Étonnante découverte d'un scientifique de l'université Queen's - Les poissons aussi auraient le mal des caissons

Tout comme l'homme peut souffrir de la décompression, le poisson peut être aux prises avec le mal des caissons s'il est ramené trop violemment d'une eau profonde à la surface. Voilà une affirmation qui pourrait légitimement susciter un certain scepticisme si elle n'était pas portée haut et fort par un ichtyologiste canadien de l'université Queen's.

Le chercheur Bruce Tufts est catégorique. Les difficultés d'un poisson qui a succombé au plaisir coupable de mordiller un appât ne prennent pas nécessairement fin avec son retour à l'eau, même s'il paraît ne pas en avoir souffert. «Selon nos résultats, lorsque les poissons sont ramenés rapidement de l'eau profonde jusqu'à la surface, ils souffrent du mal de décompression, tout comme les humains».

Première

C'est la première fois qu'une étude de cette envergure abordait de front les signes chimiques internes qui indiquent un problème de décompression. Au cours de ses trois années de recherche, l'équipe ontarienne a participé à un grand nombre de tournois de pêche à l'achigan à petite bouche, un terrain d'expérimentation parfaitement adapté à ses besoins.

Les conclusions des chercheurs sont étonnantes. Remontés au bout d'un hameçon d'une profondeur aussi faible que cinq mètres, l'achigan à petite bouche a montré des effets semblables à ceux expérimentés par des plongeurs en eaux profondes à leur arrivée à la surface lorsqu'ils remontent trop rapidement et que leur organisme n'a pas eu le temps nécessaire pour s'adapter.

«Lorsque nous avons parlé de ce phénomène dans des réunions scientifiques, beaucoup de mes collègues se sont exclamés: "Wow!" Ils étaient réellement surpris», explique le biologiste. Et pour cause! Aucune donnée scientifique valable n'avait été colligée jusqu'à maintenant, outre les quelques anecdotes de pêcheurs à la ligne ayant observé des poissons dont la vessie gazeuse était si gonflée que cela les empêchait de se redresser, une fois remis à l'eau.

Les données recueillies par l'équipe du professeur Tufts devraient toutefois combler ce manque. En prélevant des échantillons de sang sur les poissons capturés lors des tournois, les chercheurs ont pu mesurer la présence d'enzymes indicateurs de dommages cellulaires, de la même façon qu'on analyse des échantillons de sang d'une personne pour déceler des dommages aux tissus lorsqu'on soupçonne qu'elle a fait une crise cardiaque.

«Selon la profondeur où le poisson se trouvait et le temps passé à la surface, on peut observer la formation de bulles de gaz dans le sang ainsi que la présence dans le sang d'enzymes qui indiquent des dommages aux tissus», note l'ichtyologiste, qui dit toutefois ignorer si le mal des caissons a un impact sur la survie dudit poisson, un facteur qui pourrait représenter un enjeu de conservation important pour les lacs profonds de l'Amérique du Nord, le cas échéant.

«À mon avis, s'ils sont libérés après une courte période, ils pourront en fait retourner à la bonne profondeur et ils se porteront bien», poursuit M. Tufts. Mais s'il croit que les poissons réussiraient ainsi ce que les humains accomplissent en utilisant une chambre de décompression, un doute raisonnable persiste, ouvrant la porte à un nouveau champ de recherche qu'il compte bien explorer.

Une décennie de recherche

Le biologiste Bruce Tufts compte une bonne décennie de travaux sur la maximisation de la méthode de capture et remise à l'eau pour la conservation des poissons en pêche sportive. Ses derniers travaux sur le mal des caissons des poissons — financés par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada CRSNG par Shimano Canada Limited — vaudront d'ailleurs à trois de ses étudiants une publication dans Transactions of the American Fisheries Society.

À l'université, l'équipe de Bruce Tufts se concentre sur trois domaines de recherche. Le premier consiste à comparer la physiologie des différents systèmes respiratoires pour voir comment ils ont innové au cours de l'évolution des vertébrés. Le second couvre la réponse physiologique et moléculaire du poisson soumis à un stress. Le dernier utilise des connaissances et des techniques de base issues de ses recherches fondamentales pour les appliquer à des problèmes socio-économiques en relation avec les pêcheries.