Scientifiques francophones en action

Jean-Benoît Nadeau
Collaboration spéciale
La Semaine mondiale de la francophonie scientifique réunissait plus de 1500 participants, dont des experts et chercheurs ainsi qu’une centaine de jeunes entre autres issus des nouveaux clubs étudiants de 50 nationalités différentes.
Illustration: Patrik Roberge La Semaine mondiale de la francophonie scientifique réunissait plus de 1500 participants, dont des experts et chercheurs ainsi qu’une centaine de jeunes entre autres issus des nouveaux clubs étudiants de 50 nationalités différentes.

Ce texte fait partie du cahier spécial Francophonie scientifique

L’Agence universitaire de la francophonie serait-elle en train de prendre un coup de jeune ? On peut le croire à la conclusion de la deuxième édition de la Semaine mondiale de la francophonie scientifique (SMFS), qui s’est tenue au Caire du 25 au 28 octobre derniers.

Cet événement, qui réunissait plus de 1500 participants, dont des experts et chercheurs ainsi qu’une centaine de jeunes entre autres issus des nouveaux clubs étudiants de 50 nationalités différentes, n’a plus rien à voir avec les quadriennales de recteurs de jadis.

La SMFS — qui regroupait le premier Congrès de la jeunesse estudiantine francophone, les deuxièmes Assises internationales de la francophonie scientifique et la sixième Conférence ministérielle francophone — se voulait active et militante.

« On veut en faire l’événement majeur qui ponctue, chaque année, l’évolution de la francophonie scientifique », dit Slim Khalbous, recteur de l’Agence universitaire de la francophonie (AUF). Il exprime des attentes élevées pour la troisième édition, qui se tiendra à Québec en octobre 2023.

« Dans ma carrière universitaire, j’ai beaucoup suivi l’AUF et, jusqu’à récemment, c’était beaucoup culture et mobilité, et le volet recherche était beaucoup moins présent. Mais avec Slim, c’est devenu très important et ça ouvre de nouveaux horizons », dit Abdelmajid Benamara, secrétaire général de la Fédération des Conseils arabes de la recherche scientifique et professeur de génie mécanique à l’École nationale d’ingénieurs de Monastir, en Tunisie.

La volonté de faire bouger les lignes s’est manifestée à travers plusieurs réalisations visant à actualiser les discussions. Outre la création du réseau de Clubs leaders étudiants francophones (CLEF) qui vient appuyer les 180 clubs étudiants tout nouveaux, les cinq ateliers sur l’intelligence artificielle (IA) ont trouvé leur pendant concret dans la création du Réseau francophone en IA, le REFIA.

« On veut pérenniser la réflexion pour qu’elle serve à avancer, dit Slim Khalbous. On a plein d’experts francophones en IA. Pourquoi devraient-ils publier en anglais ? »

De même, les conclusions des deux autres ateliers thématiques, sur la prospective en éducation et sur la publication de la recherche, sont assurées de ne pas rester lettre morte. La toute nouvelle Académie internationale de la francophonie scientifique, basée à Rabat au Maroc, vise expressément à les mettre en application.

« Il nous faut des politiques éducatives anticipatrices, qui vont nous permettre de pousser dans le bon sens, avec 10, 15 ans d’avance. Ça n’a pas de bon sens de se limiter à jouer aux pompiers. Il faut connaître tous les systèmes et voir venir. »

La diplomatie scientifique francophone

 

Le gros coup politique de la semaine aura été la signature du Manifeste pour une diplomatie scientifique francophone signé par les ministres de l’Enseignement supérieur et de la Recherche de 40 États.

« Le message clé est la mise en place d’une gouvernance coopérative de la science dans l’espace francophone, dit Slim Khalbous. C’est un plaidoyer très fort auprès des dirigeants politiques pour qu’ils impliquent les scientifiques dans la prise de décisions. »

« Le rapport du GIEC sur le réchauffement de la planète, c’est juste du papier. Comment on actualise ça ? » demande Rémi Quirion, scientifique en chef du gouvernement du Québec et premier président francophone du Réseau international des scientifiques en chef et conseillers scientifiques (INGSA). « Le bienfait du manifeste va être de mettre tout le monde en réseau pour collaborer, tester des idées et apprendre des autres. »

La signature du manifeste coïncide — ce n’est pas un hasard — avec l’annonce le 3 novembre de la création du Réseau francophone international en conseil scientifique (RFICS), un projet qui découle des efforts de Rémi Quirion et auquel Slim Khalbous a participé au sein du comité d’orientation. Basé au Québec, il regroupera tous les conseillers scientifiques des pays signataires du manifeste.

Pour Slim Khalbous, les scientifiques doivent profiter des circonstances actuelles, qui leur sont plutôt favorables. « La COVID a mis devant la face du monde combien la science est essentielle à la prise de décisions en politique », dit-il. Et c’est pourquoi le Fonds de recherche du Québec, que dirige Rémi Quirion, a créé un programme de résidences scientifiques postdoctorales aux bureaux du Québec à Séoul, à Tokyo, à Rabat et à l’UNESCO, à Paris. Il souhaite l’étendre aux autres ministères. « Il faut aussi, dit-il, des scientifiques qui apprennent la réalité des ministères et de la décision de politiques. »

À ses yeux, une saine diplomatie scientifique doit aussi viser la diplomatie par la science, à l’exemple des grands projets scientifiques multinationaux, comme l’accélérateur de particules du CERN en Suisse, le Très Grand Téléscope du Chili ou le programme spatial, où l’on voit des collaborations entre Russes et Ukrainiens ou entre Palestiniens et Israéliens. « Les scientifiques peuvent faciliter le dialogue entre des pays qui ne se parlent plus. »

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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