Débuts prometteurs pour un premier réseau quantique à Sherbrooke

La technologie quantique est si puissante qu’elle promet un potentiel de transformation gigantesque.
Photo: Seth Wenig Archives Associated Press La technologie quantique est si puissante qu’elle promet un potentiel de transformation gigantesque.

Ce texte est tiré du Courrier de l’économie du 11 juillet 2022. Pour vous abonner, cliquez ici.

Un premier réseau quantique voit le jour à Sherbrooke. Mais qu’est-ce qu’un réseau quantique ? C’est un réseau informatique — de fibre optique, pour être exact — sur lequel se déplacent des données de la même façon que sur un réseau normal (ou que sur Internet). À la différence près qu’au lieu d’y échanger des bits d’information, on y échange des « qubits » d’information.

Des quoi ? Les qubits sont les blocs de base de l’informatique quantique. Le bit, on le sait, n’a que deux états : soit il vaut zéro, soit il vaut un. Un empilement de bits permet de créer des fonctions plus évoluées, qui finissent par prendre la forme des logiciels et des applications qu’on utilise tous les jours sur nos postes de travail et nos téléphones intelligents.

Les qubits sont une superposition de bits qui peuvent adopter en même temps l’une ou l’autre des deux valeurs d’un bit. Cette particularité permet de surmultiplier la puissance de calcul d’un ordinateur. Par exemple, l’ordinateur quantique développé par les chercheurs de Google est à l’heure actuelle 158 millions de fois plus rapide pour résoudre certaines équations mathématiques que ne l’est le supercalculateur « traditionnel » le plus puissant.

Un réseau quantique est un peu l’équivalent pour les réseaux numériques d’un ordinateur quantique pour l’informatique moderne. La promesse est de pouvoir échanger des qubits d’un processeur quantique à un autre. Tout cela, à terme, ira évidemment extrêmement rapidement.

Du quantique « ouvert »

On n’y est pas encore. Et c’est l’intérêt de créer un réseau quantique « ouvert » comme celui mis en place à Sherbrooke et supervisé par l’organisme québécois Numana, en partenariat avec Bell. Un réseau ouvert signifie que les entreprises privées, allant des jeunes pousses déjà présentes dans la grappe quantique qui orbite autour de l’Université de Sherbrooke aux plus grandes sociétés de télécommunications, pourront se brancher au réseau pour tester leurs propres applications ou leur propre matériel quantique.

Le potentiel est grand : cela va de la formation « des systèmes d’intelligence artificielle — pour les assistants numériques qui aident les médecins à diagnostiquer les maladies et à suggérer la thérapie la plus prometteuse », par exemple — à l’optimisation en temps réel « des trajets de toutes les voitures dans une ville simultanément pour éviter les embouteillages et réduire les émissions », note Numana.

Il existe pour le moment dans le monde très peu de ces réseaux. Mais si on les connectait tous ensemble, on obtiendrait un Internet quantique qui aiderait à faire décoller le domaine. Numana estime la valeur du secteur à 340 millions de dollars américains à l’heure actuelle ; elle pourrait passer à trois milliards à la fin de la décennie.

Le Canada, qui a toujours été parmi les leaders de la recherche universitaire en science quantique, a besoin de projets pilotes comme celui-là pour espérer garder sa position de tête. La Chine, l’Allemagne et les États-Unis investissent massivement dans ces technologies. D’autant que leur potentiel est gigantesque, tant en cybersécurité qu’en simple informatique.

Numana devrait d’ailleurs annoncer plus tard cet automne la création d’un autre réseau quantique, à Montréal celui-là, en collaboration avec Telus. Un troisième réseau devrait voir le jour à Québec avec un troisième partenaire.

Bref, à suivre.

Ce texte est tiré du Courrier de l’économie du 11 juillet 2022.

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