L'enseignement, ou offrir la passion en héritage

Catherine Couturier
Collaboration spéciale
Félix Gervais lors de sa randonnée géologique dans l’Himalaya
Photo: Photo fournie Félix Gervais lors de sa randonnée géologique dans l’Himalaya

Ce texte fait partie du cahier spécial Enseignement supérieur

Des Laurentides à l’Himalaya, le professeur Félix Gervais scrute les sols et les minéraux pour mieux comprendre l’évolution des chaînes de montagnes. Il partage sa passion avec les étudiants et ne ménage aucun effort pour former la future génération de spécialistes.

« J’adorais les sciences naturelles et les mathématiques, mais j’aimais aussi être à l’extérieur », raconte Félix Gervais. Pour allier les deux, il choisit Polytechnique, pour ensuite se diriger vers la recherche en géologie fondamentale à la maîtrise (INRS), au doctorat (Carleton) et au postdoctorat (McGill). Professeur agrégé au Département des génies civil, géologique et mines de Polytechnique depuis 2011, il s’intéresse à la formation des chaînes de montagnes, plus particulièrement dans la province géologique de Grenville (dans les Laurentides). « Il y a un milliard d’années, cette chaîne de montagnes était aussi haute que l’Himalaya. On en trouve des vestiges en Ontario et au Québec, et jusqu’au Nouveau-Mexique », explique-t-il.

Pour décrypter l’évolution tectonique de cette chaîne, le chercheur a recours à des travaux sur le terrain. En récoltant des échantillons et en les analysant en laboratoire, il date les minéraux, détermine leur profondeur, la température où ils ont été chauffés, etc. « Je veux comprendre comment il se fait que des roches enfouies à 20, 30, 40 kilomètres de profondeur se trouvent maintenant à la surface », précise-t-il. Il a aussi effectué un court séjour dans l’Himalaya, l’archétype des chaînes de montagnes, pour la comparer avec la chaîne de Grenville.

Former les étudiants

Parmi les tâches du professeur, l’enseignement occupe une place importante. « L’enseignement est fascinant— on aide à former la future génération, confie-t-il. Les étudiants de Polytechnique sont formés pour être très efficaces. Les cours intégrateurs visent à améliorer leur capacité d’analyse de problèmes. Et c’est le fun de les voir quand ils y parviennent. On le voit dans leurs yeux, quand ça clique ! »

Pour les aider à faire ces liens, l’école propose le projet de synthèse géologique pour les futurs ingénieurs géologiques. Ce cours prépare les étudiants de ce secteur à intégrer le marché du travail dans un des nombreux domaines qui leur sont accessibles : calcul des réserves minières, construction de barrages ou de ponts, décontamination des sols, etc.

Mais la pandémie est venue bousculer les plans. « D’habitude, on va en Ontario, à un camp de terrain de huit jours, sur un site vraiment spectaculaire », raconte M. Gervais. Impossible de s’y rendre en 2020 comme en 2021. Le professeur Gervais a donc cherché une solution de rechange pour offrir un projet de terrain concret à la double cohorte. Il s’est alors tourné vers le mont Royal, relativement peu étudié d’un point de vue géologique.

Le professeur a fait l’acquisition de données pour que les étudiants puissent dater et cartographier le mont Royal. Dans un court laps de temps, les étudiants devaient choisir un des trois domaines (géochronologie pour dater, métamorphisme pour la pression et la température des roches ou géochimie), analyser des données et présenter un exposé oral. Par la suite, les étudiants testaient des hypothèses pour cartographier en équipe des sections du mont Royal, qui n’avait pas été cartographié depuis les années 1970. « Les étudiants devaient manipuler de vraies données, ce qui est motivant. Ça a donné un projet de haut niveau », soutient M. Gervais.

Motivé par ses étudiants

Le professeur a été étonné par le résultat de cet atelier : les présentations des équipes puis le travail de cartographie subséquent étaient de haute qualité. « Les étudiants ont travaillé fort et se sont mis de la pression pour rendre des projets exceptionnels », souligne-t-il.

Constater la passion et la rigueur de ses étudiants pousse le professeur à vouloir lui-même constamment s’améliorer. « Quand on voit des réalisations comme le terrain de cet été, ça met de la pression pour livrer la marchandise et développer de meilleurs cours », avance-t-il.

L’utilisation des technologies a apporté un niveau de collaboration primordiale pour ce projet. « Avec mon équipe, on était disponibles tous les jours sur Teams, pour aider et interagir avec les étudiants », explique-t-il. Les équipes collaboraient également entre elles par vidéoconférence. « Ça m’a amené à m’interroger sur la façon de superviser mes étudiants aux cycles supérieurs », ajoute M. Gervais, qui fait des expérimentations en ce sens afin d’implanter une approche plus collaborative.

Les analyses effectuées par les étudiants durant la formation pratique l’inspireront par ailleurs pour des projets de recherche. « C’est intéressant. Il va falloir prendre les données et les réanalyser, mais j’ai l’intention de le faire et de publier les résultats », confie M. Gervais.

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