Un modèle unique de recherche collaborative pour l'industrie agroalimentaire

Miriane Demers-Lemay
Collaboration spéciale
Des projets de recherche se penchent notamment sur l’efficacité de méthodes plus écologiques pour l’emballage des aliments.
Photo: Catherine Legault Archives Le Devoir  Des projets de recherche se penchent notamment sur l’efficacité de méthodes plus écologiques pour l’emballage des aliments.

Ce texte fait partie du cahier spécial Recherche

Rassembler des entreprises concurrentes autour d’une même table avec des chercheurs pour innover : c’est le défi sur lequel mise, depuis 2017, le Consortium de recherche et d’innovation sur la transformation alimentaire (RITA) à l’Université McGill. Et ça marche.

« Il y a l’industrie qui a des défis à relever, et les chercheurs qui ont des solutions », résume Salwa Karboune, doyenne associée du Département des sciences alimentaires et de la chimie agricole à l’Université McGill et directrice scientifique du consortium RITA. « Chaque défi, on le considère comme une occasion pour innover. »

C’est à partir de cette idée que Mme Karboune et ses collègues ont déjà réuni plus de 150 entreprises agroalimentaires et plus de 20 établissements de recherche de la province pour créer divers réseaux de création, en amont de la compétition sur le marché. Selon la chercheuse, mettre en place l’un de ces réseaux peut prendre un an. Au cours de cette période, les partenaires industriels vont décrire les difficultés auxquelles ils font face, puis des chercheurs vont proposer des projets visant à résoudre celles-ci. Le réseau choisira ensuite les projets de recherche et d’innovation dans lesquels ils investiront et qui pourront profiter aux membres participants. La recherche des partenaires du consortium est financée en partie par l’industrie et en partie par des sources gouvernementales, comme le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ).

L’un des projets consiste, par exemple, à développer une plateforme intelligente et multidimensionnelle permettant l’identification et la sélection des ingrédients naturels, comme les épices, avec leurs caractéristiques, leurs utilisations possibles et leurs interactions. Serait-il possible de remplacer un agent microbien artificiel par la combinaison de deux ou trois ingrédients naturels ? Cette cartographie, élaborée à partir d’une solide démarche scientifique, pourrait un jour constituer un repère scientifique permettant de répondre à ce type de questions et de faciliter l’assainissement des aliments se trouvant sur nos tablettes.

150
C’est le nombre d’entreprises agroalimentaires qui participent à l’initiative.

D’autres projets se penchent plutôt sur l’efficacité de méthodes plus écologiques pour l’emballage des produits, comme les traitements à l’ozone gazeux ou à la lumière pulsée, ou encore sur le développement d’emballages « actifs », qui contiennent des agents antimicrobiens prolongeant la conservation des aliments. D’autres équipes cherchent des solutions durables en ce qui concerne l’utilisation de l’eau de nettoyage ou la valorisation de produits pour réduire les pertes alimentaires.

Les entreprises viennent de plusieurs secteurs, de la boulangerie à la boucherie en passant par les producteurs laitiers ou de fruits et légumes. Le tout dernier réseau, toujours en construction, réunit des acteurs de l’industrie de la pêche et de l’aquaculture. On trouve donc des entreprises de tous les horizons, comme Bonduelle (transformation industrielle de légumes), Cascades (emballages), Gusta (produits véganes), Lallemand (commercialisation de levures et de bactéries), Les Moulins de Soulanges (farine) ou Olymel (viande).

« Notre objectif est d’avoir un secteur dynamique en recherche et innovation, et qui comprend l’intérêt de la collaboration précompétitive », indique la directrice scientifique de RITA.

L’avantage de la synergie pour innover

Contrairement à la recherche fondamentale qui nécessite une indépendance des chercheurs, la recherche appliquée vise à améliorer l’industrie et à assurer une économie circulaire, explique Salwa Karboune.

« Le secteur bioalimentaire et de la transformation, c’est un secteur où le transfert [entre le milieu de la recherche et l’industrie] est primordial pour le développement de technologies, le développement d’ingrédients ou l’amélioration des produits de la santé, dit-elle. Je crois fermement en l’importance de la synergie. »

Elle explique que les petites et les grandes entreprises sont réunies dans les mêmes réseaux, ce qui permet aux jeunes entreprises ayant de petits budgets d’avoir accès et de contribuer à l’innovation technologique, au même titre que les poids lourds de l’industrie. De la même façon, en collaborant avec des spécialistes d’autres disciplines, les chercheurs peuvent accroître leur créativité pour innover.

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