La médecine ouvre les prix Nobel d’un lourd millésime 2022

Des médailles de prix Nobel sont exposées.
Jonathan Nackstrand Agence France-Presse Des médailles de prix Nobel sont exposées.

Traitements du cancer du sein ? Vaccins à ARN messager ? Progrès en détection de maladies ? Le prix Nobel de Médecine ouvre lundi la saison des célèbres récompenses philanthropiques, sous la chape sombre d’une guerre en cours en Europe.

Nés dans l’optimisme de la Belle Époque il y a plus de 120 ans, les Nobel se retrouvent à nouveau confrontés au télescopage entre la célébration de « bienfaiteurs de l’humanité » et une année particulièrement lourde en tragédies.

La récompense pour la médecine ou physiologie est annoncée vers 11 h 30 à Stockholm, 5 h 30 heure de Montréal. Suivront la physique mardi, la chimie mercredi, puis les deux prix les plus attendus : la littérature jeudi et la paix vendredi, seul prix annoncé à Oslo.

Le prix d’économie, de création plus récente, fermera le millésime 2022 lundi prochain.

Pour la médecine, le nom d’une femme revient régulièrement cette année chez les experts en prédictions : celui de la généticienne américaine Mary-Claire King.

Elle est la découvreuse en 1990 d’un gène responsable du cancer du sein, la tumeur maligne la plus fréquente chez les femmes.

À 76 ans, elle pourrait être sacrée avec d’autres pionniers d’un anticorps thérapeutique contre le cancer mammaire, son compatriote Dennis Slamon et l’Allemand Axel Ullrich, à l’origine du traitement trastuzumab.

Si le jury Nobel rompt avec sa tendance prudente à sacrer des découvertes anciennes, une autre femme a toutes ses chances pour son rôle contre la pandémie de Covid-19.

Domination masculine

 

Déjà auréolée depuis deux ans d’à peu près toutes les autres grandes récompenses médicales, l’Américano-Hongroise Katalin Kariko, longtemps une chercheuse marginalisée, obtiendrait le Graal pour son rôle de pionnière dans les vaccins à ARN messager.

« Il y a non seulement le bénéfice direct que cela nous a apporté face à la pandémie, mais c’est aussi la première d’une série d’applications très prometteuses de cette technologie », souligne Ulrika Björksten, chef du service scientifique à la radio publique suédoise.

En cas de prix pour les vaccins, elle pourrait être sacrée avec son acolyte américain Drew Weissman et le Canadien Pieter Cullis.

 

L’an dernier, le prix était allé à deux Américains, David Julius et Ardem Patapoutian, pour leurs découvertes sur le fonctionnement du toucher.

Un prix lié à la physiologie qui laisse supposer un prix plus médical cette année, selon David Pendlebury. Ce responsable de l’organisation Clarivate tient une liste très suivie de plusieurs dizaines de nobélisables pour les prix scientifiques.

Lui met une pièce sur Mme King et M. Slamon cette année, mais cite aussi le Hongkongais Yuk Ming Dennis Lo.

Ce pionnier a mis au point un diagnostic prénatal non invasif, permettant de limiter le recours à l’amniosynthèse plus lourde.

Avec cette technique a ensuite émergé une série de biopsies dites « liquides ». « Avec une simple prise de sang ou de plasma sanguin on peut détecter toutes sortes de possibles problèmes ou maladie », souligne M. Pendleblury.

Des chercheurs américains ou basés aux États-Unis, de sexe masculin, dominent encore largement les Nobel scientifiques ces dernières décennies, malgré les efforts des jurys pour sacrer davantage de femmes.

 

Le millésime 2021 des Nobel n’avait pas dérogé à la règle, avec 12 lauréats et une seule lauréate. Tous les prix scientifiques étaient allés à des hommes.

Anti-Poutine ?

Pour la littérature jeudi, des critiques interrogés par l’AFP penchent pour un nom plus connu, après deux lauréats sortis de l’ombre, la poétesse américaine Louise Glück en 2020 et le romancier britannique d’origine tanzanienne Abdulrazak Gurnah l’an dernier.

L’Américaine Joyce Carol Oates, les Françaises Annie Ernaux ou Maryse Condé, la Russe Ludmila Oulitskaïa ou la Canadienne Margaret Atwood soigneraient les efforts de parité du jury ces dernières années.

Sur les sites de paris, le Français Michel Houellebecq est pour l’heure le favori. Il y devance Salman Rushdie, victime d’une tentative de meurtre en août.

Mais c’est le prix de la paix qui devrait à nouveau avoir le plus de retentissement cette année.

Après avoir déjà co-sacré le journaliste russe Dmitri Mouratov — avec sa consoeur philippine Maria Ressa — le comité norvégien attribuera-t-il un prix anti-Poutine après l’invasion de l’Ukraine ?

Jamais depuis la Seconde Guerre mondiale, un conflit interétatique ne s’était déroulé aussi près d’Oslo.

La Cour pénale internationale, chargée d’enquêter sur des crimes de guerre en Ukraine, ainsi que la Cour internationale de justice, également basée aux Pays-Bas, sont évoquées. Tout comme l’opposant russe emprisonné Alexeï Navalny ou l’opposante biélorusse Svetlana Tikhanovskaïa.

En cas de prix centré sur le climat et l’environnement, des experts citent la militante suédoise Greta Thunberg, peut-être conjointement avec le naturaliste britannique David Attenborough ou d’autres militants comme la Soudanaise Nisreen Elsaim et le Ghanéen Chibeze Ezekiel.

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