Ex-rédacteur en chef de Nature - John Maddox défend la science avant tout

L'ex-rédacteur en chef de la prestigieuse et très renommée revue scientifique Nature, Sir John Maddox, dénonce les freins que plusieurs veulent imposer au développement scientifique et économique.

Physicien de formation, journaliste, écrivain et rédacteur en chef de la revue Nature pendant 22 ans, ce britannique d'origine galloise est cette semaine l'invité d'honneur de l'université McGill à l'occasion des grandes conférences publiques Beatty. Dans son allocution intitulée What remains to be discovered, Sir Maddox se fera devin ou du moins exposera ses vues quant aux voies que devrait prendre le développement scientifique au cours du prochain siècle.

Avec son esprit futuriste, John Maddox considère très sérieusement l'éventualité qu'un astéroïde percute la Terre et anéantisse du coup l'humanité. Un tel caillou venu du ciel a bien entraîné l'extinction des dinosaures il y a 65 millions d'années, dit-il. Afin de faire face à cette éventualité, il souhaiterait que les grandes puissances dotées de l'arme nucléaire s'accordent pour autoriser son usage dans le but de détruire un astéroïde qui ferait route en direction de la Terre. Car les traités internationaux qui ont actuellement cours interdisent tout déploiement de l'arme nucléaire, s'inquiète-t-il.

Le réchauffement climatique a été grandement surestimé, soutient par ailleurs M. Maddox. Pour cette raison, il ne voit absolument pas l'urgence d'adopter des modes de production d'énergie plus propres et renouvelables comme l'éolienne. Le Protocole de Kyoto lui apparaît une contrainte irréalisable pour son pays. La protection de l'environnement dont les coûts sont assumés par la communauté exige une augmentation de la richesse, obtenue par une plus grande croissance économique.

Sur un autre registre, John Maddox ne voit aucun problème éthique à produire des embryons à des fins de recherche. "Il n'y a aucune offense à la dignité humaine étant donné le potentiel que ces recherches [sur des embryons] offre en termes de bénéfices thérapeutiques pour un grand nombre de personnes", affirme-t-il sans ambages.

Par ailleurs, il s'inquiète de la détérioration du chromosome sexuel Y qui représente aujourd'hui l'une des principales causes d'infertilité chez l'humain... et qui pourrait mener éventuellement à une extinction de l'espèce humaine. Devant une telle menace, John Maddox croit que la population acceptera finalement que les généticiens interviennent au niveau des cellules germinales - produisant ovules et spermatozoïdes -, chose qu'ils se sont jusqu'à maintenant refusés à faire. L'élimination d'un défaut génétique sur ces cellules permettrait d'effacer ce défaut chez tous les descendants d'un individu. Il serait ainsi possible d'éradiquer des maladies graves comme la fibrose kystique et l'hémophilie... mais aussi de glisser vers l'eugénisme. John Maddox l'admet sans avoir mauvaise conscience. "Si nous découvrions comment favoriser le développement des cellules nerveuses du cerveau de sorte à accroître l'intelligence, et que cette manipulation soit sans danger, je l'encouragerai", lance-t-il.

La discussion qui suivra la conférence que donnera Sir John Maddox demain soir (18 heures) à l'université McGill promet d'être animée...