Imaginer les possibles en éducation

Pascaline David
Collaboration spéciale
« Si on avait mieux imaginé certaines variables, on aurait pu éviter bien des problèmes. Ça fait des années qu’on sait que le risque sanitaire existe, mais on n’a jamais mis en place les mécanismes appropriés pour s’y préparer », croit Martin Maltais, professeur à l’UQAR.
Photo: iStock « Si on avait mieux imaginé certaines variables, on aurait pu éviter bien des problèmes. Ça fait des années qu’on sait que le risque sanitaire existe, mais on n’a jamais mis en place les mécanismes appropriés pour s’y préparer », croit Martin Maltais, professeur à l’UQAR.

Ce texte fait partie du cahier spécial Francophonie scientifique

Envisager les futurs possibles et les transformer en actions concrètes tout en tenant compte des réalités économiques, sociales et culturelles des pays. Voilà l’idée derrière la prospective, une approche multidisciplinaire discutée lors de la Semaine mondiale de la francophonie scientifique.

Selon des chercheuses et chercheurs de l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique (IWEPS), la prospective est « une démarche de recherche et d’intelligence collective qui vise à éclairer l’action présente à la lumière des futurs possibles ». Autrement dit, elle consiste à imaginer diverses représentations du futur à l’aide de scénarios, par exemple. Bien souvent, la prospective est utile pour appréhender des problèmes complexes et incertains.

« On est dans des contextes assez instables où les environnements changent rapidement, affirme Martin Maltais, professeur en financement et politiques d’éducation à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR). Cela peut avoir un impact sur nos systèmes, notamment éducatifs. » La pandémie, par exemple, a bouleversé les pratiques et le rôle des acteurs de l’éducation. En quelques mois, les outils numériques ont été pris d’assaut pour s’adapter au distanciel forcé.

« Si on avait mieux imaginé certaines variables, on aurait pu éviter bien des problèmes, poursuit Martin Maltais. Ça fait des années qu’on sait que le risque sanitaire existe, mais on n’a jamais mis en place les mécanismes appropriés pour s’y préparer. » Il est donc nécessaire de penser la suite du monde sur des cycles longs. Pour maintenir et promouvoir la littératie scientifique en langue française, par exemple, M. Maltais suggère d’améliorer l’attractivité des écoles francophones, des collèges et des universités, de produire des articles et de favoriser l’accès à des sources de connaissances en français.

Rassembler la Francophonie

 

Au Québec, cette pratique ne semble pas encore très développée, mais elle est davantage répandue outre-Atlantique. Des discussions ont justement eu lieu le 27 octobre au Caire lors de la Semaine mondiale de la francophonie scientifique et serviront de base à l’Agence universitaire de la francophonie (AUF) pour créer un observatoire de la prospective de l’Académie internationale de la francophonie scientifique.

« Faire de la prospective en éducation, c’est essayer d’anticiper les futurs possibles du secteur, en continuel changement, pour orienter des politiques publiques et privilégier un futur choisi plutôt qu’un futur subi », affirme Thierry Verdel, recteur à l’Université Senghor à Alexandrie, en Égypte. Pour M. Verdel, il s’agit d’un exercice naturel d’observation des tendances, permettant de réfléchir à la qualité de l’éducation, qu’il s’agisse des programmes ou des méthodes d’enseignement.

Il mentionne l’exemple de l’Afrique, où il est déjà question d’industrie 4.0, voire 5.0, et d’intelligence artificielle. « Les gens sont informés, souligne-t-il. La difficulté, surtout en Afrique, c’est d’avoir la possibilité de faire bouger les choses, tellement les défis du quotidien sont difficiles à relever, et les moyens des États sont faibles pour y répondre. » Une récente enquête de l’AUF démontre que le principal enjeu pour les pays les plus pauvres et « instables » est d’augmenter le taux d’accessibilité à l’éducation, en particulier aux niveaux primaire et secondaire.

Stratégie et action politique

 

Comment mettre en place une approche prospective ? D’abord, en mobilisant des champs de recherches interdisciplinaires, afin de comprendre toutes les dimensions d’une problématique. « La finalité n’est pas seulement cognitive, mais également stratégique et politique », souligne Jean-Luc Guyot, directeur scientifique de l’IWEPS, en Belgique. Un travail prospectif en éducation aboutira à des recommandations différentes, selon le pays ou la région, dit M. Guyot, et sera relatif à la vision d’un rectorat, de parents, de professeurs, de direction d’entreprise ou de ministre des Finances, par exemple.

Attention aussi à ne pas confondre prospective et prévision, des concepts différents, selon le directeur scientifique. « Il ne s’agit pas de prédire […] des quantités futures, mais d’identifier comment un système peut évoluer à l’avenir, ajoute-t-il. Non seulement sur le plan quantitatif, mais aussi qualitatif, c’est-à-dire en matière de structures, de fonctions, de ressources et de rapports avec son environnement, entre autres. » Jean-Luc Guyot suggère plusieurs pistes de réflexion pour imaginer le futur universitaire, notamment en ce qui a trait au rôle de l’enseignement, aux valeurs qu’il porte, ou encore aux évolutions technologiques.

De son côté, Martin Maltais estime que trois autres enjeux doivent être nécessairement appréhendés, soit accroître la diplomation, surveiller l’évolution de la demande et de l’offre aux niveaux scolaire et préscolaire et mieux préparer les crises sanitaires, humanitaires et surtout environnementales, déjà engagées. Dans le contexte climatique, il ne suffit plus d’informer les décideurs, mais de « trouver le chemin approprié pour qu’ils prennent les décisions nécessaires — et parfois difficiles — pour assurer la survie de l’espèce humaine ».

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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