Femmes en science, femmes de science

Gabrielle Tremblay-Baillargeon
Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Journée internationale des femmes

Le tout nouveau Fonds pour les femmes en sciences de l’UQAM a récemment remis une première série de bourses à des étudiantes exceptionnelles inscrites aux cycles supérieurs. Portraits de trois boursières qui se démarquent par leur leadership, leur ambition et leur persévérance.

Mylène Arbour
L’engagement, levier de changements

Photo: Service de Photographie Patrick Mylène Arbour

Mylène Arbour s’inscrit au baccalauréat en nutrition de l’Université de Montréal pour conjuguer ses deux passions : la science et l’environnement. Ses études menées à bien, elle sait que son parcours universitaire n’est pas terminé. « Je sentais que j’avais encore de la curiosité scientifique à approfondir », indique-t-elle, et ce sont les recherches de son futur directeur de mémoire, René Audet, titulaire de la Chaire de recherche sur la transition écologique de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), qui la propulsent vers la maîtrise en sciences de l’environnement.

Depuis, elle s’intéresse à la transition socio-écologique du système alimentaire à Montréal. « Je me demande comment on peut trouver des moyens pour accélérer la transition vers un système alimentaire qui est plus vert, plus juste et plus respectueux de l’environnement, tout ça dans un contexte d’adaptation aux changements climatiques », explique Mylène Arbour.

L’étudiante inscrit son projet de recherche-action dans la démarche d’évaluation participative du volet alimentaire de Montréal en commun, un programme de la Ville qui se décrit comme une « communauté d’innovation qui expérimente des solutions concrètes à des problèmes de mobilité, d’alimentation et réglementation municipale ».

Les projets sont nombreux, concrets et articulés autour de réels besoins sur le terrain : serres urbaines, implantation de pôles alimentaires, mutualisation de ressources en alimentation… Un concept de carte prépayée permet d’aller acheter des aliments frais et locaux dans des marchés solidaires, par exemple.« On se demande si ces projets permettent aux organisations d’être pérennes, et si ça donne un certain levier à la transition socio-écologique de la Ville », précise Mme Arbour.

À travers ses projets universitaires, l’étudiante ne chôme pas : elle passe beaucoup de temps chez les Cyclistes solidaires, une organisation qui fait des livraisons de denrées alimentaires à vélo à des bénéficiaires à mobilité réduite, entre autres, en plus d’être engagée dans son association étudiante et de donner des cours d’escalade.

Mais le plus important, pour elle, est de trouver l’équilibre parmi tous ces projets. « Ce que je veux montrer de mon parcours, c’est que l’engagement est un levier de bien-être et de gratification », ajoute-t-elle.

Et le futur, dans tout ça ? « Je veux continuer à être une actrice de changement au niveau des systèmes alimentaires. C’est primordial pour moi. »

Rivellie Aimée Tchuisseu Tchepnkep 
Pour une place des femmes en agriculture

Photo: Nathalie St-Pierre/UQAM Rivellie Aimée Tchuisseu Tchepnkep

Dire que Rivellie Tchuisseu est une overachiever est un euphémisme. Mère de cinq enfants, cette fille d’agricultrice née au Cameroun obtient un baccalauréat en mathématiques, physique et informatique avant de décrocher un diplôme d’ingénieure agronome dans son pays natal.

Durant ses études, elle fonde une association à but non lucratif, Carefade, toujours en activité aujourd’hui, vouée à soutenir les populations rurales sur des techniques d’agriculture durables. Pourtant, rapidement, Mme Tchuisseu comprend que les choses ne bougent pas comme elle le voudrait. « La situation politique freinait le travail d’appui aux populations sur le terrain. Je n’avais pas d’opportunités », explique-t-elle d’entrée de jeu.

Bourse en poche, elle s’envole alors pour l’Europe, où elle suit un master qui l’amène en Slovaquie, en Italie, aux Pays-Bas et en France, où sa famille s’installe pour quelques années. Alors chargée de recherche pour l’Institut national de la recherche agronomique à Paris, elle se penche sur la réduction des pesticides, une de ses spécialités. Elle déménage ensuite au Canada, où elle fonde Seedcha, son entreprise de consultation, durant un congé de maternité qu’elle souhaitait « occuper au maximum ».

Maintenant étudiante au doctorat en sciences de l’environnement à l’UQAM, Mme Tchuisseu poursuit son travail à temps partiel. Dans le cadre de sa thèse, elle travaille sur la place des femmes dans le secteur agricole — un sujet étonnamment novateur.

« Je serai probablement la première personne qui publiera, sur le plan scientifique mondial, un document sur la place des femmes dans les processus de prise de décision en agro-environnemental et en agriculture », précise-t-elle. « Partout où je suis passée, les femmes sont invisibilisées dans les processus de décision. Et s’il n’y a pas de femmes dans ces structures, que deviennent les femmes agricultrices ? Ce sont des choses qu’il faut nommer dans le domaine scientifique pour que ça change dans la pratique », souligne-t-elle.

À terme de ce diplôme, Rivellie Tchuisseu espère être titulaire d’une chaire de recherche appliquée qui travaillerait sur les questions féminines dans les problématiques agro-environnementales. Si ça ne décolle pas, elle est prête à quitter le Canada pour se joindre à une équipe de chercheurs qui ont les mêmes intérêts qu’elle.

« Je suis une citoyenne du monde, mentionne-t-elle. Je suis ouverte à aller quelque part où ça bouge pour apporter ma contribution. »

Élise Bouchard
Démocratiser la forêt d’ici

Photo: Simon Lefebvre Élise Bouchard

Férue de plein air et de sciences, Élise Bouchard entame un baccalauréat en aménagement et environnement forestier afin d’exploiter ses deux passions. Après des stages professionnels, elle se lance vers les cycles supérieurs pour faire avancer les choses et déployer de nouvelles technologies en foresterie. « Je voulais faire partie des gens qui créaient les concepts plutôt que de seulement les appliquer », souligne-t-elle.

Elle défend un mémoire de maîtrise en biogéographie qui la porte à étudier les forêts du Canada, du Panama, de la Colombie, de l’Allemagne et de l’Autriche pour mieux comprendre la distribution mondiale des arbres. Durant cette étude, elle se penche sur les stratégies utilisées par les espèces pour pousser à l’endroit où elles le font.

C’est en arrivant au doctorat que Mme Bouchard décide de ratisser beaucoup moins large en se concentrant sur une seule espèce : l’érable à sucre. Pourquoi certains érables produisent-ils plus d’eau d’érable que d’autres ? Pourquoi certains ont-ils une eau plus sucrée que d’autres ? Pour comprendre cet arbre emblématique, Élise Bouchard travaille en physiologie pour suivre l’anatomie du bois, le mouvement de l’eau à l’intérieur de l’arbre ou encore les températures du tronc.

En étudiant des individus pendant plusieurs mois, une constatation se dégage : « Les arbres, c’est un peu comme les êtres humains : on a tous nos traits de personnalité », indique-t-elle. Alors que certains prennent plus de risques pour pousser plus rapidement, d’autres sont plus prudents et préfèrent investir davantage de ressources pour panser leurs blessures — celles infligées par l’entaille d’eau d’érable, par exemple — et s’assurer une durée de vie plus grande.

Parallèlement à ses recherches au sein de la forêt boréale, Mme Bouchard s’attelle à vulgariser la science auprès d’élèves du primaire, d’étudiants du secondaire ainsi qu’au micro de Moteur de recherche, à la radio de Radio-Canada. La clé, pour elle, c’est de promouvoir le savoir et de le communiquer dans des mots simples pour contrer le côté parfois aride de la recherche.

« Ce que j’espère, c’est que les gens, avec ces connaissances-là, aient une relation qui est différente avec leur environnement et les arbres qui les entourent. » Tout ça sans négliger la recherche, son premier amour. « Je suis vraiment contente d’avoir trouvé un métier que j’aime autant », se réjouit-elle.

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