Les multiples bienfaits de la méditation sur notre cerveau

Dans son laboratoire de recherche du CHU de Liège, en Belgique, le Dr Laureys a utilisé différentes techniques d’imagerie cérébrale pour étudier le cerveau du célèbre moine bouddhiste Matthieu Ricard.
Photo: CHU de Liège Dans son laboratoire de recherche du CHU de Liège, en Belgique, le Dr Laureys a utilisé différentes techniques d’imagerie cérébrale pour étudier le cerveau du célèbre moine bouddhiste Matthieu Ricard.

Le neurologue belge Steven Laureys, qui est reconnu mondialement pour ses études sur l’état de conscience des patients comateux, considérait au départ la méditation avec scepticisme, y voyant d’abord un « phénomène de mode ». Mais lorsqu’un événement a bouleversé sa vie, c’est le yoga et la découverte de la méditation qui l’ont aidé. Son esprit de scientifique l’a alors incité à explorer les effets de la médiation sur le cerveau, et ce qu’il a découvert l’a convaincu des bienfaits de cette gymnastique mentale. Cela l’a même conduit à la prescrire à ses patients souffrant notamment de douleurs, d’anxiété, de dépression, voire d’insomnies en complément aux traitements classiques.

Dans son laboratoire de recherche du CHU de Liège, en Belgique, le Dr Laureys a utilisé différentes techniques d’imagerie cérébrale pour étudier le cerveau du célèbre moine bouddhiste Matthieu Ricard. Son équipe a constaté que la structure et le fonctionnement du cerveau de cet expert de la méditation se distinguaient clairement de ceux d’autres personnes qui sont âgées, comme lui, de plus de 70 ans, mais qui ne méditent pas. En plus de publier plusieurs articles scientifiques relatant ses découvertes, le Dr Laureys a écrit La méditation, c’est bon pour le cerveau, un livre publié chez Odile Jacob, dans lequel il vulgarise tout ce que l’on a appris sur les effets de la méditation sur le cerveau et la santé.

Plus précisément, les chercheurs de Liège ont observé, à l’aide de l’imagerie par résonance magnétique (IRM), un épaississement de la matière grise de son cerveau dans des régions cérébrales orchestrant le contrôle de l’attention (cortex cingulaire antérieur), la perception et la régulation des signaux et stimuli internes venant de notre propre corps, dont la douleur (cortex insulaire), la mémoire (hippocampe), le contrôle émotionnel (l’amygdale) et la prise de décisions (cortex préfrontal).

« La volumétrie de la matière grise [qui se compose des cellules nerveuses ou neurones] de Matthieu Ricard nous est apparue semblable à celle de personnes de 10 à 15 ans plus jeunes que lui », fait remarquer le Dr Laureys, tout en rappelant que notre matière grise diminue à mesure que nous vieillissons. « La méditation ne nous immunise pas contre la démence, elle ne va pas nous guérir de cette maladie, mais on voit qu’elle a un impact visible sur le cerveau. C’est pourquoi, dans le cadre d’études multicentriques européennes, on propose aux personnes qui sont à risque de développer des maladies neurodégénératives, comme l’alzheimer, un programme de huit semaines de méditation de pleine conscience dénommé “Réduction du stress basé sur la pleine conscience” (Mindfulness-Based Stress Reduction, MBSR) », dit-il.

Développement de réseaux neuronaux

À l’aide de l’IRM de diffusion qui permet de mesurer la matière blanche (qui se compose principalement d’axones, ces fils qui relient les neurones entre eux) du cerveau, l’équipe du Dr Laureys a également noté chez Matthieu Ricard et d’autres experts en méditation une densification du corps calleux, ce pont qui relie les deux hémisphères du cerveau. « Un corps calleux plus dense veut dire qu’il y a plus de connexions interhémisphériques. Or un cerveau mieux connecté est aussi plus efficace », explique le Dr Laureys.

Ces observations qui ont été effectuées chez d’autres méditants expérimentés et par d’autres équipes de scientifiques montrent que l’entraînement mental par la méditation accroît le développement de certains réseaux de neurones et de connexions grâce à la neuroplasticité du cerveau. Même chez des novices qui se sont mis à méditer 20 minutes par jour, pendant huit semaines, on a pu déceler des changements au niveau de la structure et du fonctionnement de leur cerveau, qui se sont traduits par des « effets positifs sur les émotions et le comportement ».

Photo: CHU de Liège Le docteur Laureys et son équipe en action

L’équipe du Dr Laureys a aussi pu mettre en évidence la capacité de Matthieu Ricard à modifier son activité cérébrale par le pouvoir de la méditation, une aptitude qui n’avait été observée chez personne d’autre auparavant. Pour ce faire, les chercheurs se sont servis d’un test qu’ils utilisent normalement pour évaluer la conscience des patients comateux et qui consiste à stimuler certaines zones cérébrales à l’aide de puissantes ondes magnétiques, tout en mesurant l’activité électrique du cerveau par électroencéphalographie (EEG).

« La complexité des perturbations induites sur l’EEG par cette stimulation magnétique transcrânienne (SMT) détermine la capacité du cerveau à avoir un contenu de conscience. Durant le sommeil lent et profond, ainsi que durant une anesthésie, cette complexité est très basse, alors que durant le rêve, elle est plus haute », explique le Dr Laureys. « Cette réponse à la SMT qui est enregistrée par l’EEG est une réaction qu’on ne peut pas influencer, elle est comme le réflexe rotulien que l’on déclenche par un petit coup de marteau à la base du genou. Or Matthieu Ricard arrivait, quant à lui, à modifier cette réponse. Il pouvait augmenter ou diminuer la complexité de la réponse selon l’exercice de méditation qu’il faisait. Quand il effectuait de la méditation classique, on mesurait une augmentation de la complexité, et quand on lui demandait de ne penser à rien, d’entrer dans un état cognitif le plus réduit possible, il réussissait à atteindre un état pseudocomateux temporaire et la complexité de la réponse à la SMT diminuait. »

Concentration accrue

Les chercheurs ont également soumis Matthieu Ricard et ses collègues moines à des tests visant à mesurer leur capacité d’attention, et ils ont constaté que ces experts en méditation obtenaient des scores semblables à ceux de jeunes universitaires de 20 ans. Ils faisaient moins d’erreurs et étaient plus rapides que des personnes de leur âge qui ne méditaient pas. « La méditation nous apprend à être vraiment concentrés sur la tâche que l’on doit accomplir, car on est très souvent [jusqu’à 47 % du temps, selon une étude] distraits par nos pensées », souligne le Dr Laureys. Il est d’ailleurs professeur invité au centre CERVO de l’Université Laval, où il s’applique à mettre sur pied une unité mixte internationale sur l’étude de la conscience.

Quand on demandait à Matthieu Ricard de s’endormir, deux minutes plus tard son cerveau émettait des ondes lentes qui indiquaient qu’il était déjà dans la phase de sommeil lent et profond.

Lorsqu’on a mesuré la consommation d’énergie de son cerveau à l’aide de la tomographie par émission de positons, on a observé que l’activité métabolique y était plus élevée que celle de la moyenne des gens de son âge.

Des bienfaits de la méditation ont même été constatés au niveau des chromosomes, ajoute le Dr Laureys. « Quand nous vieillissons, les télomères, ces petits embouts situés à l’extrémité de nos chromosomes et qui protègent l’ADN de ceux-ci, raccourcissent. On sait aussi que le stress accentue ce raccourcissement. Si les télomères sont plus petits, il y a plus de risques que surviennent des erreurs dans l’ADN des cellules lorsqu’elles se multiplient, et ces erreurs peuvent donner des maladies, comme le cancer. Or des études ont montré que les télomères des méditants expérimentés étaient plus longs que ceux des non-initiés, et les chercheurs ont observé une augmentation de la télomérase, une enzyme qui protège les télomérases, chez les personnes qui s’adonnent à la pleine conscience », précise-t-il.

Or la méditation permet de mieux gérer le stress qui souvent amplifie tous les maux et maladies qui nous affligent, fait-il remarquer. « La méditation permet aussi de changer l’état d’esprit de la personne face à la douleur. Elle ne changera pas nécessairement votre réalité, mais c’est un outil très puissant qui vous permettra de vivre votre réalité différemment. »

« La méditation peut aussi stimuler la concentration, la créativité, l’empathie, la compassion, la bienveillance », poursuit-il. Somme toute, elle peut améliorer substantiellement notre qualité de vie.

Différents types de méditation

Le Dr Steven Laureys distingue trois grandes familles de techniques de méditation.

1. La méditation de l’attention focalisée, dans laquelle on s’entraîne à focaliser notre attention sur quelque chose en particulier, comme la respiration, un objet ou un mantra.

2. La pleine conscience, ou présence ouverte, dans laquelle on s’entraîne à être attentif à tout ce que nos sens perçoivent : les nuances de couleurs que l’on voit, les sons que l’on entend, le vent qui souffle sur notre visage.

3. La méditation de l’amour bienveillant consiste à s’entraîner à devenir conscient de ses propres émotions et de celles de l’autre, et à projeter de la bienveillance vers l’autre, dans le but de développer des qualités altruistes, comme la compassion et l’empathie.

Dans son tout dernier ouvrage, intitulé Méditer avec le Dr Steven Laureys et paru aux éditions Odile Jacob en janvier, le neurologue décrit une multitude d’exercices de méditation qui découlent de ces trois grandes familles.

Sachant que différents réseaux neuronaux sont activés selon le type de méditation qui est pratiqué et donc que chaque type de méditation imprimera une signature neuronale particulière dans le cerveau, chaque personne pourra choisir la technique de méditation qui correspond le mieux à ses besoins et à sa sensibilité.



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