Des signaux de la troisième vague dès la mi-mars à Québec

Des signaux laissaient prévoir dès la mi-mars la flambée de cas qui embrase la Vieille Capitale et force aujourd’hui le reconfinement de toute la région, indiquent des données tirées de l’analyse des eaux usées de la région de Québec.

En effet, des échantillons d’eaux récoltés régulièrement dans les deux intercepteurs d’égouts de Québec montrent que la propagation rapide de la COVID était bel et bien amorcée dès le 14 mars à Québec, soit à peine une semaine après les assouplissements aux mesures sanitaires annoncées par Québec dans cette région.

À compter de cette date, la montée de la concentration du virus dans les eaux usées de Québec s’est poursuivie et s’est depuis multipliée par dix.

Selon le réseau CentrEAU-COVID, un réseau québécois de vigie du virus qui permet de surveiller en temps réel sa circulation dans la population en mesurant la concentration du SRAS-CoV-2 dans les eaux usées, ce bond significatif de la transmission était décelable plusieurs jours avant la hausse observée du nombre de cas détectés par dépistage.

« Au début du mois de mars, le “signal” détecté dans les eaux frôlait la limite de détection, avec presque aucune présence du virus. En quelques jours, ç’a grimpé. Le signal était déjà plus présent le 14 mars, puis trois à cinq fois plus présent dès la 3e semaine de mars, puis a augmenté d’un bond », explique Dominic Frigon, chercheur à l’Université McGill et coordonnateur de ce réseau de veille regroupant une dizaine de chercheurs de plusieurs universités québécoises. Le 14 mars, seulement 28 cas de COVID étaient rapportés à Québec.

Selon ce dernier, on peut clairement situer à la mi-mars le début de la troisième vague dans la Capitale-Nationale. Or le 23 mars, le premier ministre François Legault disait encore que le Québec était capable de « résister » à une « éventuelle troisième vague » et annonçait de nouveaux assouplissements en zone rouge, notamment pour la région de Montréal.

Ce même 23 mars, la Capitale-Nationale rapportait 70 cas. Une semaine plus tard, le compte avait monté à 194, et atteignait 261 cas le 1er avril.

Selon ce réseau de surveillance, de premières données fournies le 21 mars à la Direction régionale de la santé publique de Québec signalaient cette apparente remontée de la circulation de la COVID. Utilisée par plusieurs autres pays dans le monde, la surveillance des eaux usées permet de suivre « en temps réel » l’évolution de la transmission, de 2 à 7 jours avant les tests épidémiologiques.

Selon le Dr Slim Haddad, chercheur à l’Université Laval, aujourd’hui occupé à temps plein par ses fonctions médicales à la Direction régionale de la santé publique du CIUSSS de la Capitale-Nationale en raison de la pandémie, ces résultats d’analyses « concordent » avec les données épidémiologiques dont dispose la DSP. « C’est le 21 mars qu’on a vraiment observé une hausse des cas et c’est à ce moment que je leur ai demandé de nous envoyer leurs données », dit-il. « On a réagi tout de suite », insiste-t-il.

Depuis cette semaine, les données recueillies par ce réseau d’analyses sont intégrées aux systèmes d’alerte de la Vieille Capitale, la première au Québec à se doter d’un tel outil.

Intégrer plus rapidement ces données aura-t-il pu d’agir plus vite pour contenir la troisième vague à Québec ? « Je ne peux vous dire ce qui se serait passé si on avait eu ça avant. Il y a toujours un décalage entre la recherche et la pratique. C’est un projet expérimental dont les données n’ont été validées que tout récemment », affirme le Dr Haddad.

Si les mesures de reconfinement annoncées jeudi par le gouvernement Legault ont un effet, « on devrait pouvoir être en mesure de l’observer avant même qu’il y ait une baisse des cas d’infection », espère ce médecin de santé publique, qui a convaincu le CIUSSS de la Capitale-Nationale d’investir pour acquérir les analyseurs permettant de produire de telles données.

Des appareils sont d’ailleurs déjà en place pour prévenir des éclosions dans un CHSLD et le Dr Haddad espère pouvoir installer de microappareils dans d’autres milieux à risque, comme les refuges et les habitations à loyer modique.

Les échantillons les plus récents montrent une présence du virus plus précoce et légèrement plus élevé dans l’est de la ville de Québec. « La Santé publique nous a dit que ça correspondait à peu près à ce qu’il observait sur le terrain », précise le professeur Frigon.

Ce dernier rappelle toutefois que ces tests ne permettent pas d’évaluer de façon précise le nombre de personnes atteintes du virus, mais plutôt de déceler de façon précoce les fluctuations de la présence du SRAS-CoV-2 dans une population donnée.

Montréal sous la loupe

À Montréal, les analyses d’eaux usées récoltées trois fois par semaine dans les six principaux points de collecte ne font pour le moment pas état d’une remontée spectaculaire du virus comme celle observée à Québec, selon M. Frigon. Par contre, les analyses ont révélé la présence beaucoup plus forte du virus dans le secteur de Côte-des-Neiges, où l’on observe depuis des semaines des « pics » suivis de baisses, et une tendance généralement à la hausse, explique le coordonnateur de CentrEAU-COVID.

« Dans les points de collecte de Saint-Laurent et d’Anjou, on observe aussi des signaux 5 à 10 fois supérieurs à ceux observés ailleurs à Montréal. Mais la configuration des égouts rend difficile de dire exactement quelles populations sont touchées », ajoute-t-il.

Pour l’instant, le signal de la présence du virus semble toujours plus constant et important dans l’intercepteur Nord des eaux usées, qui dessert les quartiers du nord de l’île de Montréal.

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3 commentaires
  • Benoit Samson - Abonné 2 avril 2021 08 h 48

    Liste des incitateurs à baisser la garde

    Les faux sentiments de sécurité créés par les commentaires des autorités gouvernementale tel ‘’Le Québec résiste à la troisième vague…ce n’est pas le cas partout dans le monde’’ résultent en une baisse de la garde de ceux qui les entendent. Or, l‘attention aux détails dans l’application individuelle des mesures barrières sanitaires est la clé pour freiner la 3ième vague. Dire ou sous-entendre que la vaccination freinera la 3ième vague relève de la pensée magique. Les vaccins, surtout aux doses réduites comme on le fait au Québec et en Colombie Britannique sont moins importants que les barrières sanitaires. (On a identifié des demis-vaccinés en C.B. porteurs et transmetteurs du virus. On attend toujours les résultats d’une telle étude au Québec)
    L’INSPQ, Le Devoir qui publie régulièrement son infographie trompeuse sur le nombre de vaccinés au Québec et les journalistes qui les répètent aux heures de haute écoute à la TV sont aussi responsables que le trio Legault, Dubé et Arruda en créant un faux sentiment de sécurité qui fait baisser la garde d’importance primordiale.
    L’infographie de l’INSPQ montrant le nombre de vaccinés au Québec crée un faux sentiment de sécurité car on décrit comme ‘’vaccinés’’ ceux qui n’ont reçu qu’une dose des vaccins. Ces pseudo-vaccinés baissent la garde se croyant protégés. Il faudrait au contraire souligner l’importance de ne pas baisser la garde tant et aussi longtemps que les deux doses des vaccins auront été reçus surtout qu’entretemps, il est possible d’être porteur du virus et être source de contagions. L’INSPQ doit corriger cette infographie qui crée un faux sentiment de sécurité pour y montrer les courbes de ceux qui sont ‘’complétement vaccinés’’ avec le total de ceux qui n’ont reçu qu’une seule dose.

  • Patrick Daganaud - Abonné 2 avril 2021 11 h 59

    DONNÉES SCIENTIFIQUES SÉLECTIONNÉES

    Puisque le comité de crise Legault, Dubé et Arruda se targue, PM en tête, de fonder ses décisions sur les données scientifiques, il faudrait qu'ils (les 3) cessent de sélectionner celles des données qui font leur illusoire, factice et dangereux bonheur et qu'ils les élargissent à celles des données qui vont prévisiblement les contredire.

    La concentration de la charge virale dans les eaux usées comme l'anticipation de l'évolution de la crise pandémique et de ses vagues à partir des vécus européens sont des informations cruciales, hélas balayées du revers de la main par ces 3 gestionnaires de crise largement contaminés par les analyses politiques d'un PM manifestement imbu des mécanismes comptables de ses prises de décision à géométrie variable.

    Cette cellule de crise fait montre d'incompétence, avec une augmentation des risques et des impacts dramatiques.

  • Patrick Dolmaire - Abonné 2 avril 2021 13 h 39

    Stratégie boiteuse, mortalité honteuse

    Les armes de vaccination massive commencent à avoir des petits airs de scandale des armes de destruction massive. Quand un Gv est capable de mentir sur des sujets aussi important que la santé de nos enfants, il est capable de mentir sur tout. Ce qui explique certainement le manque de transparence sur les données et les réunions appuyant les décisions qui sont prises, essentiellement par un seul homme ...
    Le Québec accuse plus de 10 600 décés à ce jour tandis que les quatre provinces de la bulle atlantique en comptent à peine une centaine, c'est à côté de chez nous, impossible de ne pas savoir. Des bilans sans comparaison tout comme avec ceux des pays qui ont suivi des stratégie de circulation très basse du virus ou de zérocovid. Comme par hasard, ces pays ne sont pas confrontés à des problèmes de santé mentale aussi important qu'ici.
    Espérons que ce Gv aura compris qu'avec un système de santé très fragile, il est préférable de s'inspirer de ceux qui ont des stratégies gagnantes. Vouloir jouer les grands comme la France ou l'Allemagne relève de l'irresponsabilité. Ces derniers ont des systèmes de santé beaucoup plus résilients que le nôtre ce qui ne les empêchent pas de vivre aussi des situations difficiles.