Comment limiter les dégâts que pourrait engendrer Omicron?

Omicron possède des mutations que présentaient également d’autres variants et qui font en sorte que ces variants sont moins bien neutralisés par les anticorps induits par les vaccins que nous avons reçus.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Omicron possède des mutations que présentaient également d’autres variants et qui font en sorte que ces variants sont moins bien neutralisés par les anticorps induits par les vaccins que nous avons reçus.

Sommes-nous prêts à faire face à Omicron, ce nouveau variant préoccupant qui commence à se répandre dans le monde, y compris chez nous ? Des experts s’avancent avec précaution, compte tenu du peu de données actuellement disponibles sur la force de frappe de ce nouveau joueur, qui a subi de nombreuses modifications de sa surface. Propos recueillis par Pauline Gravel.

Sommes-nous bien armés pour affronter le nouveau variant Omicron ?

« Les mesures préventives encore en place devraient nous aider à y faire face », souligne la Dre Caroline Quach-Thanh, microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine.

Le Dr Don Vinh, microbiologiste-infectiologue au CUSM, émet quant à lui quelques doutes. « A-t-on vraiment tiré des leçons de la dernière année et demie ? On a compris que le virus se transmet par voie aérienne, mais a-t-on mis en place les mesures adéquates pour y faire face ? A-t-on amélioré la ventilation ? » s’interroge-t-il, tout en affirmant que l’on devrait reconsidérer le port adéquat du masque chez les élèves du secondaire et le retour au télétravail.

Le spécialiste en virologie à l’UQAM Benoit Barbeau fait remarquer que les compagnies Pfizer et Merck ont mis au point de nouveaux antiviraux qui semblent très efficaces. « On doit attendre que les données scientifiques concernant ces deux antiviraux soient publiées et revues par les pairs pour en connaître objectivement l’efficacité et l’innocuité, et pour savoir quelles catégories de personnes pourraient en bénéficier avant de les utiliser », prévient le Dr Vinh, tout en indiquant que des anticorps monoclonaux sont quant à eux administrés avec succès.

Les vaccins que nous avons reçus nous protégeront-ils contre Omicron ?

On ne le sait pas encore. Les fabricants sont en train de le vérifier. Nous devrions avoir la réponse dans quelques semaines.

Le virologue Andrès Finzi, du Centre de recherche du CHUM, et Benoît Barbeau font remarquer qu’Omicron possède des mutations que présentaient également d’autres variants et qui font en sorte que ces variants sont moins bien neutralisés par les anticorps induits par les vaccins que nous avons reçus.

« Le nouveau variant Omicron présente 32 changements touchant ses spicules [ces dards à la surface du virus] et une dizaine touchant le site qui se lie au récepteur des cellules qu’il infecte. Avec tous ces changements, il y a des chances que les anticorps que nous produisons après avoir reçu le vaccin qui a été conçu contre le virus d’origine ne soient pas aussi spécifiques et donc probablement pas aussi efficaces pour neutraliser ce variant. Ceci dit, la réponse immunitaire générée par la vaccination a plusieurs facettes. Même si on voit en laboratoire que les anticorps sont moins performants pour neutraliser ce variant, cela ne veut pas dire que le vaccin ne fonctionnera pas. Il y aura possiblement une certaine protection, mais elle pourrait être moindre », explique M. Barbeau.

« Il est probable que le vaccin conférera une certaine protection contre ce nouveau variant, mais on ne sait pas de quelle ampleur sera cette protection. Il faudra faire des tests pour le préciser », avance prudemment M. Finzi.

La Dre Quach croit que « la vaccination pourrait néanmoins protéger contre les infections graves, non pas grâce à des anticorps, mais à l’immunité cellulaire que les personnes vaccinées auront développée, car cette immunité est beaucoup moins spécifique, elle est capable de ramasser un plus large [éventail de virus] ».

Une troisième dose de vaccin nous aiderait-elle à nous protéger contre Omicron ?

Le Dr Vinh croit qu’une troisième dose serait nécessaire pour freiner la transmission d’Omicron au sein de notre population. Ce n’est toutefois pas l’avis des professeurs Finzi et Barbeau, qui considèrent plus pertinent d’administrer le vaccin aux populations du monde qui sont peu vaccinées et parmi lesquelles émergent les variants comme Omicron.

Interdire les voyageurs provenant des quelques pays où on trouve le variant Omicron vous apparaît-ilune mesure adéquate ?

« C’est un peu un coup d’épée dans l’eau, dans le sens où ce variant, qui semble hautement transmissible, a déjà pas mal circulé. Quelques cas ont déjà été relevés au Canada. Si on veut intervenir aux frontières, il vaudrait mieux agir globalement et viser tous les voyageurs qui arrivent au Canada, et non pas seulement ceux en provenance de certains pays en particulier », explique M. Barbeau.

« On devrait réinstaurer une quarantaine obligatoire pour tous les voyageurs de toute provenance, car le virus s’est déjà répandu un peu partout. Cette quarantaine obligatoire de 14 jours devrait aussi s’accompagner d’un deuxième test de dépistage effectué cinq à huit jours après le retour du voyageur », conseille le Dr Vinh.

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