Vulgariser les recherches sur l'acoustique, un son à la fois

Rabéa Kabbaj
Collaboration spéciale
«Il y a beaucoup plus de réactions à un texte de vulgarisation qu’à un article scientifique», souligne le chercheur Olivier Robin.
Photo: Photo fournie par Olivier Robin «Il y a beaucoup plus de réactions à un texte de vulgarisation qu’à un article scientifique», souligne le chercheur Olivier Robin.

Ce texte fait partie du cahier spécial Relève en recherche

Traduire en mots et pour un large public ses recherches sur l’acoustique, c’est le défi que s’est donné cette année encore Olivier Robin en participant, pour une troisième année consécutive, au Concours de vulgarisation scientifique de l’Université de Sherbrooke. Il a atteint son objectif avec brio puisque son texte sur les alarmes de recul a fait de lui l’un des gagnants de la compétition. L’occasion pour ce jeune professeur de communiquer sa passion pour une discipline dont les enjeux ne sont pas toujours saisis.

« Souvent, les gens pensent que l’acoustique, ça concerne seulement la musique. Mais non, cela touche beaucoup d’autres domaines. J’ai fait de l’acoustique des transports, mais aussi de l’imagerie ultrasonore dans le secteur médical et des choses en musique, etc. Ça peut également vouloir dire réduire le bruit des bateaux sur le Saint-Laurent, par exemple. C’est extrêmement varié et c’est d’ailleurs ce qui me plaît », explique cet ancien professionnel de la recherche, devenu, depuis septembre, professeur au Centre de recherche acoustique-signal-humain de l’Université de Sherbrooke.

Ses recherches peuvent aussi bien traiter du bruit au travail ou dans l’environnement que de la vibration des structures ou de la mesure de vibrations à l’aide de caméras haute vitesse. « Je travaille en vibroacoustique, donc je m’intéresse à ce qui fait du bruit, à ce qui vibre, ainsi qu’aux relations existant entre ces différents domaines », indique le chercheur.

Dans les grandes lignes, l’objectif de ses travaux est de bien contrôler le bruit. « Cela s’apparente à ça au bout du compte, parce que le bruit reste une pollution non négligeable. On parle maintenant de pollution sonore, ce n’est pas rien ! Il faut qu’on prenne le problème à bras-le-corps, qu’on cherche des solutions et qu’on communique là-dessus », estime-t-il.

Trouver les sons justes

Pour sa troisième participation au concours de vulgarisation scientifique, Olivier Robin a choisi de présenter — avec son collègue Louis Dermagne — l’une de ses recherches, menée conjointement avec l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST) pendant un an. Dans un texte filant la métaphore du match sportif, les deux coéquipiers ont comparé la traditionnelle alarme de recul des véhicules, l’alarme « bip-bip-bip », à une autre nettement moins gênante, l’alarme dite « pscht-pscht-pscht ».

Le son « bip-bip-bip » évoque le four à micro-ondes qui n’en finirait plus de sonner là où le « pscht-pscht-pscht » rappelle le bruit répété d’une canette qu’on ouvre. Grâce à ces onomatopées qu’ils ont consciencieusement choisies et à des métaphores longuement travaillées, les deux collègues sont parvenus à transposer en mots simples, imagés et parlants pour tous ce qui était à la base un article scientifique. Une illustration traduisant de façon claire et colorée des résultats de mesure de laboratoire — souvent ardus à lire pour un public non spécialisé — est venue compléter leur texte.

Il s’agit d’une façon ludique et vivante de rendre accessible à un large public une recherche aux retombées bien réelles et loin d’être dénuées d’importance. « Pour la société, cela veut dire une réduction de la gêne et une meilleure perception de l’alarme en ce qui concerne la nouvelle, qui s’appelle “pscht-pscht-pscht”. Ça pourrait également réduire la pollution sonore tout en garantissant une meilleure prévention des accidents liés aux véhicules qui reculent, puisqu’on est censés mieux percevoir l’alarme », fait valoir M. Robin.

Un goût pour la vulgarisation

Chose certaine, le chercheur a pris plaisir à participer à ce concours, qu’il juge très formateur et grâce auquel il a appris à choisir ses mots pour toucher le plus grand nombre. « Cela permet de prendre le temps de sortir de sa bulle de chercheur et d’écrire les choses. Mon collègue Louis Dermagne et moi, on a beaucoup aimé ce moment d’échanges, de se dire : “Ça, on pourrait le raconter comme ça.” Cette recherche d’images, de métaphores, etc., m’a beaucoup apporté », confie Olivier Robin.

Sa participation à la compétition lui a également fait comprendre les retombées que pouvait avoir un tel exercice de vulgarisation. « Il y a beaucoup plus de réactions à un texte de vulgarisation qu’à un article scientifique. Je suis intimement convaincu qu’un texte de vulgarisation scientifique sera lu par beaucoup plus de monde que l’article scientifique correspondant », souligne-t-il.

« J’aime faire de la recherche ; ça me stimule énormément. Mais j’aime aussi beaucoup expliquer au grand public pourquoi on fait des choses, à quoi cela sert, quel en est le but. C’est pourquoi je trouve mon compte à travers le concours de vulgarisation. C’est vraiment important de faire ce lien. C’est bien d’être passionné, mais si on reste dans son coin, ça ne va pas apporter grand-chose », conclut-il. 

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