Sommes-nous programmés pour vivre longtemps?

«En général, les femelles vivent plus longtemps que les mâles, [c’est ce que nous avons observé chez les souris], tout comme chez les humains », explique Maroun Bou Sleiman, premier auteur de l’article, paru dans «Science», qui relate les résultats de l’étude.
Photo: Getty Images «En général, les femelles vivent plus longtemps que les mâles, [c’est ce que nous avons observé chez les souris], tout comme chez les humains », explique Maroun Bou Sleiman, premier auteur de l’article, paru dans «Science», qui relate les résultats de l’étude.

À la recherche des gènes déterminant notre espérance de vie, une équipe de scientifiques a mis en évidence chez des souris plusieurs sites particuliers du génome qui sont associés à la longévité. Parmi ceux-ci, des régions génétiques agissant sur le poids corporel et la croissance au début de la vie sont apparues étroitement liées à la longévité, et ce, non seulement chez les souris, mais également chez les humains.

Pour mener leur recherche, les scientifiques de l’École polytechnique de Lausanne disposaient de la séquence d’ADN de 3276 souris génétiquement hérétogènes provenant de trois centres de recherche états-uniens, ainsi que de données sur l’âge à leur décès, leur poids à différents moments de leur vie et la taille de la portée dont elles étaient issues.

Les régions génomiques (appelées locus) qu’ils ont identifiées comme étant vraisemblablement liées à la longévité n’étaient pas les mêmes chez les femelles que chez les mâles, un seul locus étant partagé par les deux sexes. « Cela n’est pas surprenant, car les mâles et les femelles ont des histoires de vie différentes. En général, les femelles vivent plus longtemps que les mâles, [c’est ce que nous avons observé chez les souris], tout comme chez les humains », fait remarquer Maroun Bou Sleiman, premier auteur de l’article, paru dans Science, qui relate les résultats de cette étude.

« Cela n’exclut pas la possibilité que des processus semblables pourraient contribuer à la régulation du vieillissement et de la longévité dans les deux sexes », avancent les chercheurs dans leur article.

Il est également apparu que certains locus n’affectaient l’espérance de vie qu’à partir d’un certain âge.

Les chercheurs ont ensuite essayé de trouver dans ces locus — qui peuvent renfermer de 50 à 100 gènes —, quels gènes jouaient vraisemblablement un rôle dans la longévité des souris. Pour confirmer l’implication de ces gènes dans la longévité, ils ont ensuite montré que le blocage de ces gènes chez le ver Caenorhabditis elegans diminuait l’espérance de vie de ces animaux modèles, qui sont utilisés depuis longtemps dans les études sur la longévité. « On sait que la fonction des gènes qui sont très importants est généralement conservée au cours de l’évolution », souligne M. Bou Sleiman pour expliquer le recours à ces animaux.

« Les résultats de notre étude ne nous permettent pas d’attribuer des rôles causaux aux gènes que nous avons mis au jour. Ils fournissent toutefois des gènes candidats, des hypothèses pour des études plus approfondies », a tenu à préciser M. Bou Sleiman.

Les chercheurs ont remarqué que certains locus associés à la longévité se superposaient à des locus reconnus pour intervenir dans le poids corporel ou la croissance, et ce, particulièrement chez les mâles, ce qui indique l’importance de ces deux derniers facteurs déterminés en partie par la génétique dans la longévité. Les chercheurs ont à cet égard observé une relation inverse entre le poids corporel tôt dans la vie des souris et leur longévité et cette relation était plus prononcée chez les mâles.

Ils ont notamment constaté que les souris qui étaient nées au sein d’une portée nombreuse — et qui avaient donc eu un accès plus restreint aux éléments nutritifs au début de leur vie — avaient, à six mois, un poids inférieur à celui des animaux issus d’une petite portée. Mais leur petit poids faisait en sorte qu’elles vivaient plus longtemps que les souris qui avaient grossi plus rapidement et avaient atteint un poids plus important.

Les auteurs de l’étude ont ensuite retrouvé ces mêmes liens entre le poids avant la puberté et la longévité dans de grandes bases de données humaines. « Le vieillissement, la croissance et le développement sont interconnectés. Plus on a une croissance rapide et importante, moins, en général, on aura une grande longévité. On l’a montré chez l’humain, ainsi que chez les différents organismes modèles, tels que le ver et la drosophile. Le message est donc que, si on veut intervenir sur la longévité, on ne peut pas ignorer l’histoire de l’organisme dès son début et le fait qu’il y a des facteurs génétiques et non génétiques qui entrent en jeu », souligne M. Bou Sleiman.

Cette observation que le poids au début de la vie a un lien avec la longévité ne surprend pas du tout la pédiatre et lipidologue Julie St-Pierre. « Cette nouvelle étude est la continuité de ce que nous savions déjà, soit que les enfants qui naissent avec un plus grand poids que la moyenne et qui ont une croissance pondérale plus grande que celle de la taille durant l’enfance sont davantage à risque de maladies cardiométaboliques à l’âge adulte. L’étude de Science montre maintenant le corollaire, que cela nuit aussi à la longévité », dit-elle.

Le vieillissement, la croissance et le développement sont interconnectés. Plus on a une croissance rapide et importante, moins, en général, on aura une grande longévité. On l’a montré chez l’humain, ainsi que chez les différents organismes modèles, tels que le ver et la drosophile. Le message est donc que, si on veut intervenir sur la longévité, on ne peut pas ignorer l’histoire de l’organisme dès son début et le fait qu’il y a des facteurs génétiques et non génétiques qui entrent en jeu.

 

Si un enfant naît avec une certaine prédisposition génétique pour l’embonpoint ou l’obésité, il est toutefois possible de contrecarrer l’effet de la génétique en intervenant sur le choix des aliments, ainsi que sur le temps passé devant les écrans et celui consacré à l’activité physique, souligne la spécialiste, qui est professeure à l’Université McGill.

« On n’impose jamais de diète à un enfant, car limiter les calories alors que le cerveau et les os sont en croissance serait catastrophique », souligne-t-elle.

On recommande plutôt « une diversification précoce » de l’alimentation, en introduisant notamment les solides un peu plus tôt. « Cette diversification contribue à prévenir les allergies alimentaires, mais aussi à développer un meilleur microbiote, qui protégera le bébé contre l’obésité », souligne-t-elle.

Jusqu’à six mois, l’allaitement maternel est l’aliment par excellence, d’autant plus qu’il favorise le développement d’un meilleur microbiote. Mais après les tétées, on va introduire des fruits, des légumes, des grains entiers, de bonnes protéines végétales et animales, pour qu’à six mois, on arrive à une alimentation qui ressemble à celle des adultes, conseille la Dre St-Pierre.

On remplace les purées lisses par celles qui contiennent des fibres entières. Et on ne coupe surtout pas les produits laitiers. « Il y a eu une mode de couper les produits laitiers chez les bébés et de se tourner vers le végétalisme. Cela n’est absolument pas recommandé parce que les produits laitiers favorisent le développement d’un meilleur microbiote. On recommande les produits laitiers, comme le kéfir, des yaourts nature et des fromages », dit la pédiatre.

On déconseille les produits allégés, sauf pour les personnes atteintes d’hypercholestérolémie familiale, et les jus de fruits, et ce, même s’ils sont constitués à 100 % de fruits et exempts de sucre ajouté. En fait, on bannit tous les sucres libres pour les enfants de moins de deux ans et on en limite l’apport à 5 % de la consommation totale de calories dans une journée pour les enfants de deux à huit ans, poursuit-elle.

Par sucres libres, on entend non seulement le sucre qu’on pourrait ajouter dans un yogourt, mais également les fruits transformés, comme les compotes trop lisses et les jus de fruits.

Par contre, on recommande la consommation de 7 à 10 portions de fruits et de légumes par jour.

Bien que près de 80 % du problème de l’obésité soit d’origine alimentaire, l’activité physique, le temps passé devant les écrans et la qualité du sommeil jouent également un rôle très important. « L’apparition de chaises pour bébés conçues pour tenir une tablette est une folie. On ne sort pas les bébés assez vite de la poussette. On ne leur fait pas faire assez d’exercices sur le ventre quand ils sont réveillés », déplore la Dre St-Pierre.

Cette dernière mentionne que, parmi les centaines de familles de toutes origines qui ont adopté cette approche alimentaire, 94 % ont réussi à déjouer la génétique de leur enfant et ainsi à protéger sa santé cardiométabolique, voire à lui assurer une plus grande longévité.

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