Les bébés ne sont pas tous égaux face à la COVID-19

Le risque de mortalité et de morbidité durant la période périnatale et l’enfance est plus grand chez les garçons que chez les filles
Photo: Hadi Mizban Associated Presse Le risque de mortalité et de morbidité durant la période périnatale et l’enfance est plus grand chez les garçons que chez les filles

Selon une nouvelle étude publiée dans Science Translational Medicine, les femmes qui contractent la COVID-19 durant leur grossesse transfèrent moins d’anticorps contre le SRAS-CoV-2 à leur fœtus si ce dernier est de sexe masculin plutôt que féminin, ce qui pourrait expliquer la plus grande vulnérabilité des nouveau-nés et des jeunes enfants mâles face aux pathogènes infectieux, dont le SRAS-CoV-2. Une seconde étude parue aussi dans Science souligne le fait que les femmes enceintes ont absolument besoin d’une seconde dose de vaccin à ARN messager (ARNm) pour développer une protection adéquate contre la COVID-19.

On savait que le risque de mortalité et de morbidité durant la période périnatale et l’enfance est plus grand chez les garçons que chez les filles. En raison vraisemblablement de cette plus grande vulnérabilité périnatale des garçons, les nouveau-nés et les enfants de sexe masculin s’en tirent moins bien face à la COVID-19, ils sont notamment plus nombreux que les jeunes enfants de sexe féminin à développer le syndrome inflammatoire multisystémique du SRAS-CoV-2. Plusieurs études épidémiologiques ont également montré que, même à l’âge adulte, les hommes atteints de la COVID-19 sont trois fois plus susceptibles d’aboutir dans une unité de soins intensifs que les femmes et courent un plus grand risque d’en mourir.

Étant donné l’immaturité du système immunitaire des nouveau-nés, ce dernier repose en grande partie sur le transfert d’anticorps de la mère vers le fœtus par le biais du placenta et du lait maternel pour faire face aux pathogènes infectieux au début de leur vie. Dans le but d’évaluer les conséquences de la COVID-19 sur l’immunité de la mère et de son fœtus, des chercheurs de l’Harvard Medical School de Boston ont examiné la réponse immunitaire au niveau du sang maternel, du placenta et du sang de cordon ombilical de 68 femmes enceintes qui ont été infectées par le SRAS-CoV-2 durant leur grossesse, dont 34 portaient un fœtus mâle et l’autre moitié un fœtus féminin.

Andrea Edlow, Evan Bordt et leurs collègues ont ainsi mesuré des quantités d’anticorps dirigés contre le SRAS-CoV-2 plus faibles chez les mères portant un fœtus de sexe masculin que chez celles dont le fœtus était de sexe féminin. Un tel écart n’a toutefois pas été observé au sujet des anticorps contre la grippe et la coqueluche.

« Ces quantités réduites d’anticorps contre le SRAS-CoV-2 chez les mères enceintes d’un garçon contribuaient sans aucun doute au transfert d’un nombre moindre d’anticorps à travers le placenta vers les fœtus mâles », avancent les chercheurs dans la discussion de leur article paru dans Science Translational Medicine. Ceux-ci soulignent que la sévérité de l’infection, le moment de l’infection durant la grossesse, le poids du bébé à la naissance et son âge gestationnel ne semblaient pas avoir eu un impact sur ces résultats. Ils font toutefois remarquer qu’un plus faible transfert d’anticorps aux fœtus mâles avait déjà été observé chez des femelles de primates non humains soumises à un stress durant leur grossesse.

Les chercheurs précisent par ailleurs qu’il est actuellement impossible de savoir si ce déficit dans le transfert d’anticorps rend les bébés de sexe masculin plus vulnérables à la COVID-19 au début de leur vie, « car on ne connaît pas la quantité d’anticorps requise pour assurer une bonne protection contre cette infection », écrivent-ils.

Ces scientifiques ont par ailleurs relevé que les placentas mâles — car il faut rappeler que le placenta est une structure qui se développe à partir des cellules de l’embryon, il peut donc être d’origine masculine ou féminine — présentaient une plus grande activation des voies de signalisation de l’interféron, qui est une puissante molécule antivirale qui participe à la réponse immunitaire immédiate — dite innée — lorsque la mère contractait la COVID-19. « Cette activation contribuerait peut-être à empêcher les virus d’infecter le placenta et le fœtus », avancent les chercheurs, qui insistent sur l’importance de suivre le développement de ces enfants étant donné les importants changements qui surviennent dans l’environnement intra-utérin lorsque la mère contracte une infection durant sa grossesse.

Grossesse et immunité

Dans un second article publié également dans Science Translational Medicine, d’autres chercheurs de la même institution ont analysé la réponse immunitaire induite par les vaccins à ARNm de Pfizer et de Moderna contre la COVID-19 chez 84 femmes enceintes — cette catégorie de femmes avait été exclue des essais cliniques —, 31 femmes qui allaitaient et 16 femmes qui n’étaient pas enceintes.

D’entrée de jeu, ces chercheurs rappellent que d’importants changements immunologiques surviennent chez la femme enceinte au cours de sa grossesse afin que son système immunitaire ne rejette pas le fœtus et qu’il permette sa croissance, tout en continuant de les protéger tous les deux contre les pathogènes. « Le subtil équilibre entre tolérance et immunité, conjugué aux changements physiologiques et hormonaux, contribue à la vulnérabilité accrue des femmes enceintes aux infections, telles que la grippe et la COVID-19 », soulignent-ils, tout en indiquant que les femmes enceintes et qui allaitent sont fortement encouragées à se faire vacciner contre la grippe et la COVID-19, qui peuvent s’avérer beaucoup plus graves chez elles.

Les chercheurs ont relevé que la première dose de vaccin contre la COVID-19 engendrait une réponse nettement moins protectrice chez les femmes enceintes et allaitantes que chez celles qui n’étaient pas enceintes puisqu’elles avaient produit significativement moins d’anticorps et que la capacité des récepteurs Fc à se lier aux anticorps, et donc à permettre à ces derniers de traverser le placenta, était nettement plus faible. La seconde dose de vaccin a toutefois aplani ces différences.

Cette faible réponse à une seule dose de vaccin souligne l’importance d’administrer une seconde dose de vaccin aux femmes enceintes et à celles qui allaitent afin de les protéger adéquatement, elles et leur progéniture. « La vaccination durant la grossesse accroît la protection des nouveau-nés, qui sont très à risque de souffrir d’une infection sévère de la maladie quand ils en contractent une en raison de l’immaturité de leur système immunitaire », rappellent-ils. Ils précisent également que « les anticorps présents dans le lait maternel dépendent aussi beaucoup de la seconde dose pour stimuler leur transfert sous une forme fonctionnelle ».

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