Un nouveau réseau en intelligence artificielle

Isabelle Delorme
Collaboration spéciale
À peine 2,7 % du contenu des 10 millions de sites Web les plus visités dans le monde est en langue française.
Photo: iStock À peine 2,7 % du contenu des 10 millions de sites Web les plus visités dans le monde est en langue française.

Ce texte fait partie du cahier spécial Francophonie scientifique

L’Agence universitaire de la francophonie (AUF) a choisi le thème de l’intelligence artificielle pour le premier volet des deuxièmes Assises internationales de la francophonie scientifique, qui se sont déroulées au Caire. Cette approche, qui se voulait ouverte sur la société (et non techno-centrée), permettait aussi de matérialiser par des rencontres en personne la mise en place d’un nouveau réseau francophone consacré à l’IA : le REFIA.

« L’intelligence artificielle est aujourd’hui un outil interdisciplinaire, et même transdisciplinaire, auquel les disciplines ne peuvent pas échapper », estime Jean-François Lancelot, directeur des réseaux de l’Agence universitaire de la francophonie (AUF). Il était donc important pour cette dernière de s’intéresser au sujet et d’y faire contribuer ses établissements (enseignants et chercheurs) du Sud pour réduire la fracture numérique (et plus particulièrement celle de l’IA) avec les pays du Nord.

Un réseau structuré

 

Le Réseau francophone en intelligence artificielle (REFIA) fait désormais partie des réseaux de l’AUF. Ses membres fondateurs (notamment le président Alain Kiyindou, de l’Université Bordeaux Montaigne en France, et le vice-président Eric Armel Ndoumba, directeur du Centre africain de recherche en intelligence artificielle au Congo) ont nommé son premier bureau. Une plateforme d’adhésion sera lancée ultérieurement sur Internet.

Ce réseau regroupe des experts qui travaillent dans le domaine de l’intelligence artificielle. Ce ne sont pas forcément des spécialistes, mais des personnes qui veulent utiliser l’IA dans différentes disciplines pour apporter des innovations à leurs recherches ou les accélérer. « Intégrer ce réseau structuré permet de bénéficier de toute l’expertise réunie et d’être plus réactif et offensif en matière d’IA. Lorsqu’on a besoin d’un spécialiste ou d’utiliser un outil, on peut contacter le réseau et interagir de manière très rapide », explique Jean-François Lancelot.

Des universités stimulées

 

Magda Fusaro, rectrice de l’UQAM, participait aux Assises. Elle y a donné une conférence sur la place de l’IA dans la mission des universités en ce qui concerne la santé. « S’il y a un domaine où l’intelligence artificielle peut être source d’éléments positifs, c’est certainement celui-là », dit celle pour qui le rôle des universités est notamment d’expliquer aux citoyens à quoi elle va servir. « L’essor de l’IA s’est accéléré ces dernières années. Nous devons la mettre en perspective et aller creuser les problématiques (de coût, d’accessibilité et d’éthique, par exemple) qu’elle crée », dit-elle.

La rectrice de l’UQAM est curieuse d’observer comment l’enseignement de l’IA va évoluer à l’université. « Elle peut devenir une nouvelle discipline au fil des ans, comme la communication [qui a émergé] à partir de la Seconde Guerre mondiale. Ou peut-être qu’elle se développera en restant une application pour divers champs établis, comme les mathématiques, l’informatique, le droit ou l’anthropologie », dit-elle. Dans tous les cas, le défi des universités est de mettre en avant de nouvelles formations pour accompagner les développements. Le REFIA pourra leur apporter un appui stimulant. « Après cette première rencontre constitutive, nous verrons de quelle manière les collaborations entre chercheurs, centres et institutions se feront », ajoute la rectrice.

Améliorer la découvrabilité

 

Destiny Tchéhouali, professeur à l’UQAM et cotitulaire de la Chaire UNESCO en communication et technologies pour le développement, participait pour sa part à un atelier sur les recherches émergentes et les défis en matière de découvrabilité. « Nos travaux ont mis en avant le fait que nous avons un problème de mise en valeur du contenu francophone », explique-t-il. Dans les dernières statistiques liées à la mesure de la diversité linguistique dans l’environnement numérique sur le Web, la langue française occupe le quatrième rang. Mais à peine 2,7 % du contenu des 10 millions de sites Web les plus visités dans le monde est en langue française (7e rang).

« Nous pouvons accroître la découvrabilité des contenus francophones en agissant sur des leviers technologiques, notamment en faisant appel à l’intelligence artificielle, en particulier aux algorithmes. Ces intermédiaires invisibles jouent aujourd’hui le rôle de mise en valeur qui était joué classiquement par les disquaires ou les libraires », indique Destiny Tchéhouali, qui pointe notamment les lacunes dans la visibilité des publications et des articles de recherche francophones. Le rôle des chercheurs est de « donner des repères aux prises de décisions publiques, pour réguler efficacement ces dispositifs », souligne-t-il.

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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