La signature neurobiologique de l’impulsivité

Raphaëlle Corbeil
Collaboration spéciale
Le nouveau score d’impulsivité permettra d’identifier les personnes à risque dès leur enfance, ce qui permettra de mieux les suivre et de prévenir l’apparition de troubles à l’adolescence.
Photo: Getty Images Le nouveau score d’impulsivité permettra d’identifier les personnes à risque dès leur enfance, ce qui permettra de mieux les suivre et de prévenir l’apparition de troubles à l’adolescence.

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Il sera dorénavant possible de prédire, grâce au code génétique, quel enfant sera plus à risque d’avoir des comportements impulsifs et dangereux à l’adolescence. Même si l’impulsivité n’est pas une maladie comme telle, elle est clairement liée au TDAH, à la toxicomanie, à la dépression et même au suicide.

Alors que les codes génétiques sont de plus en plus utilisés en médecine afin de détecter de futures maladies, un groupe de chercheurs de l’Université McGill vient de mettre au point un score génétique permettant de détecter les tendances à l’impulsivité.

« On savait déjà qu’un réseau de gènes était associé à l’impulsivité chez les animaux », explique en entrevue téléphonique Jose Maria Restrepo, doctorant au Programme intégré en neurosciences de l’Université McGill. En étudiant des souris, les chercheurs — sous la direction de Cecilia Flores, professeure titulaire au Département de psychiatrie — avaient préalablement déterminé l’importance d’un gène, le DCC. Ce dernier joue un rôle primordial dans le développement des connexions entre les neurones dopaminergiques dans le cortex préfontal et le striatum, deux zones du cerveau liées à la régulation des émotions et à la prise de décisions.

Les chercheurs ont ensuite observé l’expression de ce gène et d’autres gènes qui y étaient liés afin d’établir un score fiable. « L’approche génétique habituelle consiste à identifier la variation de quelques marqueurs génétiques potentiellement responsables du problème dans le but de trouver la signature neurobiologique de l’impulsivité (ou de toute autre caractéristique ou affection) », explique Patricia Pelufo Silveira, professeure agrégée au Département de psychiatrie et chercheuse au Centre de recherche Douglas, dans un communiqué.

« Nous avons adopté la perspective inverse, en partant d’un gène dont on savait qu’il était associé à la maturation du cerveau dans ces deux régions clés, puis en cherchant un réseau d’autres gènes qui y étaient étroitement liés », poursuit celle qui est aussi coauteure de l’article sur le sujet paru récemment dans Molecular Psychiatry.

Pour concevoir ce nouveau score d’impulsivité, l’équipe a étudié les données de trois grands échantillons d’enfants aux origines diversifiées, soit près de 6000 enfants au total. Les chercheurs peuvent maintenant déterminer que les enfants qui ont un score plus bas (ou une expression moins importante du réseau de gènes coexprimés avec DCC) sont plus susceptibles d’avoir des comportements impulsifs.

L’importance de la prévention

« L’impulsivité, ce n’est pas une maladie comme telle, mais c’est un facteur de risque », résume Jose Maria Restrepo. Les personnes impulsives prennent plus de risques, sont plus susceptibles de mourir de façon prématurée, ont plus tendance à prendre des drogues et à avoir des comportements dangereux, comme des relations sexuelles non protégées. L’impulsivité est aussi liée au développement de problèmes comme le trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H), la toxicomanie, certains troubles de la personnalité et la dépression, notamment.

« Plusieurs troubles psychiatriques d’origine développementale sont caractérisés par des déficits du contrôle cognitif, c’est-à-dire une capacité compromise de choisir volontairement une réponse orientée vers un but et adaptée au contexte », peut-on lire dans l’article scientifique des chercheurs publiés dans Molecular Psychiatry. « La capacité cognitive de contrôler et de neutraliser les comportements impulsifs s’améliore progressivement de l’enfance au début de l’âge adulte. »

Pour Jose Maria Restrepo, il est important de pouvoir prévenir ces problèmes. « On peut faire beaucoup de prévention grâce au code génétique », croit le neuroscientifique. Le nouveau score d’impulsivité permettra d’identifier les personnes à risque dès leur enfance, ce qui permettra de mieux les suivre et de prévenir l’apparition de troubles à l’adolescence. « Il y a des personnes plus impulsives, d’autres qui le sont un peu moins. C’est une caractéristique innée, affirme M. Restrepo. Mais on peut apprendre à contrôler ses impulsions et, avec un bon encadrement médical, on peut prévenir plusieurs problèmes », conclut le chercheur.

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