Les enfants asthmatiques plus à risque de souffrir d’une forme grave de la COVID-19

Au début de la pandémie, plusieurs craignaient que l’asthme soit un facteur de risque de la COVID-19 étant donné que les virus respiratoires sont des déclencheurs de crises d’asthme chez les enfants.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Au début de la pandémie, plusieurs craignaient que l’asthme soit un facteur de risque de la COVID-19 étant donné que les virus respiratoires sont des déclencheurs de crises d’asthme chez les enfants.

Les enfants asthmatiques, particulièrement ceux qui négligent de suivre leur traitement, courent un plus grand risque de souffrir d’une forme grave de COVID-19 nécessitant une hospitalisation, selon une étude menée en Écosse et publiée dans The Lancet Respiratory Medicine. Selon les auteurs de l’étude et les experts consultés, cette observation souligne l’Importance de bien contrôler l’asthme des enfants et de les faire vacciner.

Dans cette étude populationnelle portant sur plus de 750 000 enfants âgés de 5 à 17 ans, les chercheurs ont noté que parmi les 63 000 enfants atteints d’asthme, 6,8 % ont contracté la COVID-19, dont 1,5 % ont nécessité une hospitalisation, alors que parmi ceux qui ne souffraient pas d’asthme, 5,8 % (soit 1 % de moins que les asthmatiques) ont été infectés par le SRAS-CoV-2, dont 0,9 % ont dû être hospitalisés.

Les chercheurs ont également remarqué que ce sont les enfants dont l’asthme était mal contrôlé — c’est-à-dire qui avaient été hospitalisés en raison d’une exacerbation de leurs symptômes, ou qui avaient dû recevoir des corticostéroïdes oraux pour des crises d’asthme sévères au cours de deux années précédant l’étude — qui étaient les plus nombreux à avoir été hospitalisés pour la COVID-19. Ils étaient 548 par 100 000 enfants par rapport à 94 par 100 000 enfants parmi ceux dont l’asthme était bien contrôlé, et à 55 par 100 000 enfants parmi ceux qui n’étaient pas asthmatiques.

« C’est le grand nombre d’enfants (plus 750 000) dans l’étude qui a permis de voir se dégager des signaux qui semblent indiquer que l’asthme est un facteur de risque, même s’il n’est pas très important car le nombre d’enfants affectés est très petit », fait remarquer la Dre Sze Man Tse, pneumologue pédiatrique au CHU Sainte-Justine.

« Cette étude explique en partie pourquoi l’asthme en général ne ressortait pas comme un facteur de risque pour la forme sévère de la COVID-19 dans certaines études, car il s’agit d’un facteur de risque qui n’est vraiment significatif que pour une proportion des asthmatiques, [ceux dont la maladie n’est pas contrôlée] et pas nécessairement pour tous les asthmatiques », souligne le Dre Jesse Papenburg, microbiologiste-infectiologue pédiatrique l’Hôpital de Montréal pour enfants.

La Dre Tse rappelle qu’au début de la pandémie, plusieurs craignaient que l’asthme soit un facteur de risque de la COVID-19 étant donné que les virus respiratoires, dont le SRAS-CoV-2 en est, sont des déclencheurs de crises d’asthme chez les enfants. « Mais, à mesure que la pandémie avançait et que le nombre d’études portant sur quelques centaines de patients augmentait, cette crainte s’est atténuée car parmi les enfants hospitalisés en raison de la COVID-19, la prévalence de l’asthme était semblable à celle observée dans la population en général. Les pneumologues et les pédiatres s’étaient faits à l’idée que l’asthme n’était pas un facteur de risque chez les enfants », relate-t-elle.

De plus, « beaucoup moins d’enfants sont venus au CHU Sainte-Justine et à l’Hôpital de Montréal pour enfants pour des crises d’asthme pendant la pandémie, et ce, jusqu’à la fin de la troisième vague. Mais depuis juin dernier, il y en a beaucoup plus, probablement en raison du déconfinement et de la recirculation des virus respiratoires qui avait été interrompue par les mesures sanitaires et qui reprend avec le relâchement de ces dernières », affirme la Dre Tse.

« L’étude écossaise souligne l’importance de bien maîtriser l’asthme des enfants », affirme, de son côté, le Dr Papenburg.

« Le message est qu’il faut bien contrôler l’asthme des enfants. De nombreux parents ont vu que l’asthme de leur enfant s’est grandement atténué durant la pandémie en raison des mesures sanitaires et de l’absence de virus en circulation. Il y a donc certains parents qui ont cessé de traiter leurs enfants pour cette raison. Mais quand les enfants sont exposés à nouveau à tous les virus qui courent, ils redeviennent à risque de faire des crises, et il est préférable de reprendre le traitement quotidien de contrôle, [qui consiste en de petites doses de corticostéroïdes absorbées par inhalation] », précise la Dre Tse.

De plus, « on est chanceux, le vaccin a été approuvé pour les enfants de cinq ans et plus. On encourage les parents à faire vacciner leurs enfants asthmatiques contre la COVID-19, ainsi que contre la grippe, qui cause probablement plus d’hospitalisations que la COVID-19 chez ces enfants », poursuit-elle.

Aux parents qui seraient réticents à faire vacciner leurs enfants, la Dre Tse fait remarquer que concernant les risques associés au vaccin contre la COVID-19, « les résultats des études de Pfizer sont très rassurants. De plus, quand on regarde dans le monde, notamment aux États-Unis où plus de trois millions d’enfants ont reçu une première dose de vaccin, on ne voit pas de signaux inquiétants. Le vaccin semble inoffensif », affirme-t-elle.

Quant aux bénéfices, « ils sont grands pour la population, pour l’immunité collective, car la vaccination des enfants devrait réduire la transmission du virus. Et plus il y aura d’enfants vaccinés, plus on évitera la fermeture des classes, et plus on pourra envisager un retour à la normale », dit-elle.

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