Quasi centenaire, l'Acfas est de plus en plus pertinente

André Lavoie
Collaboration spéciale
«La recherche, ça peut se faire en français», estime le président de l'Acfas, se désolant des fortes pressions à publier en anglais pour rayonner davantage. 
Photo: iStock «La recherche, ça peut se faire en français», estime le président de l'Acfas, se désolant des fortes pressions à publier en anglais pour rayonner davantage. 

Ce texte fait partie du cahier spécial Les prix de l'Acfas

Les prétextes au défaitisme ne manquent pas pour quiconque observe la situation des chercheurs francophones un peu partout au pays : universités, campus et programmes au financement famélique ou à l’existence remise en question ; fortes pressions à publier en anglais pour rayonner davantage ; rareté d’assistants dans certaines provinces, ce qui empêche les professeurs de consacrer plus de temps à la recherche, etc.

Photo: Michel Caron/UdeS Jean-Pierre Perreault

Ces constats, et bien d’autres encore, Jean-Pierre Perreault les connaît mieux que quiconque, mais il ne cède pas, lui, au défaitisme, en raison de sa nature sans doute, mais aussi de son poste. À titre de président du conseil d’administration de l’Association francophone pour le savoir (Acfas), il observe tout le dynamisme du milieu de la recherche universitaire dans le monde francophone, celui des figures de proue comme celui de la relève. Car chacun a immensément besoin de l’autre.

C’est d’ailleurs ce qui se reflète chaque année au moment du Gala de l’Acfas, lorsque l’on couronne « des gens qui ont fait des percées remarquables, qui possèdent un grand leadership intellectuel et qui contribuent au développement de nouveaux talents dans un environnement exceptionnel », souligne le vice-recteur à la recherche et aux études supérieures de l’Université de Sherbrooke. Et si tous les lauréats ont plusieurs choses en commun, une domine toutes les autres, affirme Jean-Pierre Perreault : « La recherche, ça peut se faire en français. »

Les conditions gagnantes

Cela ne veut pas dire que le parcours n’est jamais semé d’embûches, comme le démontre une étude de l’Acfas publiée en juin dernier et intitulée Portraits et défis de la recherche en français en contexte minoritaire au Canada. Dans un sondage mené auprès de 515 chercheurs d’expression française, certains constats inquiètent : 90 % des nouvelles revues savantes créées depuis 2005 sont de langue anglaise ; le pourcentage d’articles en français a diminué de moitié entre 1980 et 2010 à l’Université d’Ottawa ; de 1990 à aujourd’hui, le pourcentage des demandes de subvention en français en arts et en sciences sociales et humaines est passé de 25 % à moins de 15 %.

L’omniprésence de l’anglais, Jean-Pierre Perreault la constate tous les jours comme professeur au Département de biochimie et de génomique fonctionnelle de l’Université de Sherbrooke. Ce qui ne l’empêche pas de croire fermement à l’importance « de conserver une pensée intellectuelle et un vocabulaire francophones, peu importe la discipline », et cela passe par exemple par la consolidation des revues savantes francophones.

15 %

C’est, à l’heure actuelle, le pourcentage des demandes de subvention faites en français en arts et en sciences sociales et humaines. C’était 25 % en 1990.

Il sent aussi que, sur le front politique, les choses avancent dans la bonne direction, autant au fédéral qu’au provincial. « La révision de la Loi sur les langues officielles peut devenir une occasion importante de soutenir les universités francophones en contexte minoritaire, et il faut saluer les efforts de Sonia LeBel [ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne au sein du gouvernement de François Legault] qui veut prendre une position de leader au sein de la Francophonie. » La ministre annonçait d’ailleurs à la fin novembre la tenue de rencontres annuelles d’organismes québécois et des communautés francophones minoritaires.

Au sein de cette nouvelle dynamique, Jean-Pierre Perreault est convaincu que l’Acfas a un rôle à jouer, « et toute la crédibilité » requise pour l’assumer. L’association vient d’ailleurs d’ajouter une toute nouvelle section régionale, celle de Toronto, à la suite de l’inauguration de l’Université de l’Ontario français, alors qu’elle est déjà présente à Sudbury, en Acadie, en Alberta, au Manitoba et en Saskatchewan.

Un centenaire à célébrer

Les préparatifs vont bon train, mais le président de l’Acfas se fait volontairement avare de détails sur les célébrations entourant le 100e anniversaire de la vénérable institution. À son ton enthousiaste, on peut déjà prévoir qu’elles seront imposantes, étalées sur 13 mois, s’amorçant lors du prochain congrès en mai 2022 à l’Université Laval et se poursuivant au-delà de celui de 2023, à l’Université de Montréal, là où tout a commencé pour l’Acfas, en 1923. « Retenez la date du 15 juin 2023, dit le président, jour de la fondation de l’association. Ça sera l’occasion de souligner nos grandes réalisations, mais surtout de mettre l’accent sur les gens qui ont fait avancer la recherche, et ce, dans tous les secteurs. En 100 ans, l’Acfas en a vu, des guerres, des révolutions, dont la révolution technologique, mais elle a encore le cœur jeune et est remplie d’énergie ! »

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