Biotechnologie animale - Prudence, disent des experts américains

Washington — Un comité d'experts de l'Académie nationale des sciences américaine préconise, en l'absence d'analyses plus approfondies, la plus extrême prudence quant à l'introduction — dans la nature et dans l'alimentation — d'animaux génétiquement modifiés, selon un rapport publié hier à Washington.

«Comme c'est le cas avec toute nouvelle technologie, il est pratiquement impossible de dire qu'il n'y a pas de quoi s'inquiéter, et dans certains domaines de la biotechnologie animale, nous avons effectivement identifié des préoccupations légitimes», a déclaré John Vanderbergh, professeur de zoologie à l'université de Caroline du Nord, qui présidait ce comité.

Les 12 scientifiques insistent particulièrement sur le risque que l'on fait courir à l'environnement d'introduire par mégarde des animaux transgéniques dans la nature.

Selon eux, il n'est pas à exclure que ces animaux transgéniques — des saumons à croissance accélérée par exemple — se reproduisent abondamment et, soit disséminent à grande échelle des gènes conçus en laboratoire par ingénierie génétique, soit en viennent à évincer des populations sauvages, victimes de leur concurrence pour la nourriture et la reproduction. Les animaux transgéniques sont créés en «activant» ou «désactivant» un ou plusieurs gènes appartenant à une espèce différente, ce qui permet d'influer sur différents facteurs: rythme de croissance, couleur et taille notamment.

position, comme une viande moins grasse et plus riche en protéines, des oeufs sans cholestérol, du lait contenant des médicaments, etc.

Les experts attirent donc aussi l'attention sur les risques pour l'homme, avec l'introduction dans notre alimentation de ces animaux modifiés génétiquement, en raison des risques non connus, notamment de possibles réactions allergéniques causées par les protéines produites par les gènes insérés.

Quant aux animaux clonés ou leurs produits dérivés (lait de vache, par exemple), bien que rien n'indique pour le moment que leur consommation soit dangereuse pour la santé, les experts insistent sur la nécessité d'être extrêmement prudents en l'absence d'études sur leur toxicité.

«Il n'y a actuellement aucune donnée indiquant si les anormalités et les modèles d'activation des gènes persistent chez le clone adulte et s'ils sont associés à des risques pour la sûreté alimentaire», a souligné le Pr Coffin.

Les experts expriment également leur inquiétude par rapport à la technique de xénotransplantation, c'est-à-dire la greffe chez l'homme de tissus ou d'organes animaux, en raison de ses «risques inhérents, et en particulier de la possibilité de nouvelles maladies infectieuses».

Bien que le comité d'experts n'était pas appelé à faire des recommandations pratiques, il suggère néanmoins que «le cadre réglementaire actuel ne semble pas adéquat, car il semble que les responsabilités des agences fédérales en matière de réglementation de la biotechnologie animale ne soient pas clairement établies à beaucoup d'égards».

Intitulé Biotechnologie animale: identifier des préoccupations scientifiques, ce rapport rédigé par des scientifiques du Conseil national de recherche (NRC) a été commandé par l'Administration de contrôle des aliments et des produits pharmaceutiques (FDA), qui prépare une nouvelle réglementation sur la sûreté sanitaire de produits de biotechnologie animale.