Transformer la recherche du génie québécois en richesse

Pierre-Yves Robert
Collaboration spéciale
Selon les données de la Banque mondiale, le Canada est le troisième pays au monde, après la Finlande et les États-Unis, en matière de talents deeptech par habitant.
Image: iStock Selon les données de la Banque mondiale, le Canada est le troisième pays au monde, après la Finlande et les États-Unis, en matière de talents deeptech par habitant.

Ce texte fait partie du cahier spécial Génie québécois

Le génie québécois vit des années fastes, particulièrement en matière de recherche et développement. Terreau fertile d’innovation, le savoir-faire qui se développe ici se multiplie dans plusieurs secteurs, notamment dans le domaine des sciences appliquées. Mais si l’attractivité du Québec passe souvent par le calibre de ses cerveaux, plusieurs défis demeurent.

Intelligence artificielle, robotique, locomotisation, quantique, matériaux avancés, semi-conducteurs et autres dispositifs médicaux : la quantité de projets de recherche affiliés au deeptech qui se développent au Québec est remarquable, indique David Charbonneau, fondateur et directeur de Boreal Ventures, un fonds d’investissement dont la mission est de soutenir les entreprises innovantes en sciences appliquées du Québec. Tous ont en commun de chercher à répondre à des besoins technologiques précis, qui serviront ensuite de futurs partenaires d’affaires.

« Le deeptech, c’est la fondation sur laquelle on peut bâtir d’autres technologies, explique David Charbonneau. C’est la plomberie d’une maison. C’est de l’innovation qui passe par une composante de recherche et développement. On a beaucoup investi au Québec par le passé dans les technologies logicielles, qui répondent à des besoins précis, mais on voit présentement un retour de balancier dans le domaine de la recherche appliquée. Parce qu’il y a un besoin mondial en développement de nouvelles technologies afin d’apporter de la valeur ajoutée sur le marché. »

Abstraite pour plusieurs, cette définition prend tout son sens dans les projets de « fleurons en devenir », précise-t-il, des compagnies d’ici qui tentent de marier « le technique et l’entrepreneuriat ».

Des innovations méconnues

 

La montréalaise Vention propose de l’équipement industriel automatisé. À la manière de blocs Lego, Vention offre des ensembles de pièces qui peuvent être utilisés sur une chaîne de montage et assemblés soi-même. Une « technologie révolutionnaire dans le domaine de la robotisation industrielle », selon David Charbonneau, et la façon la plus simple de concevoir et commander des équipements automatisés pour bonifier la capacité de production d’entreprises diverses.

Boréas Technologies, à Bromont, conçoit quant à elle des semi-conducteurs qui réduisent la consommation énergétique et améliorent l’expérience tactile de nos outils technologiques, comme le téléphone cellulaire et l’ordinateur portable. Une solution qui pourrait métamorphoser l’électronique, étant donné que les surfaces tactiles deviennent la norme, de la téléphonie à l’automobile en passant par la domotique.

De son côté, Sollum Technologies propose des solutions d’éclairage à des années-lumière des autres technologies en agriculture. En répliquant différentes longueurs d’onde en serre, l’éclairage intelligent de Sollum rend possible la culture partout sur la planète de produits d’exception, comme le piment de Toscane ou le citron japonais, grâce à la reproduction fidèle du cycle de la lumière du soleil de leur milieu naturel.

Autant d’exemples de projets québécois innovants qui réussissent à « dompter le monde des affaires », le principal défi auquel font face les chercheurs d’ici, explique Pascal Monette, président-directeur général de l’Association pour le développement de la recherche et de l’innovation du Québec (ADRIQ).

« L’innovation implique une notion de rentabilité, explique Pascal Monette. On invente souvent de nouveaux dispositifs, mais on oublie parfois que ça prend un marché pour faire vivre ces innovations. Mais une innovation sur le plancher amène ensuite une nouvelle forme de productivité. L’enjeu actuel en ingénierie, c’est de parvenir à introduire ces nouveaux produits au plus grand nombre. On a pourtant le bassin de chercheurs et les infrastructures nécessaires pour aider nos entreprises à grandir. »

Le Québec, terre de développement

 

Reconnue comme un pôle universitaire de calibre international, Montréal est au cœur de l’attractivité du Québec en matière d’ingénierie. Selon les données de la Banque mondiale, le Canada est d’ailleurs le troisième pays au monde, après la Finlande et les États-Unis, en matière de talents « deeptech » par habitant. Mais la présence de centres de recherche d’envergure n’est pas la seule manière par laquelle la province doit réussir à se démarquer, croit Pascal Monette.

« Le Québec est perçu à l’international comme une terre de développement. On a des universités performantes, des centres de recherche d’élite, et des secteurs comme le pôle aéronautique ont laissé un legs historique en matière de talent et d’expertise. On sait ce que l’on est en mesure de faire, mais on doit maintenant apprendre à transformer ce que l’on fait en richesse. »

Faire rayonner l’expertise d’ici à l’international est une mission centrale du fonds Boréal Ventures, qui cherche justement à tisser des liens entre la recherche universitaire québécoise et l’écosystème entrepreneurial mondial, avec des retombées à la clé. À la différence que ces bénéfices ne passeront plus par un ou deux fleurons d’envergure, comme à une certaine époque, mais par un champ de jeunes pousses enracinées dans un « terreau fertile d’innovation », conclut David Charbonneau.

« Pendant des années, on était fiers de Bombardier et de ses avions, fiers des constructions de SNC-Lavalin. J’ai l’impression qu’on a perdu un peu de cette fierté dans nos fleurons québécois. Je crois fortement que l’avenir du génie québécois ne passe pas par une seule compagnie, mais par un terreau fertile d’innovation. On n’a pas besoin d’être la Silicon Valley. On doit seulement être le Québec et mettre en valeur nos réalisations, et on va tirer notre épingle du jeu à l’international. »

À voir en vidéo