Simuler la réalité pour éviter les accidents

Leïla Jolin-Dahel
Collaboration spéciale
Théophile Demazure s’affaire à comprendre où le cerveau fixe son attention et quels sont les éléments qu’il ignore, par exemple dans un virage ou dans une ligne droite.
Tech3Lab / HEC Montréal Théophile Demazure s’affaire à comprendre où le cerveau fixe son attention et quels sont les éléments qu’il ignore, par exemple dans un virage ou dans une ligne droite.

Ce texte fait partie du cahier spécial Relève en recherche

Améliorer le design et les protocoles d’entraînement dans les simulateurs de voitures de course pour éviter les accidents, c’est ce à quoi travaille un étudiant au doctorat en administration à HEC Montréal. Portrait de Théophile Demazure, passionné de technologies de l’information.

Débarqué au Québec depuis sa Suisse natale il y a près de dix ans, le jeune doctorant s’intéresse aux simulateurs de courses de voitures, au sein d’un projet du laboratoire Tech3Lab. « Dans ces simulateurs, l’utilisateur reçoit énormément d’informations d’un coup, parce que tout va très vite », explique-t-il.

Ainsi, il s’affaire à comprendre où le cerveau fixe son attention et quels sont les éléments qu’il ignore, par exemple dans un virage ou dans une ligne droite. « Est-ce le visuel ou le mouvement de la chaise qui est le plus important », illustre-t-il. Ces informations lui servent ensuite à perfectionner le design et les protocoles d’entraînement des simulateurs pour les voitures, qui s’apparentent à des véhicules Nascar plus qu’à des bolides de Formule 1.

En plus de chercher à améliorer les simulateurs, Théophile Demazure souhaite également comprendre comment l’être humain évolue dans ce contexte. Une simulation qu’il désire rapprocher le plus possible de la réalité sur le terrain. « Souvent, les gens s’entraînent avant d’aller dans l’environnement réel qui est très risqué. On va étudier comment ils le font pour essayer de réduire les risques lorsqu’on fait le changement de ce milieu simulé vers la piste ou le cockpit », explique-t-il.

Des influences paternelles

Théophile Demazure tire son intérêt pour les simulateurs de son père, qui était lui-même féru d’aviation dans ses loisirs. « Il y avait de petits avions partout chez nous. Mon père jouait souvent les fins de semaine à des jeux, des simulateurs », se souvient le jeune chercheur à propos de son enfance passée à Genève.

S’il concède n’avoir jamais été un vrai « passionné » de pilotage, il a toujours trouvé le dada de son père « plus ou moins cool ». Il ajoute qu’il s’intéresse à différentes choses en raison de son tempérament curieux. Ainsi, c’est tout naturellement qu’il a commencé à travailler sur des projets de simulateurs dans des contextes à haute performance humaine, durant sa maîtrise.

« J’ai trouvé ça très intéressant. J’ai donc passé toute ma maîtrise sur le sujet de l’attention soutenue, la surveillance de systèmes », dit-il au sujet de son mémoire de maîtrise sur un projet en collaboration avec des chercheurs de la NASA. Ses travaux l’ont amené à se pencher sur les façons de lutter contre les baisses d’attention lors de tâches de surveillance de longue durée.

« L’hypothèse était assez simple : plus on automatise le travail, plus l’être humain va servir de soupape de sécurité. Il ne va plus faire le travail, mais, par contre, il sera toujours là pour faire attention à ce que tout se passe bien au cas où il y aurait une erreur », explique le doctorant.

Son mémoire de maîtrise sur la question lui a d’ailleurs valu le Prix du meilleur mémoire pour l’année 2018, attribué par HEC. Pour 2019-2020, il a également reçu une bourse de doctorat en recherche du Fonds de recherche du Québec — Nature et technologies (FRQNT) et une autre de l’Institut de valorisation des données (IVADO). « Ça permet de financer ces recherches, qui sont très coûteuses en général. C’est important d’avoir ce financement, sinon ça devient rapidement difficile et trop cher à mon échelle », explique Théophile Demazure.

Envisager l’avenir au Québec

Celui qui estime que sa première année à Montréal « n’a pas été facile » en raison du fait qu’il ne connaissait personne à son arrivée n’a aujourd’hui « aucun regret ». « Je me suis fait de très bons amis. Maintenant, je suis très intégré au Québec. J’adore ça et je n’ai pas le projet de partir. Je me vois bien rester. Je suis tombé amoureux du Québec et des Québécois », raconte Théophile Demazure.

Le jeune chercheur espère d’ailleurs terminer son doctorat d’ici deux ans. Que fera-t-il après ? Il l’ignore encore. L’idée de demeurer dans le milieu de l’enseignement pour transmettre son savoir l’attire autant que l’option d’occuper un emploi dans l’industrie en recherche et développement. « Un des facteurs importants est que j’aimerais rester au Québec. Je pense que ça va beaucoup jouer sur le choix que je vais faire », avance-t-il toutefois.
 

Il souhaite aussi que son père, passionné de jeux et d’aviation, puisse lui rendre visite depuis Genève pour tester l’un des simulateurs sur lesquels il travaille.

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