La NASA en mission pour faire dévier un astéroïde

L’engin spatial, lancé en novembre 2021, s’écrasera à plus de six kilomètres par seconde, soit plus de 20 000 km/h, contre un petit astéroïde, à des millions de kilomètres de la Terre.
Photo: Steve Gribben/Johns Hopkins APL/NASA via Associated Press L’engin spatial, lancé en novembre 2021, s’écrasera à plus de six kilomètres par seconde, soit plus de 20 000 km/h, contre un petit astéroïde, à des millions de kilomètres de la Terre.

Foncer dans un astéroïde pour le faire dévier de sa trajectoire ? C’est ce que tentera d’accomplir lundi le vaisseau DART de la NASA. Et c’est une Québécoise, Julie Bellerose, qui sera aux commandes.

Si tout se déroule comme prévu, à 19h14, l’engin spatial, lancé en novembre 2021, s’écrasera à plus de six kilomètres par seconde, soit plus de 20 000 km/h, contre un petit astéroïde, à des millions de kilomètres de la Terre.
 

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L’Objet céleste visé ne présente aucune menace pour la Terre. « La mission DART, c’est beaucoup plus une précaution, une expérience », qui permettra de détourner des astéroïdes qui se dirigent vers la Terre, avance Julie Bellerose, originaire de Sainte-Julie, sur la Rive-Sud dans la région de Montréal.

La Québécoise travaille depuis 2013 pour le Jet Propulsion Laboratory, un groupe de la NASA qui répertorie notamment les astéroïdes. « En ce moment, la probabilité qu’un astéroïde nous frappe est très faible, explique-t-elle en entrevue au Devoir. Pour les 100 prochaines années, même 150 ans, ça serait vraiment improbable qu’il y ait un tel danger. »

Improbable, mais pas impossible, car il y a encore « des astéroïdes ou des comètes qu’on ne connaît pas », nuance-t-elle.
 

En 2013, un astéroïde « s’était détruit en passant dans notre atmosphère ». Le rare événement avait secoué l’oblast de Tcheliabinsk, en Russie. « Des vitres avaient explosé, il y avait des coupures d’électricité, mais c’était quand même un astéroïde relativement petit », se souvient la diplômée de McGill en génie mécanique.

Avec ses 160 mètres de diamètre, l’astéroïde visé par la NASA, nommé Dimorphos, a un diamètre presque dix fois plus grand que celui qui avait frôlé l’oblast russe.

Dimorphos est un astéroïde binaire, c’est-à-dire qu’il tourne en orbite autour d’un plus gros astéroïde, qu’on appelle Didymos. « C’est comme un système Terre-Lune en très, très petit », ce qui permet d’observer plus facilement les résultats de l’expérience avec des télescopes terrestres.

En temps normal, Dimorphos met environ 12 heures à faire le tour de Didymos. Si la mission est un succès, l’orbite devrait « changer d’à peu près dix minutes », indique Mme Bellerose.

Une première tentative

 

Au gouvernail, Julie Bellerose a bon espoir que cette première tentative de la NASA en la matière sera un succès, même si l’incertitude demeure toujours pour ce type de mission.

Dimanche après-midi, le satellite était à environ « un million de kilomètres de l’astéroïde », a-t-elle estimé, quelques heures avant de réaliser une dernière « petite manoeuvre de correction pour augmenter nos chances que tout aille bien. »

L’autopilote prendra la relève quatre heures avant l’impact, parce que l’équipe, qui manoeuvre depuis la côte est des États-Unis, n’aura plus « le temps de recevoir les images sur Terre et d’envoyer les commandes au satellite », explique Mme Bellerose.

Le télescope James Webb, ainsi qu’un petit satellite italien déployé il y a deux semaines, devraient prendre des photos de la scène. Mais il ne sera pas possible de confirmer le succès de la mission avant la mi-octobre, puisqu’il faudra prendre le temps d’analyser et d’observer ces modifications de trajectoire.

« Cela fait une dizaine d’années que différentes nations veulent faire un test comme ça dans l’espace », explique Julie Bellerose en soulignant l’« effort international » qui a été déployé pour mener à bien la mission.

Si DART est un succès, les Européens planifient envoyer en 2024 un autre engin spatial qui se placera en orbite autour de Didymos, pour observer les conséquences à long terme de la mission. En cas d’échec, DART pourra recommencer l’expérience dans deux ans.

avec Jean-Louis Bordeleau

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