À quoi ressemblera la situation de la COVID-19 cet automne au Québec?

Tandis que le nombre de cas de COVID-19 s’accroît en cette fin d’été, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur ce qui nous attend cet automne. Subirons-nous une quatrième vague aussi dévastatrice que celle qui déferla l’automne dernier ? La rentrée scolaire contribuera-t-elle à gonfler cette vague qui émerge ? Peut-on espérer célébrer Noël plus normalement cette année ? Des experts en infectiologie interrogés par Le Devoir font leurs prédictions.

Doit-on s’attendre à une quatrième vague similaire à celle de l’automne dernier ?

Le Dr Don Vinh, infectiologue et microbiologiste au Centre universitaire de santé McGill (CUSM), ne croit pas que la situation deviendra aussi tendue qu’à l’automne dernier. « Nos taux de vaccination sont assez élevés, particulièrement chez les personnes de 60 ans et plus, dont plus de 90 % sont désormais complètement vaccinées. Les personnes qui demeurent les plus vulnérables face à la COVID-19 ne sont plus les aînés, mais les personnes immunodéprimées en raison d’une greffe ou d’un cancer, qui répondent moins bien aux vaccins, ainsi que celles qui ne sont pas vaccinées ou qui le sont partiellement, et qui sont surtout des jeunes », fait-il remarquer.

Même si cette vague [automnale] a débuté plus tôt que l’an dernier, le taux d’hospitalisation devrait être nettement inférieur par rapport à ce qu’on a vécu dans le passé étant donné que nous avons une bonne couverture vaccinale

Cette quatrième vague concernera donc une nouvelle catégorie d’individus composée d’« une minorité de personnes immunodéprimées qui sont habituellement très prudentes et risquent peu de devenir infectées, et d’une majorité de personnes plus jeunes, soit de jeunes adultes dont le taux de vaccination est sous-optimal puisqu’il varie entre 62 et 66 %, et des enfants de moins de 12 ans qui ne sont pas encore admissibles à la vaccination pour l’instant. Cette quatrième vague se traduira probablement par un plus grand nombre d’enfants et de jeunes adultes qui auront besoin d’être hospitalisés et qui nécessiteront des soins intensifs, mais ce nombre ne devrait pas atteindre ceux qu’on a observés chez les aînés l’automne dernier », souligne le Dr Vinh.

« Durant les premières vagues, on disait que les enfants n’étaient pas infectés, ou du moins pas sévèrement affectés par la COVID-19, mais le variant Delta a changé les choses. On voit dans plusieurs pays, tels que les États-Unis, la Grande-Bretagne et le Brésil, que les enfants ne sont pas seulement infectés par le SRAS-CoV-2, mais qu’ils sont aussi hospitalisés et parfois gravement malades, et qu’ils transmettent l’infection », poursuit-il.

La vague qui déferlera cet automne ne devrait pas être aussi grave que celle de l’automne dernier, abonde le spécialiste en virologie Benoît Barbeau, du Département des sciences biologiques de l’UQAM. « Même si cette vague [automnale] a débuté plus tôt que l’an dernier, le taux d’hospitalisation devrait être nettement inférieur par rapport à ce qu’on a vécu dans le passé étant donné que nous avons une bonne couverture vaccinale, et ce, avec des vaccins qui sont efficaces contre le variant Delta. Mais cela reste une prédiction, car on ne sait jamais comment le virus va réagir face à une population qui est assez bien vaccinée, et comment la population va se conformer aux mesures. »

La rentrée scolaire favorisera-t-elle une recrudescence des infections ?

« Les mesures sanitaires qui ont été annoncées au début d’août n’étaient pas adéquates pour faire face à ce qui pourrait arriver », affirme le Dr Vinh. On annonçait par exemple que le masque ne serait pas requis durant les cours dans les cégeps et les universités, ainsi que dans les classes du secondaire et du primaire. « Il s’agissait de mesures que la majorité des établissements croyaient inadéquates, au point où ils s’apprêtaient à adopter leurs propres mesures qui prévoyaient le port obligatoire du masque en classe », dit-il.

Le Dr Vinh et M. Barbeau se réjouissent des nouvelles directives annoncées par les ministres McCann et Roberge qui imposent le port du masque en tout temps à l’intérieur, y compris en classe.

L’abandon des « bulles-classes » ne déçoit pas M. Barbeau, car les maintenir « est extrêmement difficile ». Mais il aurait préféré que le port du masque soit obligatoire dans les écoles de toutes les régions du Québec. « Alors qu’une quatrième vague vient de débuter, il vaut mieux exagérer un peu les mesures. Il est préférable d’être contraint de porter un masque que de devoir se confiner à nouveau comme à la fin de 2020 ! » fait-il valoir.

Alors qu’une quatrième vague vient de débuter, il vaut mieux exagérer un peu les mesures

« À mesure que les semaines passeront, nous verrons comment évolueront la COVID-19 et les autres virus, et alors on pourra peut-être alléger les mesures. Mais en faisant le contraire, c’est-à-dire commencer l’année scolaire sans mesures sanitaires strictes, on risque de régresser dans notre gestion de la pandémie et en arriver à l’obligation de refermer les écoles si les contaminations augmentent », ajoute le Dr Vinh.

En regardant ce qui s’est passé notamment dans le Sud et en Europe, M. Barbeau prédit que « malgré le port du masque obligatoire, il y aura des éclosions, et cela est d’autant plus probable avec un variant plus contagieux comme le Delta. Non seulement la rentrée scolaire, mais aussi le retour sur les lieux de travail favoriseront l’accroissement des nouveaux cas de COVID-19 et des éclosions », prévoit-il.

Le Dr Vinh croit que « si on peut augmenter le taux de vaccination des étudiants des universités et des cégeps au cours des deux prochains mois, tout en maintenant le port du masque en classe, on pourra éviter un désastre dans ce groupe d’individus ».

La baisse des températures qui limitera les activités extérieures risque-t-elle d’augmenter le nombre de contaminations ?

M. Barbeau ne croit pas qu’il deviendra nécessaire de resserrer les mesures quand les températures forceront les gens à rentrer à l’intérieur. « Les restrictions actuelles seront probablement suffisantes. Mais on devra laisser en vigueur encore longtemps des mesures comme le port du masque, un nombre restreint de personnes que l’on peut recevoir chez soi et le passeport vaccinal, qui limitera le risque de transmission dans les lieux publics et les activités à haut risque de contamination. Ces mesures devraient nous aider à contrôler cette quatrième vague sans qu’on ait besoin d’ajouter des mesures encore plus restrictives. Évidemment, ce sont des prédictions, car nous ne disposons pas de preuves nous indiquant que les vaccins sont encore efficaces six, voire neuf mois après leur administration. Ce point demeure nébuleux, tout comme celui de l’arrivée de variants de l’extérieur, qui pourraient changer la donne », avance-t-il.

Quel sera le quotidien des personnes doublement vaccinées ?

À partir du 1er septembre, grâce à leur passeport vaccinal, les personnes doublement vaccinées auront accès aux gyms, aux bars, aux restaurants, aux salles de spectacle, ainsi qu’à diverses activités sportives et parascolaires impliquant des contacts étroits. « Le passeport vaccinal pourrait même être exigé à l’université et pour voyager à l’étranger, voire d’une province à l’autre. Les personnes adéquatement vaccinées vont véritablement bénéficier d’avantages », précise M. Barbeau.

« Les personnes adéquatement vaccinées doivent toutefois demeurer prudentes, car elles peuvent quand même être infectées et devenir contagieuses, et de ce fait transmettre le virus. C’est pour cette raison que certaines mesures, comme le port du masque, doivent être respectées par tout le monde, y compris les personnes doublement vaccinées », souligne le chercheur.

« Des personnes ayant reçu leurs deux doses de vaccin depuis plus de deux semaines pourraient se côtoyer sans masque, ajoute le Dr Vinh. Mais quand elles entreront dans un lieu public où on ne sait pas si toutes les personnes présentes ont été complètement vaccinées, elles devront porter un masque. La double vaccination n’élimine pas le risque de transmission, elle réduit seulement la période de transmission, le risque d’être gravement malade et d’être hospitalisé.»

« Même si, actuellement, 75 % de la population admissible à la vaccination est complètement vaccinée, il en reste un quart qui peut être infecté et qui peut permettre au virus de se propager, fait-il remarquer. Compte tenu de cette situation, les personnes doublement vaccinées peuvent contracter le virus et le transmettre. Leur période de contagiosité est toutefois réduite — elle n’est plus que de trois à six jours — par rapport à celle des personnes non vaccinées, qui est de sept à quatorze jours », précise le Dr Vinh.

 

Recevrons-nous une dose de rappel cet automne ?

Au Québec, seules les personnes immunodéprimées qui ont une maladie chronique devraient recevoir une troisième dose de vaccin. Il s’agira d’une troisième dose identique aux deux premières.

« Les vaccins actuels demeurent efficaces contre le variant Delta, mais pour neutraliser ce dernier, un niveau élevé d’anticorps est requis. Or, les vaccins actuels induisent des niveaux d’anticorps très élevés au début, mais ces niveaux diminuent graduellement. Pour cette raison, les États-Unis ont proposé d’administrer une troisième dose à tout le monde dans le but de remonter le niveau sérique d’anticorps. Le Canada n’a pas encore pris une telle décision, avec raison parce que le contexte canadien est très différent de celui des États-Unis, où seulement 30 % de la population est complètement vaccinée », détaille le Dr Vinh, avant de souligner la question éthique que soulève une telle démarche vis-à-vis des pays pauvres.

« Si on administre une troisième dose dans les pays bien nantis, on vaccinera moins dans les pays pauvres où la population est encore peu ou pas vaccinée, et cette situation sera propice au développement de nouveaux variants qui pourront se propager jusqu’ici », fait remarquer M. Barbeau.

Pourrons-nous célébrer Noël normalement ?

« Si on parvient à contrôler la transmission et à respecter les quelques mesures sanitaires en vigueur, on devrait pouvoir se rencontrer à Noël, sans pour autant faire des rencontres familiales aussi importantes que celles d’avant la pandémie », croit Benoît Barbeau.

Le Dr Vinh affirme pour sa part que « tout dépend de ce qu’on fera durant les quatre mois qui nous séparent de Noël. Quatre mois sont suffisants pour recevoir deux doses de vaccin et être complètement protégés. Tout est encore possible pour qu’on puisse fêter Noël en famille. Dans les lieux publics, comme les magasins, je ne suis pas certain qu’on pourra enlever le masque, mais avec la famille dont on sait que tout le monde est complètement vacciné et qu’il n’y a pas de personnes immunodéprimées, on pourrait envisager un Noël un peu plus normal… mais pas complètement normal avec les enfants qui partagent leurs jouets, parce que ces derniers n’auront pas été vaccinés. Quant aux partys de bureau et aux potlucks, on ne sera pas prêts pour ça encore. »

 

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