Un délai plus long entre les deux doses pourrait renforcer la réponse immunitaire des aînés

Margaret Keenan, une Britannique de 90 ans, est devenue le 8 décembre 2020 la première personne dans le monde à recevoir le vaccin de Pfizer dans le cadre d’une campagne de vaccination non expérimentale. Depuis lors, l’intervalle entre les deux doses a fait l’objet de débats.
Photo: Jacob King Pool via Agence France-Presse Margaret Keenan, une Britannique de 90 ans, est devenue le 8 décembre 2020 la première personne dans le monde à recevoir le vaccin de Pfizer dans le cadre d’une campagne de vaccination non expérimentale. Depuis lors, l’intervalle entre les deux doses a fait l’objet de débats.

À la toute fin de l’année 2020, le gouvernement du Québec avait décidé de reporter l’administration des deuxièmes doses de vaccin contre la COVID-19. La décision, prise dans l’urgence, a finalement permis d’élargir rapidement la couverture vaccinale et de sauver des vies. Une nouvelle étude indique même que le fait d’allonger le délai entre les deux doses pourrait fortifier la réponse immunitaire des personnes très âgées.

Des chercheurs de l’université de Birmingham et de l’agence de santé publique anglaise ont mesuré le niveau d’anticorps spécifiques au spicule du SRAS-CoV-2 chez 175 personnes de 80 ans et plus qui ont reçu le vaccin de Pfizer. Une partie du groupe avait reçu sa deuxième dose après un intervalle de trois semaines ; l’autre partie, après un intervalle de 11 ou 12 semaines. Résultat : le délai prolongé a généré un « pic » d’anticorps 3,5 fois plus élevé.

Les lymphocytes T — une autre facette importante du système immunitaire — étaient toutefois plus nombreux chez ceux qui avaient reçu leur deuxième dose après trois semaines. Après trois mois, cependant, leur nombre se stabilisait à un niveau semblable à celui observé chez les personnes ayant reçu leur deuxième dose après 11-12 semaines.

« Les résultats de nos recherches pourraient être importants pour le développement des stratégies de vaccination partout dans le monde, car l’allongement de l’intervalle entre les deux doses de vaccin chez les personnes âgées pourrait réduire la nécessité de recourir à des rappels ultérieurs », a déclaré l’un des auteurs, Paul Moss, professeur d’hématologie à l’Université de Birmingham et chercheur principal du UK Coronavirus Immunology Consortium.

« Cette recherche est cruciale, en particulier chez les personnes âgées, car les réponses immunitaires à la vaccination se détériorent avec l’âge. Comprendre comment optimiser les calendriers de vaccination contre la COVID-19 et maximiser les réponses immunitaires dans ce groupe d’âge est d’une importance vitale », a ajouté sa collègue de l’Université de Birmingham Helen Parry, qui fait également partie des auteurs de cet article publié en ligne ce lundi, mais pas encore révisé par les pairs.

Au Québec, les décideurs ont privilégié un intervalle encore plus long (16 semaines) que celui choisi au Royaume-Uni. En raison de retards dans la livraison de vaccin de Moderna, un nombre considérable de résidents en CHSLD ont par ailleurs reçu une seconde dose de Pfizer après une injection initiale de Moderna. Un peu plus tôt cette année, une autre étude avait montré qu’un prolongement de l’intervalle entre les deux doses du vaccin d’AstraZeneca était également favorable en ce qui a trait aux anticorps.

Ce texte est issu du Courrier du coronavirus du 17 mai 2021. Pour vous abonner gratuitement à cette infolettre, cliquez ici.