En quoi la situation de la COVID-19 au Québec est-elle différente de l’an dernier ?

Entre le 7 et le 13 décembre 2020, les autorités ont rapporté en moyenne 1788 nouveaux cas quotidiens.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Entre le 7 et le 13 décembre 2020, les autorités ont rapporté en moyenne 1788 nouveaux cas quotidiens.

Mercredi, le Québec franchissait le cap des 2300 infections quotidiennes. Un an plus tôt, à pareille date, la province en rapportait 1797, soit 589 cas de moins. En quoi la situation sanitaire diffère-t-elle entre maintenant et l’an dernier ?

Même si les récents bilans quotidiens de la COVID-19 s’apparentent à ceux du début du mois de décembre de l’an dernier en ce qui concerne le nombre de cas, les décès et les hospitalisations attribuables au virus demeurent bien moindres, en partie grâce à la vaccination. Un portrait qui risque toutefois de changer « à court terme » en raison de la propagation du variant Omicron.

« Le vaccin nous protège bien contre l’hospitalisation due au variant Delta, donc malgré le fait qu’on ait beaucoup de cas, on a beaucoup moins d’hospitalisations. C’est une grosse différence entre la situation actuelle et celle de l’an dernier », explique Gaston De Serres, médecin-conseil à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

Entre le 7 et le 13 décembre 2020, les autorités ont rapporté en moyenne 1788 nouveaux cas quotidiens, soit 61 de moins que la moyenne pour les mêmes dates cette année (1849 cas), selon les données de l’INSPQ. Malgré cette hausse, on compte 10 fois moins de décès que l’an dernier. Durant la même semaine, on recensait une moyenne de 38 décès en 2020, contre 3 cette année.

Le Québec annonçait 4 décès supplémentaires dans son bilan du mercredi 15 décembre 2021. Il y a un an jour pour jour, on annonçait plutôt 41 nouveaux décès.



Le maintien de l’autorisation des rassemblements de 20 personnes vaccinées à Noël dépendra du nombre d’hospitalisations à l’approche du temps des Fêtes, a affirmé François Legault mercredi.

Bien moins d’hospitalisations

Les hospitalisations sont, elles aussi, beaucoup moins nombreuses qu’à la veille des Fêtes l’an dernier. Toujours pour la période du 7 au 13 décembre, les nombres de patients aux soins intensifs sont près de deux fois moindres cette année, et même près de quatre fois moindres pour les séjours hors des soins intensifs.



Comment expliquer le contraste entre la hausse du nombre d’infections et la diminution du nombre d’hospitalisations et de décès par rapport à l’an dernier ?

« Pour le variant Delta, on voit une efficacité [du vaccin] à protéger contre l’hospitalisation qui reste à peu près inchangée [à travers le temps] : elle est passée de 97 % deux semaines après la deuxième dose à 95 % entre deux semaines et plus après [la deuxième injection] », précise le Dr De Serres.

La protection vaccinale contre les infections n’est toutefois pas la même : l’efficacité passe d’environ 92 % à 75 % entre l’injection de la deuxième dose et 32 semaines plus tard. « Ce que ça nous dit, c’est que parmi les personnes vaccinées, on a une certaine vulnérabilité à l’infection, mais pas à la maladie grave », ajoute le médecin-conseil.

Malgré ces données en apparence favorables comparativement à l’an dernier, la montée soutenue du nombre de cas aura inévitablement des répercussions sur les hospitalisations, note le Dr De Serres. Et l’arrivée du variant Omicron serait probablement le plus grand « perturbateur », à l’arrivée des Fêtes.

La menace Omicron

 

Avec un bilan de 95 cas confirmés à Montréal en date de mercredi, la présence du variant Omicron sur le territoire québécois demeure énigmatique. De son côté, à l’échelle de la province, l’INSPQ ne comptabilisait au total que 11 cas confirmés en laboratoire du variant Omicron et 24 cas « présomptifs », soit 13 de plus que mardi.

« C’est clair que l’Omicron va changer le portrait à court terme. Est-ce que c’est d’ici deux semaines, un mois ? On ne le sait pas, mais c’est sûr que le Québec ne va pas y échapper », selon le Dr De Serres.

Déjà amorcée dans la province depuis quelques semaines, la hausse des infections sera nécessairement accentuée par la propagation du nouveau variant, très contagieux. Le nombre de nouveaux cas est en forte augmentation (29 %) par rapport à la semaine précédente (8220 contre 6348). Cette hausse est marquée dans tous les groupes d’âge et dans la plupart des régions.

Une part de ces infections se transposera forcément en hospitalisations, beaucoup chez les non-vaccinés, explique le médecin, qui rappelle qu’une personne non vaccinée a 20 fois plus de risque d’être hospitalisée pour cause de COVID-19 qu’une personne adéquatement vaccinée.

« C’est sûr qu’avec le variant Delta, on n’était pas trop préoccupés par les hospitalisations, parce qu’une protection de 95 %, c’est quand même énorme. Mais si ça baisse beaucoup avec le variant Omicron, ça pourrait être extrêmement difficile de prévenir un afflux de cas dans les hôpitaux », avoue le médecin-conseil.

Plusieurs questions restent toutefois en suspens quant à la dangerosité du variant et à son effet sur les hospitalisations. « Alors qu’on commençait tout juste à apprivoiser le variant Delta, le variant Omicron, par sa nature très contagieuse, nous demande de remettre en question nos décisions en lien avec les mesures sanitaires », a fait valoir le ministère de la Santé et des Services sociaux par courriel au Devoir.

Le ministre fédéral de la Santé, Jean-Yves Duclos, déclarait mercredi que la progression du variant Omicron à l’international lui « fai[sait] craindre le pire ». Les Canadiens devraient maintenant reconsidérer tout plan de voyage non essentiel à l’extérieur du pays prévu pour les Fêtes, selon Ottawa.

Méthodologie

Les nombres et les moyennes de cas de COVID-19 rapportés en 2021 contenus dans cet article sont tirés des données de l’INSPQ. Le nombre de nouveaux cas confirmés pour les dernières journées peut être inférieur au nombre de nouveaux cas rapportés dans le bilan quotidien officiel du gouvernement en raison d’un retard dans la saisie des données dans le système.



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