L'AUF organise les Premières Assises de la francophonie scientifique

Jean-Benoît Nadeau
Collaboration spéciale
Plus de 15 000 personnes ont été consultées, dont les ministres francophones de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.
Photo: AUF Plus de 15 000 personnes ont été consultées, dont les ministres francophones de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

Ce texte fait partie du cahier spécial Les 60 ans de l'AUF

Les Premières Assises de la francophonie scientifique, qui ont eu lieu les 22 et 23 septembre derniers, sont certainement la grande fierté de Slim Khalbous, recteur de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF). Pas seulement parce qu’il s’agit d’une première en 60 ans, mais parce que les Assises marquent une métamorphose en profondeur de l’agence dans ses façons de faire.

« Penser et concevoir des programmes pour les autres sans les consulter, c’est fini. Même avec la meilleure bienveillance, ça ne marche pas. Ceux qui ont besoin d’aide connaissent les raisons de leurs problèmes », explique cet ancien ministre tunisien de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique et ancien doyen de HEC Tunis-Université de Carthage. « Il faut poser la question aux gens qu’on est censé aider. »

« Désormais, nos programmes seront directement issus de besoins exprimés par nos partenaires et nos membres », promet Slim Khalbous, pour qui ce travail d’écoute est LE changement de paradigme à l’AUF. « Par le passé, on proposait des programmes très intéressants aux universités, mais bien souvent, elles ne pouvaient pas les mettre en application parce que les règles du pays ne le permettaient pas. J’ai moi-même vécu ce problème. Ce n’était pas possible de continuer comme ça. »

Vaste consultation

Les Premières Assises sont l’aboutissement d’une consultation mondiale inédite entreprise par l’AUF en 2020 qui s’est traduite par un livre blanc et qui s’exprime à travers la Stratégie 2021-2025 approuvée par l’Assemblée générale quadriennale.

Le mot le plus important ici est « première » : ça ne s’était jamais fait. « Nous voulions entendre les gens sur leurs besoins et leurs priorités en matière éducative et universitaire », explique le recteur de l’organisation mondiale.

Et comme la francophonie scientifique englobe l’ensemble des systèmes éducatifs et prend en compte toute la chaîne de la formation, du primaire au 3 cycle, il fallait pouvoir tout mettre sur la table, aussi bien les questions de brevet et de transfert technologique que la coopération et la diplomatie, en passant par l’employabilité et l’insertion professionnelle dans des contextes nationaux contrastés.

En tout, ce sont 15 000 personnes, dont 13 000 étudiants et plus de 2000 cadres, décideurs et professeurs, qui ont été entendus en quelques mois. « Nous avons interrogé les jeunes, les doctorants, les professeurs, les doyens, les chefs de laboratoire, énumère Slim Khalbous. Ensuite, les ministres de l’Éducation, leurs conseillers et les acteurs de la société civile, les entreprises, les associations, les agences d’accréditation. » Bref, tout ce qui grouille et scribouille autour de l’université.

Jean-François Lancelot, directeur des réseaux à l’AUF, fait partie des 139 employés de l’association qui ont participé à cette étape de consultation. « J’ai participé au volet formation et recherche. Il fallait envoyer des formulaires, passer des entretiens directifs et semi-directifs. Une autre équipe traitait les réponses et ça nous revenait pour l’analyse de milliers de pages de retranscriptions et de tableaux. Un gros boulot, très sérieux. »

Slim Khalbous en est d’autant plus fier que l’opération, qui a mis plus d’un an, n’a pas coûté très cher malgré son ampleur. « Nous avons utilisé nos réseaux internes. Nous sommes présents dans 50 pays et les universitaires sont entraînés pour ce genre d’enquête. »

La machine des Assises

Les Premières Assises de la francophonie scientifique sont structurées autour du Livre blanc de la francophonie scientifique, qui synthétise cette grande consultation.

« Le livre blanc a permis de dégager les axes majeurs et les besoins réels qui sont devenus la base des Assises », dit Jean-François Lancelot, très impliqué dans l’organisation des Premières Assises.

Réalisées en formule hybride, les Premières Assises comptaient 1500 inscrits à dix ateliers de six heures chacun, réalisés en trois séances.

Les cinq ateliers disciplinaires correspondaient aux cinq grands bras des universités (sciences de la santé, sciences et techniques, sciences humaines, sciences sociales et sciences de gestion). Quant aux cinq ateliers stratégiques, ils tournaient autour des grands enjeux établis (réseautage et coopération internationale, transformation numérique et gouvernance universitaire, employabilité et entrepreneuriat, formation des formateurs et innovation pédagogique, recherche et développement).

Chaque atelier, outre ses modérateurs, avait son comité scientifique, présidé par un membre du conseil scientifique de l’AUF avec trois spécialistes de la thématique. Les dix comités scientifiques ont dû faire le tri dans les 300 mémoires déposés pour en retenir 100, qui ont été présentés et discutés.

Des solutions concrètes

Jean-François Lancelot explique que le défi des Assises était tout autre que celui des grands colloques classiques bâtis autour d’une thématique précise comme les relations universités entreprises, la mobilité ou l’université et la ville. « Le but était de mettre des idées sur une stratégie qui peut se résumer à faire de la francophonie scientifique une force qui compte. »

Ces Assises visaient donc tout autre chose que de simplement publier des actes qui iront garnir des rayons de bibliothèques. « On a fait travailler nos gens pour avoir des idées, des solutions concrètes », dit Jean-François Lancelot. « La stratégie est déterminée par les instances. Les Assises visent à faire sortir le plan d’action, le contexte opérationnel de cette stratégie. »

Maintenant que la consultation est faite, Jean-François Lancelot a très hâte de mettre en œuvre la stratégie, pour en faire profiter les membres et s’assurer que les progrès touchent le plus de gens possible. « Nous aurons atteint notre objectif si nous sommes utiles à nos membres et s’ils sont satisfaits du résultat. »

Une synthèse gigantesque

Cette grande consultation a fait l’objet d’une grande synthèse, le Livre blanc de la francophonie scientifique, dévoilé à l’Assemblée générale quadriennale. Ce livre de plus de 200 pages d’analyses thématiques et géographiques, de tableaux, de graphiques, avec un accent particulier sur 41 pays, déborde d’informations sur le profil des répondants et sur leurs demandes dans presque toutes les sphères du savoir, et sur tous les enjeux imaginables du secteur universitaires, tant pour l’enseignement, la formation que la recherche. Ses conclusions et observations donneront du grain à moudre aux instances de l’AUF et au personnel pour plusieurs années, explique Slim Khalbous. « Ce succès vient maintenant avec une grosse responsabilité, celle de la mise en œuvre. »

 

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