Les cellules souches sont-elles l’avenir de la recherche?

Leïla Jolin-Dahel
Collaboration spéciale
Dans les dernières années, les cellules souches ont été considérées comme une nouvelle cible thérapeutique pour plusieurs maladies comme le diabète, le cancer et bien d’autres.
Photo: Getty Images Dans les dernières années, les cellules souches ont été considérées comme une nouvelle cible thérapeutique pour plusieurs maladies comme le diabète, le cancer et bien d’autres.

Ce texte fait partie du cahier spécial 88e congrès de l'Acfas

Les cellules souches intéressent les experts en vue de développer des traitements contre de nombreuses maladies. Mais elles sont également accusées d’être parfois les responsables de certains maux toujours incurables à l’heure actuelle. Ces découvertes feront l’objet d’un colloque le 7 mai prochain.

Intitulé Les cellules souches : le bon, la brute et le truand, l’événement abordera différents aspects de ces cellules. Si elles contribuent notamment à la création de l’embryon et assurent la régénérescence des tissus corporels chez l’adulte, elles sont aussi sujettes aux mutations et à la formation de tumeurs.

Des recherches sont en cours au sujet de la greffe de peau pour traiter les grands brûlés, de la fabrication de cellules pancréatiques pour les diabétiques, ou encore pour élaborer des thérapies contre certains cancers. « En fait, ça pourrait être employé pour quasi toutes les maladies qu’on connaît. Des chercheurs l’utilisent dans le cadre du diabète, pour fabriquer des cellules qui seraient plus capables de digérer les sucres, produire de l’insuline, etc. », illustre Véronique Giroux, professeure de biologie cellulaire à l’Université de Sherbrooke et coresponsable du colloque.

Le Canada est d’ailleurs un pionnier en matière de cellules souches, avec les chercheurs James Till et Ernest McCulloch qui ont révolutionné la recherche en prouvant l’existence de telles cellules, en 1961.

Retrouver la vue

Gilbert Bernier est professeur à l’Université de Montréal au Département de neurosciences ainsi que directeur de l’unité de recherche sur les mécanismes moléculaires du vieillissement neuronal. Son équipe a pour projet de transplanter des maculas, une zone de la rétine qui permet notamment la vision centrale et de voir les images en couleurs. « Il y a plusieurs maladies dégénératives, dont la dégénérescence maculaire, qui font que cette structure-là se dégrade » et entraîne une perte de la vue, précise le chercheur. Une fois la maladie bien avancée, il n’existe à l’heure actuelle aucun traitement pour renverser le processus. « La solution qu’on a développée, c’est d’aller remplacer la macula humaine par une macula faite en laboratoire, résume-t-il. L’idée, c’est de restaurer la vision perdue. »

L’équipe de M. Bernier modélise également des maladies humaines à partir de cellules souches prélevées auprès de patients, qui souffrent entre autres du syndrome de Bardet-Biedl. Cette maladie génétique est associée à plusieurs symptômes, y compris des troubles de la vision.« Une des pathologies les plus proéminentes, c’est une très sévère dégénérescence de la macula, qui débute vers l’âge de 10-15 ans. [Les gens] deviennent complètement aveugles à cause de ça », explique le chercheur.

Après avoir isolé les cellules souches de personnes atteintes du syndrome, M. Bernier et son équipe ont monté une macula malade dans le but de l’étudier et de comprendre les causes de cette dégénérescence. « On a testé des médicaments, et il y en a un qui fonctionne extrêmement bien. Donc, si on traite en laboratoire les cellules du patient, ça prévient leur mort », détaille M. Bernier.

Des études sont maintenant effectuées avec des rongeurs. « On est en train de traiter les souris avec la même molécule avec laquelle on a traité les cellules de patients en laboratoire. C’est pour voir si, chez la souris aussi, on va prévenir la mort des cellules de la macula », dit-il.

Des cellules résistantes aux traitements

Si les cellules souches font partie de la solution à certaines maladies, elles seraient aussi la cause d’autres maux incurables à l’heure actuelle. « Malheureusement, ce sont des cellules qui prolifèrent beaucoup, qui se divisent rapidement. Ça fait en sorte qu’elles sont très sujettes à acquérir des mutations, des cancers », détaille Véronique Giroux.

Et comme elles sont très résistantes, elles réagissent moins aux traitements tels que la radiothérapie ou la chimiothérapie. Ces cancers agressifs sont également souvent dus à la présence de cellules souches dans les tumeurs, explique la chercheuse.

« Ce sont aussi des cellules qui sont un peu sournoises, qui pourraient être cachées [dans l’organisme], des métastases par exemple. À un moment donné, elles se réveilleraient et donneraient naissance à des tumeurs secondaires ou tertiaires », ajoute-t-elle.

Son laboratoire s’intéresse particulièrement à la résistance aux traitements anticancéreux en vue de trouver des façons d’éliminer les cellules souches malades. « Pour le moment, il n’y a pas tant d’approches pour tuer ces cellules-là », déplore la professeure. Avec son équipe, elle s’affaire à vérifier si des médicaments déjà utilisés dans d’autres types de maladies permettraient de venir à bout de ces cellules.

L’avenir de la recherche

Au cours des prochaines années, Gilbert Bernier espère pouvoir être en mesure de faire ses premières études cliniques d’implantation maculaire chez des humains. « On n’a pas encore décidé la population cible qu’on allait choisir. Mais ça pourrait être des patients qui souffrent de dégénérescence maculaire ou de la maladie de Bardet-Biedl », prévoit-il. Il souligne que les personnes atteintes de cette maladie génétique sont généralement jeunes et que leur perte de vision se fait de façon très rapide.

Mme Giroux espère quant à elle que les travaux sur le cancer connexes à ses recherches arriveront également prochainement à effectuer une percée. « Si on pouvait aider cette catégorie-là de patients, je pense que ça aurait une importance pour beaucoup de Québécois et de Canadiens », avance-t-elle.

Elle évalue toutefois que les découvertes les plus avancées en matière de cellules souches se situent entre autres au niveau des greffes de peau ou de fabrication de cellules du pancréas. « C’est applicable à une multitude de maladies. Et je pense que la cellule souche est l’avenir de la recherche biomédicale. »