La preuve par l’image, ou quand une image vaut mille mots

Ce spécimen de sauterelle doit sa coloration aberrante à une rare mutation génétique appelée érythrisme. Puisque ce gène mutant serait dominant, les individus roses devraient être plus nombreux dans la nature. Pour comprendre pourquoi la majorité demeure verte, l’Insectarium de Montréal tente de démarrer le premier élevage de sauterelles roses au monde. Cette photo, intitulée La vie en rose, a remporté le prix du public Découverte.
Photo: Thierry Boislard Ce spécimen de sauterelle doit sa coloration aberrante à une rare mutation génétique appelée érythrisme. Puisque ce gène mutant serait dominant, les individus roses devraient être plus nombreux dans la nature. Pour comprendre pourquoi la majorité demeure verte, l’Insectarium de Montréal tente de démarrer le premier élevage de sauterelles roses au monde. Cette photo, intitulée La vie en rose, a remporté le prix du public Découverte.

Ce texte fait partie du cahier spécial Les prix de l'Acfas

Depuis 2010, le concours La preuve par l’image récompense des photos captivantes issues de la recherche, et ce, dans tous les domaines de la science. En plus de l’image qui fait notre une, et qui a remporté le Prix du public, nous publions ici les quatre images ayant retenu l’attention du jury en 2021.


 

1. Lumière sur le relief terrestre

Guillaume Légaré-Couture (Institut national de la recherche scientifique – Centre Eau Terre et Environnement). Prix du jury.

La technologie LiDAR est une méthode de télédétection consistant à mesurer des distances de manière ultraprécise en illuminant une cible à l’aide d’un faisceau laser et en captant sa réflexion. Montée à bord d’un aéronef, cette technologie permet de reconstruire numériquement le relief terrestre et de découvrir ainsi les éléments dissimulés sous la canopée. Les applications vont de la cartographie des zones inondables à la détection de vestiges archéologiques. L’image présentée ici dévoile les méandres de la rivière Ouelle, près de Saint-Pacôme, ainsi que divers éléments géomorphologiques tels des affleurements rocheux (masses foncées) et des plages sableuses formées par d’anciennes mers.

Colorisation d’un modèle de relief ombré à illuminations multiples dérivé d’un levé LiDAR (Light Detection and Ranging) aéroporté

2. Attention, plancton mortel !

Fatma Dhifallah (Institut des sciences de la mer de Rimouski (UQAR-ISMER). Prix du jury.

 

Parmi le plancton qui dérive dans nos eaux, on trouve des espèces toxiques appartenant au genre Alexandrium. Le spécimen montré ici est « colorisé » d’une teinte écarlate rappelant les dangereuses marées rouges dont il peut être la cause (en vert, une bactérie). En 2008, ces tueuses microscopiques ont envahi l’estuaire du Saint-Laurent sur une superficie de 600 kilomètres carrés. Leur toxine paralysante a provoqué une hécatombe chez les poissons, les oiseaux marins, les phoques et les bélugas, et forcé la fermeture des bancs coquilliers. Pour éviter qu’une floraison toxique frappe l’Arctique canadien, où la pêche est vitale pour les populations, on effectue un suivi du plancton nuisible.

Taille du spécimen : 38 micromètres. Grossissement : 2500 fois. Microscopie électronique à balayage, image colorisée.

3. Arborescence glacée

 

Bastien Lecigne (UQAM). Prix spécial du jury, Humains-Nature.

En raison des changements climatiques, les épisodes de pluie verglaçante seront probablement plus fréquents et plus violents sur notre territoire. Il importe donc de prédire quels arbres, en milieu urbain, sont susceptibles de s’abîmer sous le poids du verglas. Pour ce faire, on peut utiliser un scanneur laser qui génère des images 3D des arbres, révélant les détails de leur structure. Sur cet érable argenté montréalais, vu de face et du dessus, le potentiel d’accumulation de verglas est représenté par un gradient de couleur variant du blanc (faible) au bleu (élevé).

Dimensions de cet érable argenté : 19 mètres de hauteur et 20 mètres de largeur, LiDAR terrestre

4. Soleil microbien

 

Léa Museau (Université de Sherbrooke). Prix du jury.

Ce faux soleil est un biofilm, une communauté bactérienne « soudée » par une matrice de sucres et de protéines. La rencontre de deux espèces—Bacillus subtilis et staphylococcus aureus produit cette structure très résistante à l’eau. Le staphylocoque doré est responsable de la couleur jaune… et de diverses infections chroniques chez l’humain. Ces dernières sont parfois difficiles à traiter, car S. aureus résiste à plusieurs antibiotiques. Comment contrer cette résistance ? Des chercheurs font le pari suivant : modifier génétiquement B.subtilis pour la rendre capable de neutraliser sa comparse.

Largeur estimée : 10 millimètres, stéréomicroscopie

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