L'iPod défend sa suprématie

New York — Le succès commercial de l'iPod d'Apple fait des envieux chez ses rivaux, et le fabricant à la pomme, condamné aux seconds rôles sur le marché informatique, défend jalousement son titre de leader dans la musique numérique.

Apple, qui ne cesse de se réjouir de l'envolée des ventes de son baladeur numérique, dopées depuis un an par l'iTunes Music Store, a subitement changé de ton en apprenant qu'un concurrent dans la musique en ligne payante comptait profiter lui aussi de ce succès.

Le groupe de Steve Jobs a tout bonnement accusé de piraterie l'éditeur de logiciels RealNetworks, qui propose sur son site de téléchargement une application informatique multistandard permettant le transfert de chansons sur 70 modèles de baladeurs. Dont le fameux iPod.

«Nous sommes effarés que RealNetworks ait adopté des tactiques et une éthique de hacker pour forcer l'accès à l'iPod», a affirmé Apple, qui envisage de porter l'affaire devant la justice. RealNetworks a bien pris conscience que l'iPod devenait une sorte d'objet-culte, envahissant les rues des grandes villes ou les rames de métro, et il veut faire en sorte que les clients de RealPlayer Music Store n'en soient pas privés par la volonté d'Apple.

«C'est aux consommateurs, et non à Apple, de choisir quelle musique peut aller sur leur iPod», clame l'éditeur, connu d'abord pour ses logiciels média concurrents de Windows. Mais l'inventeur du Macintosh, réduit depuis vingt ans à moins de 5 % du marché des ordinateurs par l'hégémonie des systèmes Microsoft, entend contrôler lui-même l'alimentation de l'iPod, exclusivement réservée à son Music Store, d'autant que ce dernier surclasse les magasins concurrents.

Si Apple revendique 70 % du marché du téléchargement légal, dire qu'il maîtrise aujourd'hui avec son juke-box virtuel au moins 50 % du total — téléchargement et simple écoute sur PC par abonnement — est sans doute plus proche de la réalité, estiment les analystes.

Selon David Card, du cabinet d'études Jupiter Research, ce chiffre reste néanmoins synonyme de suprématie, permettant à Apple de ne pas se soucier des avances de RealNetworks, qui lui demandait depuis 2003 d'ouvrir l'accès à l'iPod.

«À long terme, c'est vrai que, s'il y a davantage de magasins fournissant de la musique à l'iPod, c'est bon pour les ventes de l'iPod. Mais, pour l'instant, Apple n'a pas besoin de céder sa technologie sous licence», souligne M. Card.

Pour étendre son influence, le fabricant préfère trouver de nouveaux distributeurs pour ses produits. Comme Hewlett-Packard, qui va commercialiser l'iPod de quatrième génération, ou Motorola, pour lequel sera conçu un logiciel de musique spécialement affecté aux téléphones portables.

C'est encore un joli coup, juge Steven Milunovich, de la banque d'affaires Merrill Lynch. «Faire en sorte que les usagers essaient iTunes sur leur téléphone portable les introduit vers la musique sur baladeur telle qu'Apple la propose», dit-il. Les ventes d'iPod pourraient à terme en bénéficier.

Nouant des alliances pour asseoir sa domination sur le marché du MP3, «Apple pourrait devenir le "Microsoft" de la musique», ajoute même M. Milunovich.

Une affirmation contestée par David Card, qui souligne les différences fondamentales: «Microsoft est une plate-forme de logiciels qui veut un maximum d'accords de licence, alors qu'Apple est un fabricant de matériel utilisant les logiciels pour différencier ce matériel».

Les deux rivaux devraient bientôt se retrouver à nouveau face à face, puisque Microsoft commencera à tester à la fin août, sur son portail Internet MSN, un service de téléchargement à l'unité, a rapporté vendredi le Financial Times.