Pédaler pour récolter des grains de pollen

Jean-François Venne
Collaboration spéciale
Au Québec, la prévalence de la rhinite allergique est passée de 6 % en 1987 à 9,4 % en 1998, puis à 16,8 % en 2008, selon l’Institut national de santé publique du Québec.
Photo: iStock Au Québec, la prévalence de la rhinite allergique est passée de 6 % en 1987 à 9,4 % en 1998, puis à 16,8 % en 2008, selon l’Institut national de santé publique du Québec.

Ce texte fait partie du cahier spécial Recherche

Une équipe de chercheurs de l’Université du Québec à Montréal a récemment testé un appareil qui permet de récolter une grande quantité de grains de pollen en peu de temps, en utilisant le bon vieux vélo. Grâce à lui, elle a pu calculer la concentration de pollen que les cyclistes inspirent sur deux artères très fréquentées.

L'expérience a été réalisée par l’étudiant au baccalauréat en biologie Gabriel Davidson-Roy et la candidate au doctorat Sarah Tardif, sous la supervision du professeur de biologie Alain Paquette. Ce dernier observe de près les émissions de pollen de la forêt urbaine de Montréal et ses impacts sur la santé humaine. Quant à Sarah Tardif, son projet de doctorat vise à représenter avec précision la variabilité des concentrations de chaque espèce de pollen sur l’île de Montréal.

Ces chercheurs ont récemment installé 24 capteurs à différents endroits de l’île de Montréal. D’avril à octobre, certains des grains de pollen qui voyagent dans l’air viennent s’y déposer. Pendant trois ans, les chercheurs analyseront les données fournies par ces stations et les ajusteront afin de créer un réseau permanent et fiable.

« Actuellement, Montréal ne compte que sur un seul capteur de pollen, situé à LaSalle, note Sarah Tardif. Nous souhaitons pouvoir émettre des prédictions locales beaucoup plus précises et savoir, par exemple, quelles quantités et quelles variétés de pollen sont présentes dans un arrondissement ou aux abords d’un parc, puis faire des liens avec la santé humaine et les allergies. »

Un capteur mobile

 

Ces dispositifs statiques mettent toutefois beaucoup de temps à accumuler une quantité suffisante de grains de pollen. « L’un des objectifs de notre expérience était de tester un capteur portatif susceptible d’accélérer le processus », précise Gabriel Davidson-Roy.

Connu sous le nom très imagé de « Pollen Sniffer », cet appareil cylindrique créé par des chercheurs néerlandais mesure 6 cm de diamètre et 15 cm de longueur. Il comprend un petit moteur qui fait fonctionner un « aspirateur d’air ambiant ». Les grains de pollen — d’une taille moyenne de 20 à 120 microns — qui entrent dans l’appareil collent à une lamelle enduite de Vaseline.

Les deux chercheurs ont attaché un de ces dispositifs au guidon de leur vélo, avant de démarrer. Ils avaient choisi les trajets et le moment de l’expérience avec soins. L’un d’eux pédalerait le long d’une partie de la rue Saint-Denis, assez dégarnie de végétaux, alors que l’autre s’élancerait le bord du canal de Lachine, une voie beaucoup plus verte.

Les deux collègues avaient opté pour le 30 juin pour réaliser leur test. « Les arbres émettent leur pollen surtout au printemps, alors que les graminées et les plantes herbacées produisent le leur plutôt à l’été, explique Gabriel Davidson-Roy. Nous avons donc misé sur un moment à cheval entre ces deux périodes. »

Une bonne récolte

 

Le 30 juin dernier, donc, les deux chercheurs s’installent sur leur point de départ respectif. Ils amorcent leur balade au même moment et pédalent pendant exactement 10 minutes, à une vitesse d’environ 18 km/h. Ils retournent ensuite examiner leur récolte de grains de pollen.

Ils constatent rapidement que l’appareil a très bien joué son rôle. La récolte de pollen a été excellente. On a surtout retrouvé de fortes quantités de pollen de tilleuls, de pinacées et de graminées. « Le dispositif mobile montre une capacité d’échantillonnage plus grande et plus efficace que les capteurs statiques, se réjouit Sarah Tardif. Ce résultat très positif nous encourage à réutiliser ces capteurs mobiles l’année prochaine sur un plus grand nombre d’artères. »

Le test a également permis de constater que les cyclistes qui empruntent la voie du canal de Lachine inhalent beaucoup plus de pollen que ceux qui roulent le long de la rue Saint-Denis. Rien d’étonnant à cela, puisqu’il s’agit d’une piste beaucoup plus végétalisée. Cependant, l’ampleur de la différence surprend. « Les cyclistes du canal de Lachine aspirent en moyenne neuf grains de pollen par minute, contre trois pour ceux qui utilisent la rue Saint-Denis, relate Gabriel Davidson-Roy. C’est sûr que pour quelqu’un qui souffre d’allergies saisonnières, l’idéal consisterait à éviter les endroits comme le canal de Lachine. »

Au Québec, la prévalence de la rhinite allergique est passée de 6 % en 1987 à 9,4 % en 1998, puis à 16,8 % en 2008, selon l’Institut national de santé publique du Québec. Les changements climatiques tendent à empirer le problème. En effet, ils provoqueraient l’allongement de la période de croissance des plantes allergènes, l’augmentation de leur production de pollen et une hausse de l’allergénicité du pollen.

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