Plonger dans le mystère des maladies oculaires rares

Laetitia Arnaud-Sicari
Collaboration spéciale
L'équipe responsable des travaux de recherche sur les maladies oculaires rares : Michel Cayouette, Thomas Brown, Marine Lacomme, Christine Jolicoeur, Sarah Hales
Hélène Lambin L'équipe responsable des travaux de recherche sur les maladies oculaires rares : Michel Cayouette, Thomas Brown, Marine Lacomme, Christine Jolicoeur, Sarah Hales

Ce texte fait partie du cahier spécial Recherche

Il y a plus de cinq ans, des chercheurs de l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM), de l’Université de Montréal (UdeM) et de l’Hôpital de Montréal pour enfants se sont plongés dans l’abysse des maladies oculaires rares. Aujourd’hui, leur découverte concernant la mutation d’un gène ouvre un champ de possibilités pour le traitement de la rétinite pigmentaire à début précoce, qui cause la dégénérescence de la rétine et qui peut mener à la cécité.

La découverte a commencé il y a plusieurs années, par une collaboration avec un collègue de McGill, Robert K. Koenekoop, le directeur du service d’ophtalmologie pédiatrique de l’Hôpital de Montréal pour enfants. Dans sa clinique, il avait trois frères qui avaient été diagnostiqués très tôt dans l’enfance avec une perte de vision progressive », commence le Dr Michel Cayouette de l’IRCM.

Puis, cinq autres familles présentant une mutation de ce gène, le BCOR, ont été repérées dans le monde. Après l’identification de ces personnes, « on savait qu’il y avait une composante génétique à cette dégénérescence rétinienne. Il fallait maintenant identifier pourquoi cette mutation menait à la cécité. C’est comme ça que le projet a pris son envol », explique celui qui est également professeur au Département de médecine de l’UdeM.

Se heurter à l’inconnu

Tout d’abord, les scientifiques ont dû comprendre le fonctionnement du gène BCOR. « On ne savait pas ce que ce gène faisait dans la rétine. On savait seulement qu’il était impliqué dans le cancer. On l’a donc inactivé pour en voir les effets. On a vu que les photorécepteurs, qui sont des cellules, ont commencé à mal fonctionner après un certain temps, car les niveaux d’expression de ces gènes dans ces cellules étaient altérés », détaille Michel Cayouette.

Le chercheur compare le rôle que joue ce gène dans la rétine à un thermostat. « Le gène BCOR semble être un régulateur. Il va s’assurer que les niveaux d’expression des milliers de gènes dans les photorécepteurs soient au bon niveau. Lorsque le fonctionnement de BCOR est affecté, il fait défaut », estime M. Cayouette.

À long terme, ce dysfonctionnement du gène BCOR mène ainsi à une dégénérescence de la rétine. Et lorsqu’il y a un nombre important de cellules qui meurent, c’est de cette façon que la cécité apparaît.

Pour Michel Cayouette, les travaux ayant mené à cette découverte ont été une bataille de longue haleine. « C’est comme si je vous donnais un livre de 2000 pages et que je vous demandais de trouver où est l’erreur. Donc, il faut regarder toutes les pages. Nous savions qu’il y avait une erreur, mais nous ne savions pas comment elle menait à un défaut de fonctionnement », décrit-il.

Des retombées bénéfiques

 

« Souvent, dans le cas de beaucoup de maladies oculaires rares, on comprend la cause, donc la mutation, et on l’identifie. Mais, c’est très rare que l’on comprenne comment elle mène à la maladie. Dans ce cas-ci, on a compris le mécanisme », constate le chercheur.

Cette découverte ouvre ainsi la voie à plusieurs possibilités d’intervention, souligne M. Cayouette. « Nous avons tous les outils maintenant pour intervenir à chacune des étapes de la progression de la maladie », constate-t-il.

La thérapie génique, qui est comme un « ciseau moléculaire », en fait partie, puisqu’elle peut corriger les effets des mutations. D’ailleurs, au Canada, une forme de ce traitement, le Luxturna, est autorisée pour soigner un type de rétinite pigmentaire depuis 2020.

Grâce à cette découverte, les personnes touchées par cette maladie génétique peuvent enfin pousser un soupir de soulagement. « Pour certains, c’est très rassurant d’avoir un diagnostic précis pour connaître le problème qui affecte leur rétine. Et l’autre point, c’est que ça permet à ces gens-là d’avoir un dépistage génétique qui va les rendre éligibles à des essais cliniques futurs pour le développement de la thérapie génique », explique-t-il.

Une maladie variable

 

Toutefois, il reste toujours des angles morts quant à la maladie de la rétinite pigmentaire à début précoce, relève le Dr Cayouette. La mutation du gène semble notamment affliger plutôt les garçons que les filles.

« La mutation du BCOR se joue sur le chromosome X, donc ça affecte surtout les garçons puisqu’ils en ont seulement une copie. La mère a également ce type de chromosome. Si le garçon hérite celui de son père, il pourrait passer la mutation à son fils. Mais, cela dépend aussi de l’historique génétique de la mère », indique-t-il concernant cette maladie, qui est également très variable d’une personne à une autre au niveau des symptômes et de la façon qu’elle progresse.

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