Il faut accompagner la relève, peu importe le chemin choisi

Catherine Couturier
Collaboration spéciale
Selon le président de l’Acfas, la recherche a été essentielle pour mieux comprendre et traverser la crise de la COVID-19.
Getty Images Selon le président de l’Acfas, la recherche a été essentielle pour mieux comprendre et traverser la crise de la COVID-19.

Ce texte fait partie du cahier spécial Relève en recherche

La grande majorité des étudiants des cycles supérieurs occuperont un emploi à l’extérieur du monde universitaire. Pour eux, comme pour ceux qui choisissent la voie de la recherche universitaire, les défis sont multiples. L’Association francophone pour le savoir (Acfas) est là pour eux, notamment grâce aux Journées de la relève en recherche, qui se tiendront du 25 octobre au 1er novembre.

« Les étudiants et les chercheurs postdoctoraux évoluent dans un environnement complexe : les études supérieures sont très disciplinaires, mais le monde du travail est de plus en plus interdisciplinaire », confie d’emblée Jean-Pierre Perreault, président de l’Acfas. Parmi les détenteurs d’un doctorat, moins de 20 % poursuivront une carrière universitaire. C’est donc dire que la grande majorité des étudiants des cycles supérieurs occuperont un emploi différent de celui de tous les professeurs qui les ont formés.

Photo: Michel Caron Jean-Pierre Perreault

En plus de devoir devenir experts de leur discipline, les étudiants des cycles supérieurs doivent développer plusieurs compétences transversales. « Les Journées de la relève en recherche s’inscrivent dans cette logique », explique le président. Elles donnent l’occasion aux étudiants de réfléchir au type de carrière qu’ils envisagent, et d’acquérir ces compétences additionnelles qui sont plus difficiles à développer dans le cadre de leurs activités de recherche habituelles.

Les compétences transversales nécessaires sur le marché du travail varieront selon le domaine de formation et la carrière envisagée : vulgarisation, connaissance de la propriété intellectuelle, gestion de projet, pédagogie. « C’est très spécifique à chacun, mais ça doit faire partie de la réflexion », observe M. Perreault.

Des Journées pour se former

Les Journées de la relève de l’Acfas comportent deux volets : amener les étudiants à entreprendre un cheminement intellectuel et à découvrir toutes les possibilités d’emploi, et leur faire prendre conscience des compétences nécessaires pour bien s’y préparer.

L’Acfas tiendra pour la deuxième fois une édition entièrement virtuelle de ces 9es Journées. « Ce qu’on perd en chaleur humaine, on le gagne en accessibilité », note toutefois le président. La programmation s’étendra cette année sur sept jours, soit deux journées de plus que lors de l’édition de 2020, qui était déjà passée de deux à cinq jours.

« Ça nous permet d’exposer les étudiants à un certain nombre de modèles, avec des gens qui occupent des carrières plus larges que la recherche universitaire », fait remarquer Jean-Pierre Perreault. L’événement s’amorcera le lundi 25 octobre par une table ronde qui rassemble d’anciens doctorants aux parcours variés et qui ont des carrières non traditionnelles : Nadia Al-Banna, gestionnaire de programme dans un centre de recherche, Tina Gruosso, scientifique dans une société de biotechnologie, Serge Dupuis, historien professionnel, et Mathieu Vick, chercheur au Syndicat canadien de la fonction publique au Québec. Seule activité accessible sans inscription, la table ronde sera également diffusée sur la page Facebook de l’organisme.

20 %

C’est le pourcentage maximal de détenteurs d’un doctorat qui poursuivront une carrière universitaire.

Grande nouveauté cette année : l’ajout d’une journée de blitz de vulgarisation, qui clôturera la semaine. Ce « vulgarisathon » se tiendra le lundi 1er novembre. Cinq groupes de dix personnes se réuniront en ligne avec un accompagnateur pour concevoir une œuvre de vulgarisation scientifique en français (texte, audio, bande dessinée, vidéo, blogue), qu’ils présenteront en fin de journée. Les participants acquerront ainsi des compétences transversales essentielles à leur carrière.

Réseautage en ligne

En plus des 17 ateliers donnés par des scientifiques et des professionnels, les Journées de la relève offrent quelques activités de réseautage, notamment une organisée par les Fonds de recherche du Québec. Les étudiants pourront discuter avec le scientifique en chef, Rémi Quirion, et l’équipe des Fonds. « C’est une belle occasion d’aller questionner notre scientifique en chef », croit M. Perreault.

L’événement devrait accueillir virtuellement environ 200 personnes. Les participants auront ensuite accès à une boîte à outils en ligne. S’il est obligatoire de s’inscrire au préalable, les ateliers et autres activités sont totalement gratuits, un point important étant donné que le soutien financier durant les études est un autre défi majeur à relever pour certains étudiants à la maîtrise et au doctorat.

C’est d’ailleurs l’une des choses que l’Acfas met en avant dans un mémoire déposé dans le cadre des consultations pour la Stratégie québécoise de la recherche et de l’innovation 2022. L’organisme recommande d’augmenter le nombre et le montant des bourses offertes aux étudiants. « C’est tentant de quitter ses études et d’accepter un emploi avant d’obtenir son diplôme, surtout dans certains domaines où les travailleurs sont très demandés, comme l’informatique », constate M. Perreault.

La science au cœur de la société

Même s’ils ne poursuivent pas une carrière universitaire, les étudiants des cycles supérieurs jouent et joueront un rôle essentiel dans la recherche comme dans la société. « Je crois foncièrement que les étudiants sont responsables de l’innovation aux cycles supérieurs », affirme Jean-Pierre Perreault. Pour cultiver cette innovation, il faut mettre en place un cadre le plus stimulant possible, par l’université, le superviseur et les organismes comme l’Acfas.

La recherche occupe aussi une place importante hors des murs de l’université. « La mission de l’Acfas, c’est de promouvoir la recherche, l’innovation et la culture scientifique. Ça ne s’arrête pas à la recherche universitaire », souligne le président.

Personne ne peut prétendre connaître les besoins futurs. Quand ça dérape, on est toujours content d’avoir un spécialiste sous la main.

 

Notre société du savoir doit donc s’assurer de diplômer de plus en plus d’étudiants. Un défi de taille, étant donné la pénurie de main-d’œuvre dans laquelle le Québec est plongé et l’attrait du marché du travail. « C’est un élément important, la recherche fait avancer la société. Au lendemain de la pandémie, il ne faut pas l’oublier », rappelle celui qui est aussi professeur au Département de biochimie et de génomique fonctionnelle à l’Université de Sherbrooke.

« On veut avoir une société du savoir ; ça commence par l’éducation », poursuit-il. Le spécialiste de l’ARN rappelle également que la recherche a été essentielle pour mieux comprendre et traverser la crise qui nous a secoués, tant en santé ou en économie, lors de la relance, qu’en psychologie pour mieux comprendre le stress et l’anxiété générés par ces événements.

« Ça prend une vue à 360 degrés de la connaissance. Il est important de soutenir l’ensemble des étudiants des cycles supérieurs. Personne ne peut prétendre connaître les besoins futurs. Quand ça dérape, on est toujours content d’avoir un spécialiste sous la main », conclut-il. 

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