Aider les jeunes chercheurs à dénicher leurs talents

Martine Letarte
Collaboration spéciale
Selon la chercheuse Trang Hoang, c’est l’union des forces qui a permis de développer des vaccins contre la COVID-19 aussi rapidement.
Gregory Emery Selon la chercheuse Trang Hoang, c’est l’union des forces qui a permis de développer des vaccins contre la COVID-19 aussi rapidement.

Ce texte fait partie du cahier spécial Relève en recherche

Au fil des décennies, plus de 70 étudiants-chercheurs se sont installés dans le laboratoire de Trang Hoang, professeure au Département de pharmacologie et physiologie de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal (UdeM) et chercheuse à l’Institut de recherche en immunologie et en cancérologie (IRIC), afin de tirer parti de sa grande expérience. Mme Hoang vient d’ailleurs de remporter le prix Mentor scientifique 2021 du Club de recherches cliniques du Québec.

« Je suis toujours disponible pour les jeunes, affirme Trang Hoang. Mon objectif est de les accompagner pour qu’ils puissent réaliser le meilleur d’eux-mêmes. Souvent, ils ont des talents qu’ils ne connaissent pas. C’est en leur faisant vivre des expériences qu’ils découvrent de nouvelles possibilités et qu’ils gagnent en confiance. »

Elle leur accorde énormément de temps pour discuter, notamment pour identifier des questions sur lesquelles se pencher. « Puis, lorsque nous avons des résultats, il faut continuer à réfléchir à leur signification. Nous voulons toujours aller plus loin. C’est comme ça que nous découvrons de nouvelles choses et que nous avons du plaisir ! »

Si Trang Hoang donne autant de son temps aux jeunes, elle mentionne qu’elle souhaite redonner après avoir beaucoup reçu du Québec, où elle a pu s’épanouir pleinement, comme scientifique et comme humaine, après avoir vécu en Suisse, en Angleterre, en Ontario et aux États-Unis.

En début de carrière, au milieu des années 1980, Trang Hoang a été recrutée par le Dr Michel Chrétien à l’Institut de recherche clinique de Montréal (IRCM). « J’ai eu une grande chance : il accordait beaucoup d’importance à l’équité et à l’inclusion, raconte-t-elle. J’ai été la première femme recrutée comme directrice de laboratoire à l’IRCM. »

À cette époque, elle a beaucoup appris des chercheurs qui l’entouraient. Du Dr Chrétien bien sûr, mais aussi, de son voisin de bureau, le Dr Jacques Genest. « Ce n’était pas du mentorat organisé, mais un apprentissage en osmose, indique la chercheuse. Il y avait de nombreuses discussions informelles et le Dr Chrétien organisait des retraites pour favoriser les échanges entre les chercheurs et, ainsi, faire émerger des idées. »

Aujourd’hui, dans son laboratoire à l’IRIC, où elle travaille à cibler la vulnérabilité des cellules souches préleucémiques pour développer une nouvelle approche thérapeutique contre la leucémie, elle tente de mettre en valeur le mentorat.

« J’essaye de montrer rapidement aux jeunes chercheurs l’importance de pouvoir bénéficier de l’expérience des plus expérimentés. La recherche, c’est un travail d’équipe, personne n’est seul dans son coin à essayer de trouver des solutions. Rapidement, il faut que les plus expérimentés apprennent à soutenir les plus jeunes », avance-t-elle.

La science en temps de pandémie

C’est d’ailleurs de cette volonté de travailler en équipe et d’unir des forces multidisciplinaires pour mieux faire avancer les recherches en immunologie et en cancérologie qu’en 2003 Trang Hoang a créé l’IRIC avec plusieurs collègues.

« Pour travailler sur une question, aller chercher des collègues qui apportent des connaissances auxquelles on n’a pas été exposé est très enrichissant », indique celle qui a aussi pu contribuer à former la nouvelle génération de chercheurs en dirigeant de 1997 à 2013 les programmes de cycles supérieurs en biologie moléculaire à l’UdeM, les premiers au Québec à être créés sous cet angle multidisciplinaire.

Toutefois, la pandémie a ralenti les activités de son laboratoire à l’IRIC. Par exemple, elle explique qu’il était difficile de s’approvisionner en matériel, qu’il soit question de pipettes ou d’anticorps. Puis, plusieurs grands organismes de bienfaisance qui financent la recherche dans le domaine du cancer avaient cessé de faire des collectes de fonds parce que leur cause n’était plus prioritaire pour les gens dans le contexte pandémique.

« Il a été plus difficile d’obtenir des fonds de recherche et d’embaucher des étudiants, mais heureusement, ça reprend », précise Trang Hoang qui a été nommée commandeur de l’Ordre de Montréal et officière de l’Ordre national du Québec en 2019.

Celle qui, enfant, s’amusait avec des tubes à essai pour faire des réactions chimiques plutôt qu’avec des jouets remarque tout de même que la pandémie nous a ouvert les yeux sur l’importance de la science.

« C’est la recherche qui nous a permis de trouver si rapidement des vaccins et si on n’avait pas eu cette capacité, on serait encore chez nous à éviter les contacts humains. »

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