Faut-il vacciner les adolescents contre la COVID-19?

Une fois les ados vaccinés, il restera les enfants de six mois à 12 ans, auprès desquels les fabricants Pfizer/BioNTech et Moderna mènent actuellement un essai clinique.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Une fois les ados vaccinés, il restera les enfants de six mois à 12 ans, auprès desquels les fabricants Pfizer/BioNTech et Moderna mènent actuellement un essai clinique.

Pfizer/BioNTech a annoncé mercredi que son vaccin était efficace et sûr chez les adolescents de 12 à 16 ans. Il s’agit d’une bonne nouvelle en soi, mais quel impact aurait réellement la vaccination des jeunes de cet âge, qui sont rarement atteints d’une forme grave de la COVID-19 ?

Les adolescents qui ont souvent beaucoup de contacts entre eux « sont de bons transmetteurs du virus, mais pas nécessairement les plus grands transmetteurs », affirme le Dr Gaston De Serres, médecin-épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Ces dernières semaines, la proportion des infections dans les différents groupes d’âge allant de 10 à 59 ans était assez semblable au Québec, oscillant entre 15 % et 18 %, alors que celle des infections chez les personnes âgées de 59 ans et plus est désormais nettement moindre (9 % chez les 60-69 ans, 3 % chez 70-79 ans). Les petits de 0 à 9 ans sont également moins touchés par la COVID-19 puisque les cas dans ce groupe d’âge ne comptaient que pour 10 % du nombre total d’infections.

« Pour surmonter les nouveaux variants, il nous faudra atteindre une immunité de groupe supérieure à 85 %, et pour y arriver, nous devrons immuniser les enfants de 0 à 18 ans, qui forment 20 % de notre population», affirme la Dre Caroline Quach-Thanh, pédiatre et microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine.

Retourner à la vie normale

Nul doute que la vaccination des adolescents sera nécessaire pour atteindre cette immunité de groupe qui rendrait possible un retour à une vie plus normale, croit la Dre Quach-Thanh. Et la grande efficacité que le vaccin semble présenter chez ces derniers devrait permettre aux « écoles secondaires de rouvrir complètement et de revenir à la normale, et aux jeunes de reprendre toutes leurs activités parascolaires et les sports d’équipe qui sont tellement importants pour eux ».

À la vue des données figurant dans le communiqué de presse diffusé par Pfizer, le vaccin semble prévenir les infections chez les adolescents de 12 à 16 ans, car aucun des 1129 participants ayant reçu le vaccin n’a contracté la COVID-19, alors que 18 participants sur les 1129 ayant reçu un placebo ont été infectés, fait remarquer la Dre Quach-Thanh.

L’accumulation des données à la suite de la vaccination d’un nombre grandissant de personnes a permis de constater notamment que les individus vivant auprès d’une personne ayant reçu une première dose du vaccin de Pfizer ou de celui d’AstraZeneca couraient moins de risques de contracter la COVID-19. Une autre étude effectuée aux États-Unis parmi des patients qui s’apprêtaient à subir une intervention a également montré que la vaccination diminuait l’excrétion de virus. Et en Israël, où 60,5 % de la population est vaccinée, les charges virales détectées chez les personnes qui sont déclarées positives à la COVID-19 sont beaucoup plus faibles, affirme la Dre Quach-Thanh.

« Nous commençons à accumuler des observations indiquant que le vaccin prévient non seulement les infections symptomatiques, mais aussi les infections asymptomatiques, et qu’il diminue à tout le moins la charge virale, réduisant ainsi le risque de transmission », résume la Dre Quach-Thanh.

« Les données vont toutes dans le même sens : les gens vaccinés ont moins de chances d’être infectés et ceux qui contractent la COVID-19 sont vraisemblablement moins contagieux, et cela a un impact sur la transmission », ajoute le Dr De Serres.

« Est-ce que vacciner les ados aidera à ce que la COVID-19 n’interfère plus avec le fonctionnement des écoles ? Ça se peut fort bien, mais je ne peux m’avancer plus à ce moment-ci. De plus, la question de la vaccination des jeunes ne se posera pas à court terme, parce qu’on ne dispose même pas d’un nombre suffisant de vaccins pour immuniser les adultes. Pour le moment, la vaccination des adultes demeure la priorité », ajoute-t-il.

Une fois les ados vaccinés, il restera les enfants de six mois à 12 ans, auprès desquels les fabricants Pfizer/BioNTech et Moderna mènent actuellement un essai clinique. « Avant l’apparition des variants, on ne voyait pas la nécessité de vacciner ces jeunes enfants, mais depuis qu’on voit des éclosions dues à des variants dans les garderies, on se rend compte que, pour arriver à contrôler la pandémie, on devra procéder aussi à la vaccination des plus petits. Si on ne les vaccine pas, on ne pourra probablement pas atteindre une immunité de groupe, notamment parce que tous les adultes ne se font pas vacciner, il y a encore énormément d’hésitation face à la vaccination », affirme la Dre Quach-Thanh.

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