Merck annonce la création d’un médicament expérimental contre la COVID-19

Le molnupiravir fonctionne en interférant avec une enzyme que le SRAS-CoV-2 utilise pour copier son code génétique et se reproduire. 
Photo: Merck via Agence France-Presse Le molnupiravir fonctionne en interférant avec une enzyme que le SRAS-CoV-2 utilise pour copier son code génétique et se reproduire. 

Le laboratoire américain Merck a déclaré vendredi que son médicament expérimental pour traiter la COVID-19 réduisait de moitié les hospitalisations et les décès chez les personnes récemment infectées par le coronavirus.

La société compte bientôt demander aux autorités sanitaires des États-Unis et des autres pays d’autoriser son utilisation.

S’il est autorisé, le médicament de Merck serait le premier comprimé à traiter la COVID-19, une avancée potentiellement majeure dans les efforts de lutte contre la pandémie. Tous les traitements contre la COVID-19 actuellement autorisés aux États-Unis nécessitent une injection.

Merck a précisé vendredi vouloir déposer un dossier auprès de l’Agence américaine du médicament (FDA) « aussi rapidement que possible », sans pour autant donner plus de précisions.

Anthony Fauci, le conseiller de la Maison-Blanche sur la crise sanitaire, a déjà estimé que les données de l’essai clinique étaient « impressionnantes ».

Selon Merck et son partenaire Ridgeback Biotherapeutics, les premiers résultats ont montré que les patients qui avaient reçu le médicament, appelé molnupiravir, dans les cinq jours suivant l’apparition de symptômes de la COVID-19 avaient environ la moitié du taux d’hospitalisation et de décès des patients qui avaient reçu un placebo. L’étude a suivi 775 adultes atteints de la COVID-19 aux prises avec des symptômes légers à modérés qui étaient considérés comme présentant un risque élevé de maladie grave en raison de problèmes de santé tels que l’obésité, le diabète ou une maladie cardiaque.

Parmi les patients traités au molnupiravir, 7,3 % avaient été hospitalisés ou étaient décédés après 30 jours, contre 14,1 % de ceux qui ont pris le placebo. Il n’y a eu aucun décès après cette période dans le groupe qui a pris le médicament, contre huit dans le groupe témoin, selon Merck.

Les résultats ont été publiés par la société et n’ont pas fait l’objet d’un examen par les pairs. Merck envisage de les présenter lors d’une future réunion médicale.

Un groupe d’experts médicaux indépendant qui surveillait l’essai a recommandé de l’arrêter tôt, car les résultats intermédiaires étaient solides. Les dirigeants de l’entreprise ont déclaré qu’ils étaient en pourparlers avec la FDA et qu’ils prévoyaient soumettre les données à un examen dans les prochains jours.

De grands espoirs

« Cela a dépassé ce que je pensais que le médicament pourrait être capable de faire dans cet essai clinique », a déclaré le Dr Dean Li, vice-président à la recherche chez Merck. « Lorsque vous constatez une réduction de 50 % des hospitalisations ou des décès, cela a une portée clinique substantielle. »

Des effets secondaires ont été signalés par les deux groupes, mais ils étaient légèrement plus fréquents dans le groupe ayant reçu un placebo. L’entreprise n’a pas précisé quels étaient ces effets.

Les résultats d’études antérieures ont montré que le médicament n’a pas été bénéfique pour les patients déjà hospitalisés avec une forme grave de la maladie.

Les États-Unis ont approuvé un médicament antiviral, le remdésivir, spécialement pour la COVID-19, et ont autorisé l’utilisation d’urgence de trois traitements par anticorps, qui aident le système immunitaire à combattre le virus. Mais tous les médicaments doivent être administrés par injection dans des hôpitaux ou des cliniques médicales, et les stocks ont été épuisés par la dernière vague du variant Delta.

Les experts de la santé, parmi lesquels le conseiller du gouvernement américain sur la pandémie, le Dr Anthony Fauci, réclament depuis longtemps un comprimé pratique que les patients pourraient prendre dès l’apparition des premiers symptômes de la COVID-19, de la même manière que le médicament antigrippal Tamiflu aide depuis des décennies à lutter contre la grippe. Ces médicaments sont considérés comme essentiels pour limiter les futures vagues d’infections et les répercussions de la pandémie.

La pilule de Merck interfère avec un enzyme que le SRAS-CoV-2 utilise pour copier son code génétique et se reproduire. Elle a montré une activité similaire contre d’autres virus.

Le gouvernement américain s’est engagé à acheter 1,7 million de doses du médicament s’il est autorisé par la FDA. Merck a déclaré qu’elle pouvait produire 10 millions de doses d’ici la fin de l’année et qu’elle avait des contrats avec des gouvernements du monde entier. La société n’a pas annoncé de prix.

Plusieurs autres sociétés, dont Pfizer et Roche, étudient des médicaments similaires pour lesquels des résultats pourraient paraître dans les semaines et les mois à venir.

Merck avait prévu inscrire plus de 1500 patients à son essai de stade avancé avant que le conseil indépendant ne l’arrête prématurément. Les résultats rapportés vendredi comprenaient des patients inscrits en Amérique du Nord, en Amérique latine, en Europe et en Afrique.



À voir en vidéo