Arrêter la cigarette grâce à l'intelligence artificielle

Raphaëlle Ritchot
Collaboration spéciale
Une personne qui fume 40 cigarettes par jour, par exemple, n’aura pas la même courbe de sevrage que quelqu’un qui fume six cigarettes par jour.
Image: iStock Une personne qui fume 40 cigarettes par jour, par exemple, n’aura pas la même courbe de sevrage que quelqu’un qui fume six cigarettes par jour.

Ce texte fait partie du cahier spécial Génie québécois

Traiter de façon personnalisée chaque personne qui souhaite arrêter de fumer, voilà l’objectif du projet Ditch Labs. L’équipe derrière celui-ci fait partie des six finalistes du concours Génies en affaires de l’Acfas.

Ditch Labs, qui a été fondé par Olivier Bourbonnais et Laurent Laferrière, veut aider chaque patient à mettre fin à sa consommation de tabac en combinant un vaporisateur de nicotine intelligent appelé DitchPen™, une application mobile d’autosoin et l’intelligence artificielle.

« On s’inspire de certains mécanismes de la cigarette électronique, mais c’est différent parce qu’on chauffe un aérosol. Il y a un liquide qui contient de la nicotine et un autre qui n’en contient pas, et nous [l’équipe de Ditch Labs] pouvons moduler le dosage du patient en jouant sur ces deux réservoirs. Au fil des semaines, on va réduire progressivement la dose de nicotine, jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus du tout. L’idée, c’est d’effectuer un sevrage en douceur chez les patients, mais en reproduisant le geste de fumer », explique la directrice de recherche de Ditch Labs, Christelle Luce, qui est également psychologue spécialisée dans les dépendances.

Cette dernière rappelle que, contrairement à la cigarette électronique, le DitchPen™ est un traitement médical, et il devra donc, pour ses essais cliniques, se soumettre à des normes internationales ainsi qu’aux règles de Santé Canada et de la Food and Drug Administration (FDA) américaine.

« Ce sur quoi je veux insister, c’est sur le fait que nous sommes extrêmement rigoureux en ce qui concerne la recherche et développement. Ce n’est pas un gadget, mais bien un traitement médical que l’on développe », affirme-t-elle.

Pas qu’un vaporisateur

Dans l’inhalateur du DitchPen™, il y a « un petit ordinateur » qui permet au patient, comme à Ditch Labs, de comprendre ses habitudes.

« Nous sommes capables de vérifier comment chaque personne va utiliser son inhalateur, la durée de ses bouffées, sa force d’inhalation, le moment de la journée, par exemple, où il l’utilise le plus. L’inhalateur est relié à une application mobile et, dans celle-ci, il y a un programme d’autosoin contenant plusieurs articles sur la dépendance, sur les stratégies pour arrêter de fumer. Il y a également des exercices et des astuces », précise Mme Luce, qui rappelle l’importance de prendre en compte les aspects psychologiques de la dépendance.

C’est également Ditch Labs qui, à l’aide d’un questionnaire et de l’intelligence artificielle, attribuera une courbe de cessation personnalisée à chaque patient. Par exemple, une personne qui fume 40 cigarettes par jour n’aura pas la même courbe de sevrage que quelqu’un qui fume six cigarettes par jour.

« Ce n’est pas le patient qui aura la responsabilité de réduire son apport en nicotine, le vaporisateur se régulera lui-même. C’est vraiment nous qui avons établi des courbes de sevrage particulières selon les habitudes de consommation des patients », ajoute-t-elle.

Une fois que l’apport en nicotine du DitchPen™ sera nul, les patients ne pourront pas garder celui-ci plus de deux semaines.

« À la fin du traitement, quand il n’y aura plus de nicotine, les patients ne pourront pas continuer de l’utiliser à l’infini. À distance, nous pourrons désactiver le DitchPen™, pour ne pas que les patients développent une autre dépendance. De toute façon, c’est requis par Santé Canada et la FDA que le traitement ait une fin, sinon, l’usage du DitchPen™ devient chronique », explique Mme Luce, qui espère que d’ici trois à quatre ans les professionnels de la santé pourront prescrire le DitchPen™.

Qu’elle gagne ou non le concours Génies en affaires, l’équipe de Ditch Labs espère être en mesure de faire sa première étude clinique d’ici la fin de l’année.

« Nous avons notre prototype et on commence des tests au Centre de recherche industrielle du Québec. Nous allons y tester nos aérosols. Nous sommes extrêmement motivés », conclut Mme Luce.

Sixième édition du concours Génies en affaires

Parmi les finalistes de cette sixième édition du concours, plusieurs projets touchent de près le domaine de la santé. C’est le cas de la technologie de Vega BioImagerie, qui compte améliorer l’accès à la médecine de précision en traitement contre le cancer en aidant les pathologistes à effectuer un meilleur choix de traitements. L’équipe derrière le projet Inter-Phase Analytics développe quant à elle un test innovant pour faire la lumière sur les troubles psychiatriques. Ethnocare, une entreprise spécialisée dans le développement de produits prothétiques pour les personnes amputées, présentera son système Soft Air™. Enfin, l’équipe de l’Université de Sherbrooke derrière le projet Poly-E-Skin présentera une peau électronique conçue pour redonner le sens du toucher aux personnes qui ont perdu l’usage d’un membre.

 

Dans un autre ordre d’idée, l’équipe de LOC Connexion compte commercialiser un dispositif mécanique servant à l’édification rapide et efficace de bâtiments issus de l’assemblage de modules fabriqués en usine. L’équipe de l’Université Laval indique que son projet maximise les avantages de la préfabrication en minimisant le temps d’assemblage et les travaux à faire sur un chantier.

 

Chaque équipe finaliste aura trois minutes pour présenter son projet. Suivra une période de questions d’un jury d’experts de cinq minutes seulement. Quatre prix d’une valeur totale de plus de 38 000 $ en services conseils et en bourses seront remis à l’issue de la finale. Trois prix seront attribués par le jury. Le prix du public sera quant à lui réparti entre chaque projet finaliste, au prorata des votes de l’assistance.

 

Organisé par l’Acfas, le concours Génies en affaires donne l’occasion à des étudiants de tester leurs projets de commercialisation d’innovation auprès de professionnels et du grand public. La finale du concours se tiendra le 29 mars prochain.

 

À voir en vidéo