiques », soutient M. Perreault, qui se dit sans cesse impressionné par la qualité des candidatures. Les premières années, seuls deux prix étaient remis : la médaille Léo-Pariseau, qui récompense un chercheur du domaine des sciences biologiques ou des sciences de la santé, et la médaille Urgel-Archambault, destinée à un ou une spécialiste des sciences physiques, des mathématiques, de l’informatique ou du génie.

Depuis, l’Acfas a intégré l’ensemble des savoirs et des domaines de recherche dans sa mission. En plus des sciences fondamentales, les prix Acfas célèbrent les sciences humaines et sociales, dont se distinguent par ailleurs les sciences de l’éducation, qui détiennent leur propre prix depuis 2020.

« Alors que l’on fête le 100e anniversaire de l’Acfas, on veut faire ressortir ce caractère historique », résume M. Perreault, fier que l’Acfas soit l’une des rares associations centenaires au Québec. Les deux nouveaux prix réaffirment le caractère pancanadien et axé sur l’avenir de la recherche scientifique de l’Acfas, et ce, aux côtés de partenaires propres à chaque prix. « Nos nombreux partenaires nous permettent de réaliser à quel point l’Acfas fédère toute une série d’organisations afin de travailler pour le bien de la science et promouvoir l’innovation en français. »

Comme autre clin d’oeil historique, l’organisme a mis en vente, lors du gala, deux centaines d’herbiers, tous uniques, qui mettent en valeur la flore québécoise. Ils sont le fruit d’un projet réalisé avec l’Institut de recherche en biologie végétale, en souvenir du frère Marie-Victorin, l’un des fondateurs de l’Acfas, et de son oeuvre maîtresse, Flore laurentienne, de 1935.

À la défense de la science en français

Pour être lauréat d’un prix Acfas, faut-il rédiger ses publications scientifiques en français ? « Non, répond clairement Jean-Pierre Perreault. Les candidats sont des personnes d’expression française ou sont minimalement des francophiles. Ce sont des gens qui ont fait de grands bouts de leurs parcours en français. » Le président de l’Acfas, qui est biologiste moléculaire et expert en enzymologie de l’ARN et des viroïdes, dit lui-même publier régulièrement ses travaux en anglais. « Mais je fais beaucoup de vulgarisation en français, et nous parlons français dans mon laboratoire. »

Si le déclin du français dans les publications scientifiques est indéniable, « ce n’est pas le cheval de bataille, selon M. Perreault. Tout ce qu’il y a autour de la communication scientifique compte aussi beaucoup. Et nous avons plein de nouveaux moyens de communication devant nous. »

Toutefois, l’un des obstacles à la publication en français est le manque d’accès aux subventions, reconnaît M. Perreault. Dans son mémoire déposé lors des consultations pancanadiennes sur les langues officielles, l’Acfas a soulevé les failles du système d’évaluation de demandes de fonds pour les chercheurs et chercheuses de langue française, hors Québec. « Si les demandeurs se disent qu’ils ont plus de chance d’avoir une réponse positive en soumettant leur demande en anglais, il y a de fortes chances pour que leurs publications qui suivront soient en anglais », estime M. Perreault. Sous l’égide de l’Acfas, un Service d’aide à la recherche en français est en train d’être mis en place par le ministère québécois des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne, pour fournir aux francophones en contexte minoritaire un soutien équivalent à celui auquel ont accès leurs pairs anglophones.

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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