Le coronavirus n’a pas dit son dernier mot

De nouveaux variants du coronavirus se multiplient dans les poumons des souris, contrairement aux anciennes souches du virus.
Photo: Rama WikiCommons De nouveaux variants du coronavirus se multiplient dans les poumons des souris, contrairement aux anciennes souches du virus.

Le coronavirus ne cesse de franchir de nouvelles frontières. Pour la première fois, des tests ont confirmé que le variant britannique du SRAS-CoV-2 peut infecter des chats et des chiens. Et en laboratoire, deux autres variants préoccupants, originaires de l’Afrique du Sud et du Brésil, ont infecté des souris, bien que ces dernières ne possèdent pas la même version du récepteur cellulaire qui permet au virus d’entrer dans les cellules humaines et de s’y multiplier.

On savait déjà que le coronavirus responsable de la COVID-19 pouvait infecter des animaux de compagnie. Pour l’instant, toutefois, les infections provoquaient principalement des symptômes respiratoires et digestifs de faible intensité, ou carrément invisibles.

Or, des vétérinaires britanniques ont rapporté la semaine dernière, dans un article scientifique qui n’a pas encore été révisé par leurs pairs, avoir constaté une vague d’atteintes inflammatoires à l’enveloppe musculaire du cœur (myocardites) chez des compagnons félins et canins. De décembre 2020 à février 2021, l’incidence de cette condition médicale dans leur clinique vétérinaire en périphérie de Londres a décuplé, passant de 1,4 % à 12,8 %. La plupart des maîtres de ces animaux avaient souffert de la COVID-19 de trois à six semaines avant que leur protégé tombe malade.

Les médecins ont choisi sept des animaux malades (aucun n’avait un historique de maladie cardiaque) et les ont soumis à des tests de dépistage de la COVID-19. Trois étaient atteints de la maladie — tous du variant B.1.1.7 qui est maintenant largement dominant au Royaume-Uni. Deux autres avaient des anticorps contre le SRAS-CoV-2, ce qui indiquerait une infection antérieure.

La portée de ces résultats est cependant limitée. L’étude ne prouve pas que le variant B.1.1.7 cause davantage de myocardites chez les animaux, ni qu’il soit plus transmissible chez les espèces autres que Homo sapiens, selon Scott Weese, un vétérinaire de l’Université de Guelph, en Ontario, spécialiste des maladies infectieuses émergentes. « C’est une hypothèse intéressante, a-t-il déclaré au magazine Science, mais il n’y a aucune preuve que le virus cause ces problèmes de santé. »

En parallèle, des scientifiques français ont vu que les variants B.1.351 (Afrique du Sud) et P.1 (Brésil) sont capables d’infecter des souris de laboratoire, contrairement aux souches précédentes du SRAS-CoV-2. Le virus se réplique dans leurs poumons, même si ces rongeurs ne possèdent pas de récepteur cellulaire ACE2 pareil à celui des humains. C’est habituellement ce récepteur, à la surface des cellules, qui est la serrure microscopique empruntée par le virus pour entrer dans les cellules.

« C’est fou [wild] », a écrit sur Twitter l’immunologue Akiko Iwasaki, de l’Université Yale, en guise de commentaire sur ces nouveaux résultats. Les mutations des variants B.1.351 et P.1 « n’amplifient pas seulement la transmission et l’évasion immunitaire [chez l’humain], mais elles étendent également la portée du virus à infecter de nouveaux hôtes », a-t-elle poursuivi.

 


On ne sait pas encore si les souris infectées peuvent transmettre le virus à notre espèce. Des experts appellent par ailleurs à ne pas s’inquiéter du potentiel de transmission des chats et des chiens. « Le risque qu’ils deviennent une source d’infection [pour l’humain] demeure très bas », a dit le Dr Weese en entretien à Science.