Des défis dans la gestion de la faune

Catherine Couturier
Collaboration spéciale
Le Plan nord-américain de gestion de la sauvagine est un partenariat qui vise à assurer la conservation des populations de sauvagine (dont les oies) et des milieux humides.
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne Le Plan nord-américain de gestion de la sauvagine est un partenariat qui vise à assurer la conservation des populations de sauvagine (dont les oies) et des milieux humides.

Ce texte fait partie du cahier spécial 88e congrès de l'Acfas

L’humain et ses actions ont causé des bouleversements importants dans les populations animales sauvages. Ce sont ces thèmes que le colloque Les défis de gestion de la faune à l’ère de l’Anthropocène abordera le 3 mai prochain.

Professeur associé au Département des sciences du bois et de la forêt de l’Université Laval, Marcel Darveau dressera un tableau de la sauvagine nord-américaine. La sauvagine comprend différentes espèces de gibier aquatique : canard, oie, bernache, cygne, grue du Canada ; on en recenserait une cinquantaine d’espèces au Québec, et soixante-dix au Canada.

Ce sont d’abord les chasseurs qui ont constaté la baisse de certaines populations. « Beaucoup de drainages se sont faits pour transformer les terres humides en terres agricoles au siècle dernier. Les agriculteurs ont voulu chasser à l’automne et ont vu qu’il n’y avait plus de canards, alors il y a eu des initiatives citoyennes, qui ont débouché sur des ententes internationales », résume M. Darveau. En 1986 fut implantée la première convention internationale pour contrôler la récolte excessive. Unique au monde, le Plan nord-américain de gestion de la sauvagine est signé par le Canada, les États-Unis et le Mexique. Grâce à celui-ci, plusieurs initiatives ont été mises sur pied : inventaire et cartographie de canards, suivi des récoltes, programme éducatif, etc.

Préserver les habitats

« Les gens avaient une vision utilitariste. Au fil des ans sont arrivées des préoccupations de conservation et de diversité biologique », expose M. Darveau. À la gestion des quotas et des saisons de chasse s’est donc ajoutée la préservation des habitats sauvages, en particulier les milieux humides, une des retombées majeures de ce plan. La préservation des habitats aide à son tour d’autres espèces, tant animales que végétales. Les efforts faits pour préserver certains habitats ont même fortement favorisé certaines espèces (on pourrait même dire qu’elles sont surabondantes du point de vue de la préservation de la biodiversité), comme les oies ou le canard colvert.

D’autres habitats ne sont pas aussi bien protégés. « La dégradation peut être subtile », précise M. Darveau. Si les yeux sont tournés vers la préservation des milieux humides, on remarque pendant ce temps que les rives du Saint-Laurent sont de plus en plus enrochées. « Les changements globaux comme les changements climatiques s’ajoutent à cela, et il reste difficile de prédire leur ampleur et leur effet », poursuit-il.

Comprendre les capacités d’adaptation

Patrick Bergeron, chercheur en biologie à l’Université Bishop’s, aborde pour sa part ces questions à travers la recherche fondamentale. « Le défi est d’étudier des phénomènes globaux sur des espèces modèles avec lesquelles on peut observer des changements à court mais aussi à moyen terme », résume M. Bergeron.

Dans sa présentation Vivre dans l’imprévisible […], le professeur Bergeron fera un survol de deux projets, dont une recherche longitudinale sur15 ans sur les tamias rayés. « La trame narrative de notre projet de recherche est d’étudier les capacités d’adaptation qu’on pourrait imaginer ultimement en lien avec les changements climatiques, les changements globaux et autres », souligne-t-il.

Les animaux ont une grande capacité d’adaptation, mais il faudra voir si on n’étirera pas trop l’élastique

 

Même si le tamia rayé n’est pas menacé, cette espèce est intéressante à suivre d’un point de vue conceptuel, parce qu’elle est un biomarqueur de la santé des forêts du Québec. En effet, le cycle de reproduction du petit rongeur est fortement imbriqué dans celui des plantes.

« L’individu fait face à des contraintes extérieures extraordinaires »,remarque le chercheur. Le rongeur adapte ses comportements en fonction de la disponibilité des ressources, et peut même vivre une année ou deux sans nourriture, alors que son espérance de vie est en moyenne… de deux ans.

Comme la sauvagine, les populations de tamias rayés feront face dans les années à venir à différents enjeux d’origine humaine, même si leurs populations demeurent abondantes : perte d’habitat, changement dans la composition des forêts, notamment à cause de maladies, etc.

Observer les effets combinés des variables

Le professeur Bergeron présentera également les premiers résultats de son étude sur la grenouille des bois. « Ces grenouilles exploitent différentes niches écologiques. Nous voulons observer leur capacité d’adaptation et les effets des pesticides », décrit-il. L’étude se déroulera cette fois-ci dans des systèmes expérimentaux, qui pourront être modulés pour observer l’effet combiné des pesticides avec d’autres facteurs. « Le pesticide pourrait être peu dommageable, mais dans un contexte où il y aurait un printemps hâtif, par exemple, ces éléments pourraient interagir sur le développement ou les comportements de la grenouille », ajoute-t-il.

L’enjeu pour les biologistes est donc d’arriver à prédire ce qu’il pourrait arriver à ces populations. « Est-ce qu’elles vont croître, diminuer ? Pour ça, il faut bien comprendre les paramètres, c’est-à-dire les capacités d’adaptation. Les animaux ont une grande capacité d’adaptation, mais il faudra voir si on n’étirera pas trop l’élastique », conclut M. Bergeron.