Pourquoi les femmes semblent-elles plus à risque de thromboses post-vaccinales?

Les caillots sanguins que peuvent provoquer les vaccins d’AstraZeneca et de Johnson & Johnson sont d’un type particulier.
Photo: Graham Hughes Archives La Presse canadienne Les caillots sanguins que peuvent provoquer les vaccins d’AstraZeneca et de Johnson & Johnson sont d’un type particulier.

La majorité des thromboses causées par le vaccin d’AstraZeneca en Europe concernent des femmes âgées de moins de 60 ans. Aux États-Unis, le vaccin de Johnson & Johnson a provoqué six cas de caillots sanguins chez des femmes de 18 à 48 ans. Considérant que les risques posés par ces deux vaccins sont très rares, la plupart des pays recommandent leur utilisation pour de larges tranches d’âge. Une question continue toutefois de se poser : pourquoi les femmes semblent-elles plus à risque de subir ces complications ?

Rappelons d’abord que les caillots sanguins que peuvent provoquer les vaccins d’AstraZeneca et de Johnson & Johnson sont d’un type particulier. Ils sont associés à une concentration anormalement basse de plaquettes dans le sang. Plutôt que de flotter librement, ces fragments cellulaires s’agglutinent et forment des bouchons. Selon de récentes études, c’est une réaction indésirable du système immunitaire qui les rend collants. La source du problème, donc, serait de nature auto-immune.

« Toutes les maladies auto-immunes sont plus fréquentes chez les femmes. C’est la trame de fond qu’il faut connaître [pour comprendre ce qui se passe avec les vaccins] », explique le neurologue Christian Stapf, affilié au Centre de recherche du CHUM. On constate par exemple une plus forte prévalence du lupus ou de la polyarthrite rhumatoïde chez les femmes. Ces maladies sont aussi causées par un système immunitaire qui se retourne contre son maître.

De manière générale, les femmes ont de plus fortes réactions immunitaires aux vaccins. « C’est à la fois une bénédiction et une malédiction », disait récemment l’immunologiste américaine Sabra Klein en entretien au Wall Street Journal. La réponse plus forte des femmes pourrait leur donner un avantage quand elles combattent la COVID-19, mais exacerber les effets secondaires des vaccins chez elles, selon cette professeure de santé publique à l’Université Johns Hopkins.

La plus grande prévalence des thromboses atypiques chez les femmes ne surprend donc pas les experts. Des études supplémentaires seront nécessaires pour mieux comprendre l’association. À l’heure actuelle, les autorités canadiennes et québécoises modulent leurs recommandations pour le vaccin d’AstraZeneca en fonction de l’âge, mais pas du sexe.