L'armure vaccinale résiste aux variants de la COVID-19

Dans le corps des personnes vaccinées se cache une microscopique armée immunitaire finement entraînée. Si le SRAS-CoV-2 « ancestral » y pénètre, les soldats disposent des armes parfaites pour le tuer sur le coup. Adversaire moins familier, un variant du virus saurait peut-être contourner certaines défenses. Toutefois, l’armée immunitaire des personnes vaccinées serait loin d’être à court de moyens. Et plusieurs études récentes tendent à montrer qu’elle possède tout ce qu'il lui faut pour gagner la guerre.

Quelle que soit leur origine ou leur nom biscornu, les variants du SRAS-CoV-2 alimentent les inquiétudes. Les variants « sous surveillance rehaussée » sont plus transmissibles, plus virulents, ou associés à un risque accru d’échappement vaccinal. La troisième possibilité donne froid dans le dos. Une fois tout le monde vacciné, un nouveau variant pourrait-il nous renvoyer à la case départ ?

« Des mutants qui s’échappent complètement, ce serait fort improbable. Pas impossible, mais fort improbable », dit Donald Vinh, un microbiologiste-infectiologue du Centre universitaire de santé McGill, selon qui les données expérimentales les plus récentes sur les vaccins et les variants sont « rassurantes ».

« Jusqu’à maintenant, les vaccins sont résilients, ils sont capables de protéger contre les formes graves de la maladie générés par les différents variants que nous connaissons », ajoute Andrès Finzi, un immunologue du Centre de recherche du CHUM.

Pour échapper complètement à la protection conférée par les vaccins, un variant devrait posséder de très nombreuses mutations. Des transformations de cette ampleur en feraient pratiquement un nouveau pathogène.

Pour l’instant, la majorité des variants préoccupants sont caractérisés par quelques mutations à l’extrémité des petits pics du coronavirus, ses spicules. Ce « domaine de fixation du récepteur » permet au virus de s’attacher aux cellules humaines. Stimulés par la vaccination, des anticorps dits « neutralisants » peuvent interférer et empêcher cette liaison.

Coïncidant avec la terrible flambée de cas de COVID-19 en Inde, le variant B.1.617 a suscité des inquiétudes quant à sa potentielle capacité à contourner les défenses vaccinales. Ces derniers jours, de premières expériences en éprouvette ont cependant montré que les anticorps neutralisants produits après la vaccination étaient capables de mater cette nouvelle version du coronavirus.

Pour mesurer le pouvoir neutralisant d’un vaccin, les microbiologistes utilisent typiquement le plasma sanguin d’individus vaccinés. Ils le diluent à différents degrés, puis le mettent en contact avec des exemplaires du virus muté. Ils vérifient ensuite si le virus arrive à infecter des cellules. Des anticorps neutralisants très puissants empêcheront les infections, même si le plasma est très dilué.

Efficacité « au rendez-vous »

Des résultats préliminaires du réputé laboratoire de Ravi Gupta à l’Université Cambridge, au Royaume-Uni, ont montré que les deux principales mutations du variant B.1.617 étaient associées à une réduction d’un facteur quatre de l’action des anticorps neutralisants. La diminution, qui paraît importante à un œil amateur, rassure au contraire les experts, qui pensent qu’elle sera sans importance pour l’efficacité vaccinale.

« Malgré une diminution dans la neutralisation, l’efficacité est encore au rendez-vous », explique Andrès Finzi, en évoquant l’exemple d’autres variants où le pouvoir neutralisant est réduit, mais pour lesquels les vaccins fonctionnent sur le terrain.

Selon une courte étude publiée à la mi-avril dans le New England Journal of Medicine, le vaccin contre la COVID-19 de Pfizer neutralise efficacement les variants B.1.1.7 (Royaume-Uni), P.1 (Brésil) et B.1.351 (Afrique du Sud). La réponse est plus faible pour ce dernier variant, mais néanmoins qualifiée de « robuste ».

Le professeur Finzi étudie la réponse immunitaire des personnes vaccinées contre le SRAS-CoV-2 et ses variants. Plutôt que de se concentrer uniquement sur l’extrémité des spicules du coronavirus, M. Finzi examine l’ensemble de la protéine. « Les vaccins génèrent des anticorps contre toute la glycoprotéine, pas seulement contre le domaine de fixation du récepteur », fait-il valoir.

Les anticorps neutralisants ne sont qu’une facette parmi tant d’autres de la réponse immunitaire. Divers anticorps générés par le vaccin peuvent se fixer ailleurs sur les petits éperons. Ils n’empêchent pas la liaison aux cellules humaines, mais savent prévenir l’infection grâce à des tactiques différentes. Ils peuvent par exemple appeler d’autres cellules du système immunitaire à l’aide.

Très peu probable, donc, que les mutations d’un variant lui permettent d’échapper complètement à ce zoo d’anticorps (et de lymphocytes). Dans le pire scénario, il serait seulement partiellement résistant. Le large spectre de la réponse immunitaire donne à penser que les vaccins sauront batailler dur contre les variants futurs.

Le test ultime pour les vaccins est évidemment celui de la réalité. Fonctionnent-ils contre les variants sur le terrain ? Le variant B.1.1.7, qui compte pour 85 % de la transmission au Québec, ne pose aucun problème aux vaccins. Le variant B.1.351, cependant, a donné du fil à retordre au vaccin d’AstraZeneca en Afrique du Sud plus tôt cette année. Toutefois, le protocole de l’étude ne permettait pas de se prononcer sur les formes graves.

Plus récemment, les résultats d’une étude israélienne portant sur 149 cas de réinfection ont suggéré que le variant B.1.351 avait plus de chances de contourner le vaccin de Pfizer que le variant B.1.1.7. Toutefois, la très faible circulation du variant provenant de l’Afrique du Sud dans ce pays ne permet pas d’arriver à une conclusion claire.

Les compagnies pharmaceutiques développent des doses de rappel adaptées aux différents variants. Devoir y recourir éventuellement n’aurait rien « d’anormal », souligne Donald Vinh. L’option de donner une deuxième ou une troisième dose d’un vaccin de marque différente sera également à prendre en compte pour élargir la protection immunitaire de chacun.

En parallèle, les spécialistes doivent garder un œil sur les variants. « Je suis optimiste, mais il faut faire preuve d’un optimisme prudent », conclut le Dr Vinh.