88e congrès de l’Acfas: le grand buffet de la science

Jean-Benoît Nadeau
Collaboration spéciale
Le nouveau président de l'association se réjouit de voir davantage de sciences de la nature au programme de cette édition, un champ parfois anémique certaines années.
Photo: Douglas Magno Agence France-Presse Le nouveau président de l'association se réjouit de voir davantage de sciences de la nature au programme de cette édition, un champ parfois anémique certaines années.

Ce texte fait partie du cahier spécial 88e congrès de l'Acfas

« C’est la plus grande manifestation scientifique pluridisciplinaire du monde francophone. C’est unique en son genre », se félicite Jean-Pierre Perreault, nouveau président de l’Acfas et vice-recteur à la recherche et aux études supérieures à l’Université de Sherbrooke, cohôtesse de ce 88e congrès annuel, avec l’Université Bishop’s.

Si le programme du congrès de l’Acfas vous étourdit, c’est normal. Il n’y a pas beaucoup d’événements réunissant 4000 chercheurs francophones de 30 pays, qui organisent ou qui participent la même semaine à plus de 200 colloques et présentent 600 communications libres. C’est donc à un véritable bar ouvert que vous convie du 3 au 7 mai ce congrès de l’Acfas, où il sera question aussi bien de cybersécurité que de tourisme acadien et de mécanique quantique, en passant par la crise des surdoses, les enjeux de la participation sur Wikipédia et la mobilité piétonne dans la ville du futur.

Photo: Michel Caron Jean-Pierre Perreault, nouveau président de l’Acfas

L’événement marque plusieurs premières pour l’organisme fondé en 1923 et qui célébrera bientôt son centenaire. D’abord pour le nombre record de colloques, mais aussi parce qu’il restera dans l’histoire comme le premier congrès reporté pour cause de pandémie en 98 ans d’histoire — il devait avoir lieu en mai 2020. Ce sera aussi le premier offert entièrement en ligne. « Il a fallu se réinviter. L’été dernier, j’ai demandé aux membres du conseil d’assister à tous les congrès possibles pour voir ce qui se faisait de mieux », raconte Jean-Pierre Perreault. Il est très fier que le congrès ait pu développer une thématique COVID, avec une douzaine de colloques sur des thèmes aussi variés que l’après-COVID, la vaccination, l’enseignement à distance, la violence intrafamiliale et son impact sur les finances publiques.

Autre nouveauté : pour la première fois, les 600 communications libres seront toutes présentées par vidéo et disponibles pendant tout le congrès. « 2021 est une bonne année pour expérimenter de nouvelles pratiques. »

Des sujets hétéroclites

Biologiste moléculaire et spécialiste en enzymologie de l’ARN et des viroïdes, Jean-Pierre Perreault se réjouit de voir davantage de sciences de la nature au programme, un champ parfois anémique certaines années. « Mais on ne refera pas l’Acfas. Les sciences humaines et sociales y auront toujours un grand poids. Mais comme Sherbrooke est une université généraliste comptant huit facultés, nous tenions à refléter ce que nous sommes. Nous avons dit à nos chercheurs : Vous faites de la bonne science ? Montrez-la-nous. »

Les organisateurs ont aussi voulu que ce congrès reflète l’Estrie, seule région québécoise comptant deux universités, l’une francophone et une autre anglophone, Bishop’s. « C’est quand même un établissement qui compte 40 % d’étudiants francophones et qui commence à offrir des programmes de 2e cycle. L’Estrie est le troisième pôle de recherche au Québec et nous collaborons dans presque tous les domaines. »

Entre autres événements grand public, le congrès tiendra une conférence de l’astronaute David Saint-Jacques qui sera diffusée dans les écoles de l’Estrie. On organise aussi un quiz, intitulé Du jamais bu, qui mettra en valeur le passé brassicole de Lennoxville, siège de la première microbrasserie du Québec (La Brasserie du Lion d’Or), le certificat de deuxième cycle en sciences brassicoles de l’Université Bishop’s et les expérimentations de nouvelles saveurs avec des herboristes de la nation abénaquise.

Bientôt le centenaire

Malgré la COVID, les orientations et la vision de l’Acfas demeurent les mêmes : promotion de la science et de la culture scientifique et de l’innovation. « S’il y a bien une leçon à tirer de la crise sanitaire, c’est combien notre société a besoin de science, dit Jean-Pierre Perreault. Et il faut que l’Acfas ait un plus grand impact sur la société. »

Le président se rappelle avec émotion son premier congrès en 1987, année où il terminait sa maîtrise en biochimie. « J’y ai présenté ma première affiche. C’est ça qui m’a amené par la suite à publier dans Nature. Je l’ai fait en français d’abord et j’en étais très fier. »

L’Acfas et ses congrès sont à l’origine de grandes initiatives, comme la consultation sur l’université québécoise du futur. Mais on lui doit aussi d’avoir inventé de grandes initiatives de communication, comme les concours « Ma thèse en 180 secondes » et « La preuve par l’image ». « Ça a fait le tour du monde. Je ne rate jamais les finales. C’est un vrai plaisir. »

Le comité organisateur des célébrations du centenaire de l’association travaille déjà à la programmation de l’événement. Le coup d’envoi sera donné au 89e congrès, à l’Université Laval, en 2022, et l’Acfas organisera toutes sortes d’événements durant l’année jusqu’au congrès anniversaire à l’Université de Montréal en 2023. « Il est encore trop tôt pour donner les détails, mais il y aura toutes sortes d’activités durant ces 12 mois. »

Un leadership assumé

Jean-Pierre Perreault se réjouit que l’Acfas ait pu traverser la crise de la COVID sans subir de dommages irréparables. « La baisse momentanée du nombre d’adhésions est réglée, dit-il, mais comme organisation, il faut se diversifier et moins dépendre des congrès. » Il se réjouit d’ailleurs que le conseil d’administration ait créé une nouvelle catégorie de membres, les alliés, qui s’adresse aux personnes qui ont la science à cœur sans être eux-mêmes des scientifiques. « À l’heure actuelle, l’adhésion et la participation sont des problèmes pour toutes les organisations dans la société et cela touche également toutes les sociétés savantes. »

Le président est convaincu que l’une des clés pour renforcer l’adhésion se trouve dans un leadership scientifique encore plus fort. Ainsi, avant son arrivée en poste, l’Acfas a obtenu le titre de partenaire officiel à statut consultatif auprès de l’UNESCO. C’est donc dire qu’en plus de collaborer fortement au sein de l’Agence universitaire de la Francophonie, l’Acfas participera à l’élaboration des stratégies multilatérales pour valoriser et promouvoir la science en français.

L’Acfas s’active également au Canada pour aider au soutien de la francophonie scientifique dans les autres provinces. Depuis quelques années, elle a créé cinq sections locales, Acfas-Acadie, Acfas-Alberta, Acfas-Manitoba, Acfas-Saskatchewan et Acfas-Sudbury. « Il faut aligner les politiques et les gouvernements, notamment pour l’attribution de fonds de recherche », explique Jean-Pierre Perreault.

À cet égard, la récente vague de fermetures de programmes francophones à l’Université Laurentienne, à Sudbury, menacée de faillite, constitue un signal d’alarme. « Ce qu’ils ont fait est extrêmement cavalier, d’autant plus qu’ils savent combien les francophones en milieu minoritaire ont besoin de soutien. Il faut régler ça vite, mais ça va prendre du financement permanent. La recherche et l’innovation, ça passe aussi par le français. »



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