Internet - Le tsunami provoque la création de nombreux blogues

Geoffrey Huntley est un jeune Australien au début de la vingtaine qui, immédiatement après le tsunami meurtrier du 26 décembre en Asie, a créé un blogue pour recueillir les vidéos et les photos sur la tragédie.

En quatre jours à peine la semaine dernière, il avait reçu près de 700 000 visiteurs uniques sur son site, waveofdestruction.com, pour environ trois millions de pages lues.

Hier, on pouvait compter plus de 40 vidéos amateurs sur son site. Le chiffre change constamment. Des citoyens ordinaires lui envoient des dizaines et des dizaines de photos des ravages causés par le tsunami, et il arrive que le jeune homme retire dans la journée certaines photos ou certains vidéos, après que des internautes aient contesté la véracité des images. C'est, littéralement, de l'information en temps réel, copie de travail et produit final en même temps.

Son site Internet est fort populaire mais il est loin d'être le seul, alors que le tremblement de terre qui a causé le tsunami meurtrier a provoqué un développement exponentiel des blogues de simples citoyens sur Internet.

Symbole de cette prise en charge de la tragédie par le citoyen ordinaire, la page couverture du numéro actuellement en kiosque du Paris-Match, une photo de la vague meurtrière en train de s'abattre sur l'île de Ko Phi Phi, en Thaïlande, a été prise par un touriste sur un bateau de plongée (la photo a ensuite été récupérée par l'agence de presse Sipa). Et plusieurs photos de ce numéro sont des photos prises par des amateurs.

Nouveau phénomène

Les premières photos de la tragédie et de ses ravages, et les rares vidéos de l'arrivée de la vague meurtrière, sont le lot d'amateurs éparpillés un peu partout au long des côtes et des îles des différents pays touchés, dont bon nombre de touristes possédant des caméras numériques et des téléphones pouvant prendre des photos, ce qui est en soi un nouveau phénomène. Ce sont ces milliers de citoyens ordinaires qui ont ensuite alimenté non seulement les agences de presse, mais également les blogues sur Internet.

Dans son édition d'hier, le quotidien Internet Asia Times, publié à Hong Kong et à Bangkok, parle même d'un nouveau phénomène, celui du «tribal news network», en évoquant ce réseau de blogueurs d'une ampleur exceptionnelle, alors que partout en Asie des blogueurs recueillent des témoignages, des anecdotes, des photos, mettent en relation des gens qui se cherchent, critiquent la lenteur des secours, distribuent des messages de sympathie, appuient le travail des organisations sur le terrain qui tentent de venir en aide aux sinistrés, et ainsi de suite.

Asia Times recense des dizaines de blogues en Thaïlande, en Inde, en Malaisie, et ajoute qu'un nombre de plus en plus élevé de grands médias traditionnels (dont la BBC) n'hésitent plus à présenter sur leur site Internet des témoignages et des photos de blogueurs.

Effets imprévus

Dans son édition de lundi, le Wall Street Journal évoquait un effet imprévu de cette explosion de blogues: les responsables des sites, souvent des individus seuls, sont débordés par la demande et les serveurs qui les hébergent n'ont plus assez de bande passante pour soutenir une telle fréquentation!

Au-delà de la tragédie humaine qui se joue sur le terrain, les événements des derniers jours transformeront-ils le rapport des citoyens aux médias traditionnels? En tout cas, dans les bilans de fin d'année, et ce, avant le tsunami, l'émergence des blogues était déjà signalée comme un des phénomènes de l'année 2004 dans le monde des médias.

Pourtant, une enquête de l'organisme indépendant Pew Internet & American Life Project diffusée à la fin de décembre traçait un portrait contrasté du phénomène des blogues. Leur nombre ainsi que leur fréquentation sont en grande progression, leur impact sur l'information traditionnelle commence à se faire sentir mais, en même temps, une majorité d'Américains ne savent toujours pas ce que l'expression blogue veut dire, et la fréquentation des blogues demeure marginale par rapport aux autres activités habituelles sur Internet, c'est-à-dire le courrier électronique et la navigation sur les sites de divertissement et d'information générale.
 
1 commentaire
  • Jean Martin Legault - Inscrit 7 janvier 2005 09 h 28

    Le bon URL

    "En quatre jours à peine la semaine dernière, il avait reçu près de 700 000 visiteurs uniques sur son site,
    waveofdestruction.com,
    pour environ trois millions de pages lues."

    Le URL correct est waveofdestruction.org.

    Merci quand même pour la référence.

    Jean Martin Legault